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Si vous aimez la bouleversante This Is Us, vous aimerez Queen Sugar

À l’opposé des Pearson de This Is Us existe une autre fratrie qui fera presque autant travailler vos glandes lacrymales.

À l’automne dernier, NBC touchait le jackpot avec This Is Us, ce hit sériel venu de nulle part. Les mouchoirs dégainés à chaque épisode, il était difficile de dénicher une série aussi cathartique, et encore davantage d’imaginer qu’une telle œuvre puisse être autant acclamée par le grand public. En effet, Parenthood (la dernière série familiale en date) s’est éteinte après six saisons déchirantes en 2015 sur le même network américain. Ses audiences étant peu faramineuses, on ne misait pas vraiment sur le succès de This Is Us, show aux thématiques et à la tonalité similaires. Pourtant, le clan Pearson est parvenu à tirer son épingle du jeu, décrochant deux saisons supplémentaires dans la foulée.

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Là où beaucoup pensaient le genre du family drama en fin de vie, This Is Us était perçue comme un come-back salvateur, un retour aux sources inévitable. Alors oui, le triomphe de Milo Ventimiglia et ses pairs fut une véritable révélation. Ce n’est pas pour autant que This Is Us est présentement la meilleure série familiale. À ce niveau-là, la plus (injustement) confidentielle Queen Sugar peut lui faire sérieusement concurrence.

À St. Josephine, au cœur de la Louisiane, les frère et sœurs Borderlon sont secoués par le décès soudain de leur père. À peine ont-ils le temps de prendre conscience de leur perte qu’ils sont illico rappelés à la réalité : les trois ont hérité des 300 hectares de champs de canne à sucre de leur défunt papa. Au-delà de ça, chacun a ses propres problèmes à régler. Nova, l’aînée, doit jongler entre sa carrière journalistique et son activisme en faveur de l’égalité raciale. Charley, la cadette, est impliquée dans une affaire sordide lorsque son mari joueur de basket-ball est accusé de viol. Enfin, Ralph Angel, le plus jeune de la fratrie, tente de remonter la pente après un séjour derrière les verrous.

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Pour les connaisseurs du système télévisuel américain, Queen Sugar fut une sacrée surprise. La série est diffusée outre-Atlantique sur OWN, une chaîne câblée créée et financée par la présentatrice de talk-shows Oprah Winfrey. Sa grille des programmes était jusqu’alors peuplée d’émissions de pop culture et d’autres fictions bien cheap (The Haves and the Have Nots, pour les plus courageux). Par sa qualité d’écriture et ses plans immersifs et travaillés, Queen Sugar vient relever le niveau. Ce n’est en fin de compte pas très étonnant quand on prend conscience qu’Ava DuVernay, réalisatrice du puissant Selma en 2014, est aux commandes.

À l’instar des Pearson dans This Is Us, les relations que les Borderlon entretiennent sont creusées et fascinantes. Nova (brillamment interprétée par Rutina Wesley de True Blood) et Charley, les deux sœurs de Queen Sugar, cultivent un lien constamment tendu. L’une s’accroche dur comme fer à ses racines et son appartenance à la classe moyenne tandis que l’autre évolue dans un milieu aisé tout en s’efforçant de garder les pieds sur terre. À de maintes occasions, les deux sont en totale opposition, mais persistent à vouloir se comprendre en dépit de leurs divergences. En ça, la série fait un job impeccable, soulignant les efforts qu’implique l’appartenance à une famille que l’on n’a pas choisie.

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Leur frère cadet, Ralph Angel, est quant à lui terriblement émouvant. Ayant cumulé des erreurs de jeunesse, cet ex-taulard est bourré de bonne volonté, déterminé à mettre sa vie en ordre pour le bien de son jeune fils. Tout au long de la première saison, Ralph Angel est tourmenté par ses démons du passé et doit faire face aux embûches sur le chemin de la réinsertion professionnelle. Ajoutez à ça le dévouement indéfectible dont il fait preuve pour honorer l’héritage de son père, le dernier de la fratrie Borderlon est un personnage tragique au possible qui encaisse les coups et se relève sans cesse.

Bien entendu, Queen Sugar effleure toute une pléiade de thèmes périphériques, de l’adultère à la stigmatisation des personnes noires en passant par le traitement du viol par la sphère médiatique. Ces sujets sont plus ou moins bien abordés, mais témoignent quoi qu’il en soit d’une volonté d’apporter sa pierre à l’édifice sériel. Visuellement, la majorité des scènes sont sublimées par une esthétique très cinématographique. Pour l’anecdote, Ava DuVernay n’a embauché que des réalisatrices pour les treize épisodes composant la saison inaugurale du show.

Somme toute, il est difficile d’appréhender les raisons qui font de Queen Sugar une œuvre aussi sous-estimée, voire entièrement méconnue. Sa galerie de personnages désemparés captive et, souvent, émeut (là aussi, gardez vos mouchoirs à portée de main). La cadence de chaque épisode, languissante mais maîtrisée, confère à la série une atmosphère singulière qui la fait sortir du lot. Son seul véritable défaut serait peut-être son recours ponctuel à des ficelles scénaristiques trop proches du soap opera, et encore. Pour l’été qui s’annonce, Queen Sugar est une alternative efficace à This Is Us, en attendant calmement la saison 2.

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La deuxième saison de Queen Sugar démarrera aux États-Unis le 20 juin prochain.

Par Florian Ques, publié le 23/05/2017

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