Série culte : Gilmore Girls, un doudou télévisuel intemporel

Diffusée de 2000 à 2006 sur The WB puis The CW, Gilmore Girls s’apprête à faire son grand retour sur Netflix. On revient sur cette série réconfortante qui nous a donné envie de devenir BFF avec notre mère.

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Gilmore Girls est une institution. Série feel good par excellence, elle est une valeur-refuge quand tout fout le camp. On l’a presque oublié, mais la production télévisuelle n’a pas toujours été dominée par les anti-héros et les dramédies indé.

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Aujourd’hui, elle demeure un vestige d’une époque révolue et un regard à part sur la comédie sentimentale : même quand les histoires de cœur et d’amitié vacillent, la complicité entre Lorelai et sa fille Rory est le pilier sur lequel tout repose.

"It’s a lifestyle. It’s religion"

Bienvenue à Stars Hollow, petite bourgade où il fait bon vivre, où les habitants sont tous profondément amicaux, chacun avec sa touche d’excentricité (une composante essentielle à chaque personnage de Gilmore Girls) et dont le cœur bat au rythme des aventures de Lorelai et Rory.

Une mère, une fille, une relation fusionnelle imaginée par Amy Sherman-Paladino (la showrunneuse), où les rapports classiques sont inversés. Lorelai, qui a eu sa fille très jeune et a fui le domicile de ses riches parents pour l’élever seule, semble n’être jamais tout à fait sortie de sa crise d’adolescence. Elle est légère, futile, immature, quand sa progéniture, Rory, est mûre pour son âge, sérieuse et angoissée par son avenir.

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La mère et la fille, le ying et le yang sous un même toit, sont de purs produits locaux. Car il y a, à Stars Hollow, un sentiment d’appartenance très fort, un lien invisible entre tous ses résidents qui a vite fait d’inclure le téléspectateur dans ses intrigues, ses petits drames, ses festivités (et il y a toujours quelque chose à fêter à Stars Hollow). Ses lieux de rencontre et ses commerçants deviennent si familiers que l’on a toujours le cœur lourd et l’envie d’y retourner dès que l’épisode se termine.

Gilmore Girls a une identité forte, des points de repères immuables qui rassurent. Elle est aux séries ce que la comfort food est à la gastronomie : jamais prétentieuse, familière, rassasiante… L’indigestion ? Quelle indigestion ?! On n’est jamais gavés par tous ces bons sentiments parce qu’ils sont sans cesse contre-balancés par un humour qui fait mouche et une excentricité qui vient diluer la douce guimauve.

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Voilà un show qui, alors qu’on était censé être en rébellion contre ses parents à l’adolescence, nous faisait envier la relation fusionnelle entre Lorelai et Rory. Gilmore Girls glorifiait aussi l’intellect de ses héroïnes. Quand bien des séries pour ados donnent à voir des filles et des garçons qui passent leur temps à flirter et à faire des concours de popularité, celle-ci montrait Rory et sa passion dévorante pour les livres et les vieux films, privilégier ses études aux sirènes de l’amour.

Et le plus beau dans tout ça, c’est qu’elle n’a finalement pas eu à choisir. Dean, Jess ou Logan l’ont aimée pour ce qu’elle est ou, le cas échéant, s’y sont cassés les dents. En grande angoissée par son avenir, Rory ne faisait pas de compromis, au grand désespoir de Lorelai qui aurait préféré qu’elle s’amuse davantage.

La scène culte

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Quel que soit le garçon avec lequel elle finirait, Rory revenait toujours vers sa mère et Stars Hollow. La love story de la série, c’est la leur et c’est la seule qui compte vraiment. Ces deux personnalités s’entrechoquent quand les rôles mère/fille s’inversent, mais dans les moments cruciaux, malgré l’immaturité légendaire de Lorelai, Rory peut toujours trouver du réconfort et de la sagesse dans les bras de sa mère.

Les joutes verbales entre ces deux-là, ces dialogues sorkiniens appliqués à la comédie, sont l’un des meilleurs gimmicks de la série, l’un de ces ancrages rassurants sur lesquels on peut toujours compter, comme leur addiction au café, les petits accidents de Sookie en cuisine ou la mauvaise humeur de Luke.

Toute la dynamique de cette relation est exposée dans cette scène de l’épisode 2 de la saison 1. Rory, qui place ses études au top de ses priorités, veut faire bonne impression pour son premier jour à Chilton, une école privée qui lui ouvrira les portes, à n’en pas douter, d’un avenir brillant. Mais Lorelai, pas franchement stressée, a eu une panne de réveil. Sa fille la sort du lit manu militari.

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D’un côté Rory, en uniforme strict et impeccable, très soucieuse de l’image qu’elle renvoie, de l’autre Lorelai, d’abord en pyjama, puis attrapant les premières fringues qui lui tombent sous la main, finit en short et t-shirt rose et se contrefout de ce que l’on peut penser d’elle.

Le rapport d’autorité, ici, est inversé. L’adolescente est l’adulte responsable, celle qui veille au bon fonctionnement du foyer. Un rôle qui pèsera parfois trop lourd sur ses épaules de gamine et dont la mère se sentira souvent dépossédée.

Voilà une scène qui nous donne toutes les informations nécessaires pour comprendre leur relation fusionnelle, donc conflictuelle et parfois étouffante, mais toujours très complice. Les disputes, si rares soient-elles, se concluent toujours sur une note positive. Ici, Lorelai désamorce la situation par l’humour, comme elle le fait toujours.

À travers ce portrait de femmes, de l’adolescence à l’âge adulte, Gilmore Girls a aussi exploré plusieurs modèles maternels : de l’adulescente Lorelai à la rigide Emily Gilmore, en passant par l’étourdie Sookie, ou encore Liz, la mère de Jess qui l’a élevé seule. La série reste, encore aujourd’hui, l’une des rares à avoir accordé autant de place à la relation mère/fille.

Les héritières

S’il y a bien une série qui a résisté au temps qui passe, c’est elle. Les sériephiles ont beau être méfiants dès que l’on projette de ressusciter une de leurs chouchoutes, le retour de Gilmore Girls ne soulève pas autant d’inquiétude.

Parce que Stars Hollow est une bulle hors du temps, traversée par les quatre saisons (qui feront chacune l’objet d’un long épisode de 90 minutes dans ce revival) et que la relation entre Lorelai et Rory est indéfectible. Tant que cette suite en quatre actes retrouve cette complicité, peu importe que l'histoire reprenne 10, 15 ou 20 ans après, les liens qui les unissent ne changeront jamais. Notre amour pour elles non plus.

Si Gilmore Girls fleure bon la nostalgie, c’est parce que des séries feel good comme celle-là, avec une mère et sa fille, qui sont aussi BFF, au cœur du récit, se font rares. Du coup, les héritières ne se bousculent pas au portillon… On les trouve, en revanche, sous le porche de Jane the Virgin. Les femmes Villanueva, fille, mère et grand-mère, vivent sous le même toit, s’aiment, se disputent, rient, pleurent : elles sont inséparables.

Et si, comme dans Gilmore Girls, leurs amours tiennent une place importante, ce qui compte au final, ce n’est pas de savoir si c’est la #teamRafael ou la #teamMichael qui va l’emporter. La série est et sera toujours centrée sur les relations maternelles qu’entretiennent ses trois femmes, chacune leur tour, chacune à sa façon. On est tous, définitivement, #teamJane, #teamAbuela et #teamXiomara.

Avant de découvrir A Year in the life, les quatre nouveaux épisodes prévus pour cet automne, vous pouvez voir ou revoir les sept saisons de Gilmore Girls sur Netflix.

Par Delphine Rivet, publié le 12/07/2016

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