Si vous aimez les drames familiaux à la Soprano, vous aimerez Animal Kingdom

Une famille de gangsters, l’atmosphère ensoleillée et torride de la Californie, du surf et du Paintball au programme… Le clan des Cody vous fera passer un doux été. Attention, spoilers.

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©️ TNT

Si certaines séries sentent bon l’été et le soleil par leur côté décomplexé comme Blood Drive et Preacher, d’autres ont ça dans le sang. C’est le cas d’Animal Kingdom, une production signée TNT et adaptée du film éponyme de David Michôd, lui-même inspiré d’une histoire vraie. À Melbourne, dans les années 1980, une famille de gangsters sévissait dans la ville à travers le trafic de drogues, des cambriolages d’armes puis leur revente sur le marché noir. Les Pettingill de Melbourne ont été renommés les Cody dans Animal Kingdom, et leurs aventures mouvementées ont été transposées dans le cadre idyllique de la Californie.

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C’est notamment pour cette raison que la série de Jonathan Lisco fleure bon la saison estivale. Le soleil californien illumine chaque épisode de la série, les frères Cody passent leur journée à surfer, à draguer et à prendre quelques substances illicites. La nuit, quand ils n’écument pas les bars de la côte, ils fomentent des cambriolages avec leur matriarche Janine "Smurf" Cody (Ellen Barkin). Cette dernière entretient une relation sulfureuse, parfois à la limite de l’indécence, avec ses bambins.

Le quotidien de la petite famille est bouleversé lorsque le neveu de la famille, Joshua (Finn Cole), perd sa mère des suites d’une overdose. Introverti et pas franchement bavard, "J" a d’abord du mal à s’intégrer auprès de Baz, Craig, Deran et Pope, l’aîné de la clique tout juste sorti de prison. Il découvre rapidement que sous les tartes Tatin et les câlins de sa tante se cachent cinq personnages hauts en couleur, vindicatifs et relativement dangereux.

Entre Kingdom et Prison Break

©️ TNT

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À première vue, Animal Kingdom s’adresse aux mecs en manque d’action et aux filles à l’affût de tablettes de choc' de collection. Mais la série de TNT en a plus sous le capot qu’elle ne le laisse imaginer. Si les personnages sont écrits en respectant des archétypes bien définis (le drogué, le vilain petit canard, le mystérieux, le sociopathe), ils n’en sont pas moins attachants. Avec un charisme naturel, les acteurs Scott Speedman, Shawn Hatosy, Ben Robson et Jake Weary font le job et nous emmènent avec fougue dans leurs plans foireux et leurs histoires de cœur. On regrettera seulement en saison 1 la retenue de Finn Cole, pourtant excellent dans Peaky Blinders, qui a toutefois davantage l’occasion de s’exprimer en saison 2.

Pour le moment, la recette d’Animal Kingdom se répète mais reste assez efficace. À la manière de Prison Break, la série nous tient en haleine grâce à l’ingéniosité et à la mise en scène des casses organisés par la famille Cody. On retrouve ce stress, cette tension presque palpable et ce plaisir malicieux à les voir dérober, sans état d’âme et sous nos yeux, l’argent d’une église ou d’une base militaire, là où Prison Break allait jusqu’à proposer une scène de cambriolage tournée dans le silence le plus total en saison 4. Si Animal Kingdom ne dispense pas autant de rebondissements et de twists improbables que son aînée, elle répond par la testostérone et une volonté de s’ancrer dans une réalité plus acceptable par le spectateur.

Si la série ne manque pas de scènes d’action rocambolesques et sulfureuses, elle propose par moments un sous-texte pertinent. Chaque personnage fait face à ses propres démons à travers des sujets de société actuels : l’homosexualité inavouée pour Declan, l’addiction aux drogues pour Craig, la réinsertion pour Pope ou encore le complexe d’Œdipe pour Baz. Si leur résolution n’échappe pas à quelques clichés et des facilités d’écriture, Jonathan Lisco et ses scénaristes rendent ces thématiques suffisamment touchantes et réalistes pour y être sensible voire pour s’identifier aux frères.

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©️ TNT

De toute manière, on ne peut pas reprocher au showrunner de ne pas s’y attarder car le sujet d’Animal Kingdom n’est pas là. C’est avant tout une buddy série décomplexée et facile d’accès qui vous détendra les jours de pluie. Pour le moment, la saison 2 évolue plus ou moins sur un faux rythme, comme si Jonathan Lisco cherchait où emmener le clan des Cody après une saison initiale explosive. Pourtant, il fait preuve de bonnes idées (explorer le passé de Smurf, imploser la famille, élucider le meurtre d’un personnage secondaire) qui pourraient une fois de plus détoner dans un feu d’artifice à la fin de la saison.

Au fond, Animal Kingdom se regarde avec plaisir à chaque été car elle traite de la notion de grandir. C’est notamment flagrant avec Craig et Declan, qu’on pensait hantés par le syndrome de Peter Pan jusqu’à la fin de leur vie. Maternés depuis toujours par leur mère, les garçons n’ont jamais eu le droit à leur indépendance et commencent à en prendre conscience en saison 2, même si cette liberté toute neuve leur causera pas mal d’ennuis. Sans aucune prétention, la série parvient par moments à capter des petits bouts de vie qui sauront vous inspirer ou au contraire définir les limites. Car le monde est, comme celui d’Animal Kingdom, une jungle urbaine sauvage.

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En France, Animal Kingdom reste inédite.

Par Adrien Delage, publié le 03/07/2017

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