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Sense8 s’achève par un final en apothéose, dans la droite lignée de l’esprit de la série

L’heure des adieux a sonné.

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Un an après le soulèvement planétaire des fans de Sense8, au désespoir d’apprendre que leur série préférée avait été annulée, Netflix met finalement en ligne ce vendredi 8 juin le grand final tant attendu, un condensé de 2 h 30 qui reprend les ingrédients gagnants égrenés durant les deux précédentes saisons. Selon le degré d’amour que vous portez à la série des sœurs Wachowski, cet épisode de conclusion vous paraîtra trop long ou trop court. Il est en tout cas indispensable au vu de la fin de la saison 2, qui se terminait sur un cliffhanger. Les sensitifs avaient réussi à enlever leur ennemi n° 1, Whispers, mais l’un des leurs, Wolfgang, restait prisonnier de la BPO.

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L’histoire reprend peu de temps après, alors que le cercle réfléchit à la meilleure manière de sauver l’Allemand à la gâchette facile. Final oblige, au-delà de cette intrigue, les sensitifs vont mener une dernière bataille pour leur liberté, ce qui implique de faire tomber définitivement la branche extrémiste de la BPO. Naviguant entre Londres, Rome et Paris, Nomi, Sun, Will & co, soutenus par leurs ami·e·s, livrent ce dernier combat ensemble.

Et justement, cette grande réunion attendue de tous les sensitifs est une prise de risque dans la mesure où tout le sel de Sense8 repose sur cette connexion télépathique d’une incroyable intensité entre ces huit êtres, qui leur permet de partager leurs expériences et leurs dons respectifs alors que chacun habite aux quatre coins de la planète. Il y avait quelque chose de très fort dans le fait de les voir évoluer au sein de cultures si différentes et ressentir les mêmes émotions.

Fluctuat nec mergitur

L’invitation au voyage n’apparaît donc pas aussi forte que lors des précédentes saisons, surtout du point de vue d’une Européenne, et même d’une Française comme moi. Une bonne partie de l’épisode se déroule en effet dans la capitale parisienne, exploitée comme une carte postale kitsch assumée (un esprit illustré par une scène WTF avec Lito en béret tenant des baguettes de pain), mais pas seulement.

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À plusieurs reprises, Lana et Lilly Wachowski glissent des références aux attentats du 13 novembre 2015. Les deux scénaristes ont écrit ce final avec cette tragédie en tête. Riley retrouve ainsi une patronne d’un lieu de concert parisien avec qui elle semble avoir eu une relation amoureuse. Cette dernière accepte que la DJ blonde se produise sur sa scène au mépris des menaces, lui expliquant au passage : "Beaucoup de gens nous ont attaqués, nous et notre style de vie. Notre réponse ne changera jamais. Vive la résistance ! Ou comme vous le dites en anglais, allez vous faire foutre". Le titre de l’épisode, en latin, "Amor Vincit Omnia" ("L’amour conquiert tout") résonne étrangement avec "Fluctuat nec mergitur" ("Il est battu par les flots, mais ne sombre pas"), devise latine de la ville de Paris devenue un des symboles des attentats parisiens.

Clairement, on n’est pas dans la subtilité, les choses sont dites telles que les réalisatrices les ressentent. Mais quel meilleur lieu que Paris et quel plus fort symbole que celui de la tour Eiffel (qui brille de mille feux dans la dernière demi-heure de l’épisode, consacrée à l’amour, tout simplement) pour faire passer le message humaniste et libertaire de Sense8 ? Ce n’est pas la première fois que la série s’inscrit dans une certaine réalité sociétale : à Nairobi, Capheus se battait contre la corruption politique et la pénurie d’eau ; à Bombay, Kala et sa famille étaient pris à partie dans une révolte religieuse ; Lito défilait à la gay pride de São Paulo après avoir été victime d’homophobie à Mexico.

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"We exist because of sex"

C’est là le tour de force de la série, réussir à séduire en utilisant des valeurs si positives, en embrassant une certaine candeur dans un monde où le cynisme et le rejet de l’autre ne font que gagner du terrain. Si les scènes d’action sont soignées et divertissantes, Sense8 reste cette série davantage drivée par les émotions de ses personnages et par son message d’amour et de tolérance que par l’intrigue principale. Pour ce grand final, les Wachowski ont logiquement préféré rester en terrain connu du côté de la mythologie du show. Du coup, on n’en apprend pas vraiment plus sur l’espèce de l’Homo Sensorium (et en même temps, est-ce bien grave ?) et on reste avec les méchants un poil binaires que sont Whispers (il commence à nous saouler celui-là un peu) et l’hypersexualisée Lila.

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La puissance de Sense8 est ailleurs : elle est dans les relations entre les sensitifs, et entre eux et leurs proches, ces sidekicks attachants tels qu’Amanita, Bug ou Daniela. Ce domaine est ultramaîtrisé : ainsi, alors qu’on attendait un happy end amoureux des plus hétéronormés entre l’Indienne Kala et l’Allemand Wolfgang, irrésistiblement attirés l’un par l’autre depuis le début de la série, les sœurs Wachowski explorent autre chose, ne laissant pas sur le bord de la route Rajan, le mari dont elle n’était pas amoureuse au début de la série, mais pour lequel elle a aussi développé des sentiments. C’est même lui qui a le privilège de déclamer la dernière réplique de l’histoire de la série. Au milieu d’une de ces magnifiques scènes de sexe collectif dont les Wachowski ont le secret, Rajan, qui embrasse Wolfgang à pleine bouche, s’écrie : "Mon Dieu, je n’aurais jamais cru que de telles choses étaient possibles". Une scène osée quand on connaît le poids des traditions et du conservatisme en Inde.

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"We exist because of sex", nous disait Sun. Dans un rappel malin à la première scène de sexe entre Amanita et Nomi, qui forment à elles deux l’essence de Sense8, la série se clôture sur du sexe queer, où seul compte l’échange entre les personnes, pas le genre ou les préférences sexuelles. Et l’on retrouve ce fameux gode ceinture arc-en-ciel, qui avait tant fait parler de lui au début de la diffusion de la série. Pourquoi ces scènes sensuelles sont-elles aussi importantes pour que la série se termine par l’une d’elles ? Parce qu’elles illustrent l’acceptation de l’autre dans sa forme la plus pure. Sense8 n’était pas parfaite, mais elle restera, à mon sens, une grande série sur le pouvoir de l’empathie.

Le final de Sense8 sera en ligne sur Netflix à partir du 8 juin.

Par Marion Olité, publié le 07/06/2018

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