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Sense8 reste fidèle à elle-même dans une saison 2 laborieuse mais réjouissante

Dans la continuité de sa saison inaugurale, le hit des sœurs Wachowski est toujours l’objet d’un binge-watching efficace (mais s’avère encore perfectible).

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Rappelez-vous, en juin 2015 débarquaient sur Netflix huit individus interconnectés, parfois caricaturaux mais toujours éperdument touchants. Près de deux ans après une première fournée aussi convaincante que révélatrice, les héros de Sense8 reviennent sur la plateforme américaine. Toujours éparpillés aux quatre coins du globe, les sensitifs continuent de braver la distance géographique qui les sépare pour contrer la menace que représentent Whispers et la fameuse BPO (Biological Preservation Organization). Une saison 2 à la sauce X-Men ? Pas tout à fait.

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Une série queer-friendly avant tout

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De toute évidence, Sense8 doit son succès incontestable à l’alchimie qui s’est très rapidement développée entre ses huit protagonistes. En dépit de leurs caractères disparates, tous savent se montrer complémentaires et unis face au danger qui les guette. Une dimension déjà introduite au sein de la première saison et maintenue dans ce deuxième chapitre. Néanmoins, le risque lorsqu’une œuvre jongle avec autant de personnages est de se retrouver avec des intrigues inégales sur les bras. C’est sans doute là que pèche la série du tandem Wachowski.

D’une part, Sense8 propose du réchauffé en persévérant dans son approche "amants maudits" du binôme Kala/Wolfgang. Si les deux personnages en question savent se montrer émouvants, on tient surtout là un développement narratif redondant déjà bien poncé en saison 1. Il en est de même pour la fragile Riley, constamment en retrait en comparaison à ses pairs, lesquels héritent de storylines plus abouties mais également plus pertinentes.

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On pense notamment à Lito et aux conséquences de son coming out auprès du grand public. La progression de son histoire (rejet de l’industrie cinématographique, obsession malsaine de la presse people) est particulièrement prévisible. La perception de l’homosexualité dans le show-business est une thématique intéressante, or elle n’est malheureusement ici qu’effleurée. Bien qu’il soit simpliste au possible, le message d’acceptation sous-jacent reste louable, et parfaitement dans la perspective d’ouverture d’esprit assumée par la série depuis ses débuts.

Car oui, quoi qu’il advienne, Sense8 reste à ses racines les plus profondes une œuvre politiquement engagée. Cet aspect se fait plus que jamais ressentir dans cette saison 2 qui prône la tolérance interpersonnelle, aussi bien par la scène grandiose se déroulant à la Gay Pride que par le couple Nomi/Amanita, dont la relation, devenue très soudée, est bien plus creusée que dans la cuvée précédente. Avec sa tonalité résolument feel good, la série des Wachowski peut se targuer d’être une œuvre contemporaine, fervente défenseure de ses idéaux progressistes.

Des airs de blockbuster

Léger bémol, en dessous de cette surface bien-pensante : Sense8 souffre d’une cadence peu maîtrisée. Lorsqu’elle est binge-watchée en bonne et due forme, cette seconde saison montre des signes d’essoufflement chroniques et doit faire bon nombre de remplissages pour nous conduire au grand dénouement. La menace incarnée par Whispers est souvent reléguée au second plan et n’est, au bout du compte, que peu approfondie et nous laisse sur notre faim. Surtout quand on se dit qu’il faudra peut-être attendre deux nouvelles années avant de découvrir la suite.

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Clairement, cette saison 2 se montre laborieuse avec des lenteurs qui dévient de l’intrigue principale pour se focaliser sur des facettes moins importantes et répétitives (les états d’âme de Kala, par exemple). Malgré ces longueurs qui viennent altérer le rythme, Sense8 se rattrape sur bien des aspects. L’historique des sensitifs (ou "homo sensorium" pour se la jouer jargon scientifique) se complexifie davantage et fournit au show une épaisseur bienvenue qui a le mérite de donner l’eau à la bouche.

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Il est également nécessaire de mettre en évidence l’épisode de clôture de cette deuxième salve, qui prend des faux airs de blockbuster à la Terminator (une référence d’ailleurs assumée à l’écran). Sun confirme son statut d’héroïne badass dans une course-poursuite effrénée à travers les rues de Séoul. La série se permet pour l’occasion quelques facilités scénaristiques (un hacker capable d’absolument tout, des obstacles surmontés avec une simplicité déconcertante). Tout cela confère à Sense8 un côté ultrakitsch qui réussit pleinement à la série.

Au-delà de tout ça, esthétiquement parlant, le carton de Netflix reste en terres conquises et continue de nous régaler avec des passages plus contemplatifs, à la limite de l’onirique. Somme toute, Sense8 ne s’est pas décidée à accomplir de grands changements en saison 2 et préfère opter pour une recette qui a fait ses preuves. L’absence de prise de risques se doit d’être soulignée, mais elle est fort heureusement rattrapée par des personnages toujours aussi attachants et un message irrémédiablement optimiste. Et parfois, il n’en faut pas plus pour apprécier une œuvre.

L’intégralité de Sense8 est disponible dès maintenant sur Netflix.

Par Florian Ques, publié le 15/05/2017

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