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La saison 2 de Stranger Things est (presque) à la hauteur de nos attentes

Comment faire du neuf avec du vieux ? Et surtout, Stranger Things parvient-elle réellement à faire du neuf ? Attention, spoilers.

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En saison 1, la série a autant été fustigée pour ses emprunts à la pop culture des années 1980 qu’elle fut célébrée pour ces mêmes raisons. Il y a celles et ceux qui y sont sensibles et qui savourent ses nombreux hommages, et celles et ceux qui ont juste l’impression de voir un patchwork surchargé de leur jeunesse ou enfance. Mais finalement, en voyant cette saison 2, on se demande surtout quel niveau d’exigence s’imposent les frères Duffer, les créateurs de la série.

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No pain, no gain

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Visuellement, elle a tout bon et maintient un souci du détail assez affolant. Scénaristiquement, le frisson est là, l’émotion aussi. Stranger Things est un distributeur de friandises : on enclenche l’épisode, et la satisfaction est immédiate. Même si l’on passe les quatre premiers épisodes à se demander quand il va enfin se passer quelque chose… On peut choisir de se laisser embarquer dans cette aventure, d’avoir peur pour ces gamins, de rire avec eux et de les voir faire preuve d’un courage sans limite pour se protéger les uns les autres. C’est si tentant…

Pour autant, on peut aussi avoir une lecture plus distanciée du phénomène hallucinant qu’est devenue Stranger Things en seulement deux saisons. Car objectivement, et malgré toute l’affection qu’on lui porte, elle prend peu de risques. Sa pire offense n’est pas d’avoir régurgité toute la culture pop des 80’s… Non, sa pire offense, c’est de nous resservir peu ou prou les mêmes intrigues et dynamiques qu’en saison 1. Elle est un peu jeune pour en être déjà à se répéter. No pain, no gain les gars !

Stranger Things a trouvé la recette du succès, et n’a visiblement pas l’intention d’en dévier d’un iota. Sa saison 2 tend à reproduire le schéma, désormais familier de la saison 1 : Will est la victime toute désignée, les créatures s’échappent du labo, un "super-monstre" menace la ville, Nancy est tiraillée entre deux garçons, Mike est toujours le BFF, Dustin le plus attendrissant, Lucas ne sert toujours à rien, Hopper est bourru mais bienveillant, et Eleven passe toute la saison isolée de ses amis et arrive à point nommé pour sauver tout le monde à la fin. Soyons clair : c’est bougrement efficace et divertissant. Mais c’est aussi un poil décevant. Pour peu que l’on ait repéré l’astuce, l’illusion perd de sa superbe.

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Coucou les clichés

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L’autre couleuvre un peu difficile à avaler, c’est l’ajout de Max et de son frère Billy. Si le second a au moins le mérite d’avoir une utilité pour l’histoire, il reste toutefois figé dans le stéréotype du "bad guy" censé apporter un soupçon d’antagonisme et de dramaturgie. La série essaye bien de nous montrer que ce bully est lui-même le souffre-douleur de son père, mais le niveau d’intérêt qu’on porte à ce sosie de Rob Lowe est trop bas pour mériter notre empathie.

Quant à sa sœur, la pauvre petite Max, on cherche encore à quoi elle sert, si ce n’est de "love interest" pour que les garçons se chamaillent pour l’intégrer ou non au groupe, et rendre Eleven jalouse au passage. À peine entrée dans l’adolescence, la gamine est déjà un cliché sexiste sur pattes.

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En parlant de tropes sexistes souvent perpétués dans les films et séries de genre, rappelons au passage qu’Eleven s’inscrit un peu dans ce qu’on appelle la figure du "born sexy yesterday". Leeloo dans Le Cinquième Élément étant l’exemple le plus emblématique. L’expression désigne un personnage archétypal qui fait des héroïnes de SF et fantasy surpuissantes des filles naïves (mais sexy !) à qui le héros masculin doit apprendre la vie. Parce qu’elle ne peut pas avoir des superpouvoirs et en plus être supérieurement intelligente, pensez donc !

Sous le vernis nostalgique, de vraies émotions

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Eleven prend donc ce chemin (il est encore temps de rectifier le tir, messieurs Duffer !) : elle découvre le monde avec les yeux d’un nouveau-né, mais peut déplacer des montagnes à la seule force de son esprit. À la fin de cette saison 2, son humanité reprend heureusement le dessus et elle est alors logée à la même enseigne que ses petits camarades, lors du bal de fin d’année. Première danse, premier baiser, premiers émois de l’adolescence… Un des moments les plus touchants et simples de la série. Car loin des monstres et des complots scientifiques, ces gamins sont surtout en pleine traversée de la puberté.

En dépit de tout ce qu’on lui reproche sur le plan formel, Stranger Things a su conserver cette aura réconfortante qui a fait son succès. On lui pardonnerait presque l’absence totale d’évolution de la plupart de ses protagonistes, tant leurs interactions, et les différentes configurations (Hopper/Eleven, Steve/Dustin, Will/Mike, etc.) sont souvent de beaux moments d’émotion. Quel dommage d’avoir tenu Eleven à l’écart durant toute cette saison…

Stranger Things aurait tout intérêt à modérer ses ardeurs nostalgiques et à moins se reposer sur ce qui n’est, au final, qu’un artifice, un décorum. L’ossature qui a si bien porté le script de sa saison 1 a fait son temps, la série doit prendre conscience que sa vraie richesse n’est pas dans l’avalanche de références 80’s (dont son jeune public se fout prodigieusement), mais dans la camaraderie et l’affection que se portent ses héros. Une notion que le film Les Goonies, pour ne citer que lui, avait parfaitement comprise.

La saison 2 de Stranger Things est disponible en intégralité sur Netflix.

Par Delphine Rivet, publié le 02/11/2017

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