Salvation : une série sur la chute d’un astéroïde qui sent bon la catastrophe

Le pilote de Salvation, nouvelle série estivale diffusée sur CBS, est un enchaînement de dialogues pompeux débités par des personnages clichés et irritants.

Si les chaînes câblées rivalisent de séries événements pour la période estivale, il ne faudrait pas laisser les networks américains sur le carreau. La semaine dernière, c’était au tour de CBS de débuter la diffusion de son programme de l’été : une série catastrophe, au sens eschatologique du terme, baptisée Salvation. Ou comment un scientifique richissime, un étudiant du MIT et une secrétaire du gouvernement vont devoir trouver le moyen de sauver la Terre, menacée par la chute d’un énorme astéroïde dans six mois.

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Les séries catastrophe ne sont pas légion sur le petit écran. Il faut dire qu’en général, ce genre requiert un budget colossal en termes d’effets spéciaux. Roland Emmerich (2012, Le Jour d’après), Ron Howard (Apollo 13) et Roger Donaldson (Le Pic de Dante) en savent quelque chose. Forcément, pour pallier ce manque de budget, les scénaristes Elizabeth Kruger, Craig Shapiro et Matt JL Wheeler ont décidé de faire de Salvation un drame existentiel saupoudré de conspirations complotistes. Ça vous rebute ? Croyez-moi, ce n’est rien comparé au pilote.

Allô Houston, nous avons un gros problème

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©️ CBS

Salvation est la preuve évidente qu’une recette qui fonctionne au cinéma n’est pas forcément recyclable sur le petit écran. Déjà par manque de budget, mais aussi par nécessité d’étirer un scénario qui ne fonctionne que sur le court terme. Dans les années 1990, Apollo 13, Deep Impact puis Fusion (et même Gravity plus récemment) ont fait mieux à une époque où l’originalité du cadre spatial pour une œuvre du genre catastrophe était encore facilement exploitable. Et malheureusement pour elle, Salvation n’a pas l’inventivité narrative ni le jeu d’acteurs pour espérer passer de navet à supernova.

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Le pitch du pilote est aussi simple qu’irritant : une bande de gens inconnus mais blancs (c’est important de le préciser à l’heure d’une télévision plus multiculturelle que jamais) et faussement beaux s’enferment dans un studio pour tester de nouvelles technologies et tenter de repousser le corps céleste à l’approche. Au milieu de ces inepties, les personnages échangent des dialogues pompeux, clichés ou tout simplement idiots, parfois à l’aide de vannes qui ne fonctionnent jamais. Ce style ultraformaté, lourd et gênant pour les oreilles et le cerveau, gâche complètement l’immersion dans cette thématique pourtant porteuse et encore peu exploitée dans le monde des séries.

Déjà pas franchement aidés par des répliques miteuses, les jeux des acteurs oscillent entre le passable et le pitoyable. À commencer par le jeune Charlie Rowe, aka le Jesse Eisenberg du pauvre dans une version dégobillée, ravalée puis régurgitée de The Social Network. Le reste du casting n’est franchement pas meilleur, y compris les "dinosaures" des networks dont fait partie Ian Anthony Dales (Hawaii 5-0), aussi expressif que Trump devant la fanfare de l’armée pour le 14-Juillet. Dictés par un script manichéen au possible (toi être méchant, moi être gentil), ces personnages nous irritent même avant qu’on commence à les connaître.

Rien d’excitant à signaler non plus côté réalisation, formatée et morne comme trop souvent dans les procedurals de CBS. On appréciera tout de même la séquence d’ouverture filmée façon amateur, qui évoque la chute du météore de Tcheliabinsk en Russie quatre ans auparavant. Sinon, aucune scène ne ressort de ce pilote et on garde la désagréable impression d’avoir regardé une téléréalité bien naze pendant quarante minutes. Et encore, les séquences surréalistes d’insultes et d’engueulades en moins.

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En cette ère de Peak TV, et alors que les chaînes câblées élèvent le niveau et proposent des shows toujours plus expérimentaux (poke Twin Peaks, Legion et American Gods), Salvation est un douloureux retour en arrière pour les networks américains. Sur les dix épisodes qui composent cette saison initiale (et espérons la dernière), on parie que l’ennui sera la seule compagnie envisageable d’ici à l’arrivée de l’astéroïde dans l’atmosphère terrestre. En attendant, espérons que la comète des annulations viendra frapper de plein fouet ce navet sans nom, qui se digère aussi mal que des churros après une cuite au Get 27.

En France, la saison 1 de Salvation reste inédite.

Par Adrien Delage, publié le 18/07/2017

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