Samira Wiley revient sur le traitement du racisme dans The Handmaid’s Tale

Un sujet délicat et qui fait débat…

© Hulu

Dans le roman comme dans la série, The Handmaid’s Tale dépeint un monde totalitaire où les femmes sont réduites à leur fonction de génitrice. Saluée par la critique, l’adaptation sérielle du livre de Margaret Atwood a secoué les esprits, et pas seulement grâce aux performances sans faille de ses actrices. Des servantes aux épouses, toutes sont asservies d’une manière ou d’une autre, et à différents degrés.

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Mais il y a un sujet qu’explorait le roman sorti en 1985, et que la série a préféré passer à la trappe : le racisme à Gilead. Dans la république fictive du livre, le régime en place n’est pas seulement sexiste, il est aussi raciste. Les Commandeurs et leurs femmes ne veulent que des enfants blancs et il est même mention d’un endroit, un camp, où l’on enverrait les "Enfants de Cham", un nom donné aux personnes noires.

La série a pris une direction différente, comme l’explique à Deadline l’actrice Samira Wiley, qui joue Moira, un personnage décrit comme blanc dans le livre :

"Margaret Atwood est productrice consultante sur le projet, et même en évoquant le sujet avec elle, on s’est rendu compte que le plus important dans ce monde de Gilead, ce sont les enfants. Et c’est un besoin qui dépasse tout le reste. En plus, et je m’exprime aussi au nom de Bruce [Miller, le showrunner, ndlr], on veut que notre série puisse refléter l’époque dans laquelle on vit.

On veut pouvoir aborder les problèmes de racisme, par moments, sans avoir une série raciste qui n’impliquerait aucun acteur noir ou de couleur. Je crois que c’est une super décision, et c’est évidemment un choix très conscient. Et aussi, un peu égoïstement, je suis très heureuse qu’ils aient pris cette décision qui me permet aujourd’hui de jouer ce formidable rôle."

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La décision dont parle Samira Wiley, c’est celle de s’affranchir du livre, dans lequel Gilead est peuplé de personnes blanches, et de caster des acteurs et actrices afro-américains, latinos, asiatiques, dans divers rôles, au risque, bien sûr, de contredire l’idée d’origine selon laquelle Gilead se débarrasse de ses minorités. Du coup, certains ont pu accuser la série d’une certaine lâcheté en balayant sous le tapis les questions de racisme.

Car dans le roman, au-delà de l’absence de personnes de couleur, l’oppression des femmes est une référence directe à l’esclavage des Noirs. Margaret Atwood elle-même a affirmé s’en être inspirée, notamment à travers les violences physiques et sexuelles subies par Offred. Autre exemple, le nom du réseau chargé de sauver les femmes et de les extraire de Gilead s’appelle l’Underground Femaleroad, une référence directe à l’Underground Railroad américain qui aidait les esclaves à fuir. Les handmaids, comme les esclaves noirs, ne sont pas autorisées à lire, sont en perpétuelle servitude et peuvent être lynchées.

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Mais là encore, nous sommes sur un terrain glissant puisque certaines voix se sont élevées pour condamner la série, mais aussi le livre. Celui-ci utiliserait de façon détournée la souffrance du peuple noir-américain pour la transposer sur l’expérience de femmes blanches et susciter une plus forte empathie. Un trope vieux comme le monde qu’utilisait déjà H.G. Wells dans La Guerre des mondes, roman publié en 1898 dans lequel le narrateur comparait l’invasion des aliens en Grande-Bretagne, à celle des Anglais en Tasmanie.

Pour le showrunner de The Handmaid’s Tale, il s’agit plutôt de dénoncer tout système oppressif. Et quant à la question du racisme et de l’intrigue du roman volontairement mise de côté, Bruce Miller à un argument plutôt convaincant, sous la forme d’une question, comme le rapporte le magazine Time : "Quelle différence y a-t-il entre le fait de faire une série sur des racistes, et faire une série raciste où l’on n’engage aucun acteur de couleur ?" Une manière de nous dire que sur ce sujet particulièrement sensible, de tous les maux, il a préféré le moindre.

Par Delphine Rivet, publié le 24/08/2017

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