Sex & The Series : cinq héroïnes qui ont révolutionné le petit écran en jouissant

Parce que là où il y a de la gêne, il n’y a pas de plaisir, ce docu-série envoie valser les tabous pour nous parler des sexualités féminines, vues par celles qui les représentent à l’écran.

© OCS

C’est ce jeudi 5 octobre, dès 21 h 30, qu’OCS diffuse le docu-série en cinq parties (de 26 minutes chacune) Sex & The Series, réalisé par Iris Brey, et tiré de son livre éponyme publié en 2016. Si son passionnant essai, dont nous avions parlé avec l’auteure au moment de sa sortie, fait un panorama très large des sexualités féminines et de leurs représentations sur le petit écran, en s’attachant à des thématiques (du vocabulaire employé à la masturbation, en passant par les règles…), sa série documentaire, elle, préfère laisser la parole aux héroïnes de ces séries.

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Qui dit cinq épisodes, dit cinq portraits de femmes. Dans cette première saison – qui, on l’espère, ne sera pas la dernière, tant le sujet est vaste, intéressant et important –, on entre donc dans la sphère intime de "la control freak" Marnie, de Girls, de "l’endeuillée" Fleabag dans la série du même nom, de "l’experte" Virginia de Masters of Sex, de "l’effrontée" Maura de Transparent et de "la résiliente" Jenny de The L Word. Chacune, à sa façon, a révolutionné la manière dont on montre la sexualité féminine sur le petit écran, dans toute sa diversité et sa complexité.

C’est d’ailleurs pour cette raison que l’auteure Iris Brey, spécialiste de la représentation du genre dans le cinéma et les séries – qui avait décrypté pour nous, et en vidéo, les scènes les plus chaudes ou suggestives du petit écran –, préfère parler "des" sexualités. Car durant trop longtemps, le sujet était tabou (certains aspects le sont encore aujourd’hui, d’ailleurs, comme le montre Sex & The Series), en particulier à la télévision américaine, qui est pourtant le lieu de toutes les transgressions. Jusqu’à récemment, une mère de famille ne pouvait pas avoir de désir, une épouse se pliait au devoir conjugal sans demander son reste, et les autres, les "putains", étaient surtout bonnes à pousser des cris de jouissance pour flatter les performances viriles de leurs partenaires.

Mais ces nouvelles héroïnes ont changé la donne, poussées par une industrie qui se féminise lentement mais sûrement (même s’il y a encore beaucoup à faire). Les femmes scénaristes et productrices prennent leur destin en main. Les beaux rôles, complexes et profonds, et les intrigues centrées sur leurs états d’âme, leurs accomplissements et leur intimité, n’existent pas ? Qu’à cela ne tienne. Les opportunités, elles allaient se les créer. C’est ainsi qu’a débarqué toute une génération d’auteures engagées comme Lena Dunham, Jill Soloway, Phoebe Waller-Bridge, Michelle Ashford, ou encore Ilene Chaiken, et leurs séries respectives, Girls, Transparent, Fleabag, Masters of Sex et The L Word, offrant aux téléspectatrices une grande variété de représentations et de nouvelles voix pour les exprimer.

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© OCS

Un virage qu’Iris Brey parvient à dater. "Depuis quinze ans, on ose parler de sexe et du plaisir des femmes à la télévision", dit-elle en début d’épisode. Que s’est-il passé il y a quinze ans pour que l’Amérique (car c’est toujours la télé américaine qui donne la cadence) se décoince ? On était alors en pleine diffusion de Sex & the City. Ironiquement, elle a été créée par un homme, Darren Star, et produite par des hommes. À l’époque, les femmes avaient encore moins voix au chapitre dans la fabrication des séries. Mais grâce à la grande permissivité et liberté du câble (elle était diffusée sur HBO), Sex & the City a non seulement démontré que, nous aussi, nous pouvions parler cul entre nous, mais elle a aussi libéré la parole sur le sujet. L’industrie du sex-toy féminin lui doit sûrement beaucoup.

En cinq épisodes, Iris Brey dresse un portrait intime de ces héroïnes et leur rapport au sexe, vus à travers les yeux de celles qui leur ont donné vie : actrices, productrices, showrunneuses, scénaristes. On découvre ainsi comment Allison Williams s’est préparée à jouer la fameuse scène de l’anulingus de Girls, entre son personnage Marnie et son amant Desi. On apprend également comment Phoebe Waller-Bridge a décidé de créer Fleabag (l’héroïne et la série partagent le même nom), une femme qui parle de sexe, pendant les ébats, en s’adressant directement à nous face caméra, mais qui ne semble en tirer aucun plaisir.

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Chaque intervenante atomise le voile de la pudeur pour nous révéler les secrets de fabrication de ces héroïnes, les dessous de leur jouissance et, donc, par ricochet, de la nôtre. L’autre force de ce docu-série, outre son approche intelligente, souvent drôle et toujours pertinente, c’est qu’elle n’est pas redondante avec le livre. Au contraire, c’est un très bon complément qui vient l’illustrer et faire vivre son propos avec des héroïnes que l’on connaît toutes, et auxquelles on s’identifie. Cinq portraits, cinq femmes, cinq explorations de la sexualité… C’est autant de bonnes raisons de se jeter sur le coloré et pétillant Sex & the Series !

Par Delphine Rivet, publié le 05/10/2017

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