Ola Rapace (Sirius Becker)

Section Zéro : le futur sans espoir d'Olivier Marchal

Canal + lance ce soir la nouvelle série d'Olivier Marchal, Section Zéro, qui dépeint un futur "madmaxien" où règne l'ultra-violence. Âmes sensibles, s'abstenir. 

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Section Zero - Bande annonce Longue

Prêts à basculer dans le futur ? Section Zero, la nouvelle série d'Olivier Marchal, commence ce soir !Les 2 premiers épisodes sont diffusés à 20h55 sur CANAL+ et l'intégrale de la saison sera disponible dans la foulée sur CANAL+ A LA DEMANDE.http://sectionzero.canalplus.fr

Posté par Section Zéro sur lundi 4 avril 2016

Le genre de l'anticipation dystopique a décidément le vent en poupe. Plusieurs nouvelles séries marchant sur les traces de Real Humans ont vu le jour ces derniers mois : Aliens en Angleterre, Colony sur Syfy ou encore Trepalium sur Arte. C'est à Olivier Marchal et Canal + de proposer leur version flippante du futur.

Voix incontournable du polar à la française, l'ex-flic reconverti en scénariste / réalisateur continue de lutter contre ses démons dans ce qu'on pourrait définir comme un "Braquo du futur", en plus trash (oui, c'est possible !). L'histoire de Section Zero se situe quelque part en Europe, en 2024. Comme dans Trepalium (et bien d'autres oeuvres d'anticipation), le capitalisme est en train de bouffer l'État.

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Une multinationale, baptisée Prométhée, prend le contrôle sur la Fédération, et remplace de façon expéditive des flics dépassés par une milice privée, le Black Squad. Elle est dirigée par Munro (Pascal Gregory), qui essaie en sous-main de se créer une armée robotisée, utilisant pour cela des méthodes inhumaines. Face à eux, un flic au passé sombre va se retrouver à la tête d'un commando de rebelles, la "Section Zéro", dernier espoir pour sauver la population des exactions de Munroe.

No futur

©️Europacorp Television/Canal+

©️Europacorp Television/Canal+

Les allergiques au style Marchal peuvent passer leur chemin. On retrouve dans cette nouvelle série tout ce qui agace ou séduit chez l'auteur : des flics, des scènes d'action, de torture, du sang, de la poussière et du désespoir à tous les étages. Section Zéro a un côté punk et "no futur" assez rafraîchissant dans le monde des séries françaises. L'homme s'en fout royalement de trop en faire, du moment qu'il fait passer son message.

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Plus encore que Braquo, précédente création estampillée Olivier Marchal (pour la saison 1), Section Zéro sonne comme un immense cri de colère contre notre société, ses dirigeants comme son peuple, trop indifférent et individualiste pour penser à se rebeller.

Les références à l'Holocauste (plans de charniers d'êtres humains) ont des allures d'avertissement de la part du scénariste. Voilà ce qui nous attend si nous ne battons pas aujourd'hui. Le propos n'est pas nouveau, il n'en reste pas moins pertinent.

Au-delà du message, plutôt limpide, Section Zéro réussit là où une Trepalium, plus subtile mais trop froide, a échoué. Si les personnages ne sont pas tous aimables, ils ont assez de relief pour qu'on s'y intéresse. Olivier Marchal a toujours su créer des protagonistes forts, que l'on aurait envie de suivre sur plusieurs saisons.

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La femme Marchal

©️Europacorp Television/Canal+

©️Europacorp Television/Canal+

Dans un monde pareil, où Mad Max rencontre l'univers policier, quelle peut bien être la place de la femme ? Elle se révèle plus importante qu'on ne peut le croire au premier abord. Si la série est centrée sur Sirius Becker (incarné par Ola Rapace, bon dans l'action, plus limité dans les scènes intimes), Catherine Marchal incarne avec brio le second rôle, Elie, qui va sérieusement en baver, autant que l'anti-héros en fait. Sans doute à l'aise avec sa complice (et ex-femme), Olivier Marchal lui a écrit une partition sur-mesure.

Vous avez une sacré paire de couilles Capitaine, mais les couilles ça n’a jamais empêché personne de mourir. (Van Zandt à Elie dans Section Zéro)

Elie devient le prototype de la femme selon Marchal : comme les hommes, elle doit être badass pour s'en sortir. Rien ne lui sera épargné. Dans le rôle de sa collègue, la jeune Juliette Dol incarne Cheyenne, une jeune flic têtue qui assiste, impuissante, à la désintégration de la police fédérale. Notons que cette dernière est lesbienne et ne se prend pas une balle perdue au cours de la saison. A l'autre bout du spectre, Marchal (comme Game of Thrones) n'a pas tiré un trait sur les prostituées et les scènes de sexe faciles (notamment une séquence franchement dispensable entre Lucy et Sirius). Sans être un modèle de féminisme, Section Zéro passe le test de Bechdel.

Ce qui frappe également avec ce nouveau show, c'est que même si Olivier Marchal a son propre style et nourrit une nostalgie palpable (son amour pour Sacha Distel et les flics old school, ce désespoir en bandoulière), il est sans doute aussi le showrunner français qui a le plus clairement intégré les codes des séries américaines badass type Game of Thrones ou The Walking Dead. Pas un épisode sans une mort importante, des anti-héroïnes, de l'action, des personnages qui en chient.

Alors oui, Marchal se laisse parfois déborder par son enthousiasme shakesperien ("C’est là que les hommes meurent comme des chiens ou les chiens comme des hommes", "le chagrin n’est qu’une parenthèse sur le chemin du devoir"...), on sent que tout n'est pas maîtrisé à 100% côté scénario (l'intrigue se complexifie sérieusement au fil de la saison), mais au moins, on ne s'ennuie pas. Si Marchal est devenu une marque de fabrique, ce n'est pas pour rien.

Note de la saison : 2,5/5

Par Marion Olité, publié le 04/04/2016

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