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Et si la victime de Slasher: Guilty Party, c’était nous ?

Comme quoi, anthologie horrifique n’est pas toujours synonyme de succès.

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Ce n’est pas nouveau, le format anthologique fait les beaux jours du petit écran depuis maintenant plusieurs années. Dans cette perspective, les inconditionnels d’affaires judiciaires et thématiques sociétales ont été comblés avec l’acclamée True Detective, puis American Crime Story et la plus confidentielle American Crime. On assiste encore aujourd’hui à une émergence du genre horrifique avec des séries comme l’iconique American Horror Story et son héritière avec moins de budget mais tout autant d’inventivité, Channel Zero. Et puis il y a nos amis canadiens, un peu plus à la ramasse.

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À l’hiver 2016, la chaîne câblée états-unienne Chiller misait sur Slasher, production made in Canada. Comme son nom peu inspiré le laisse entendre, la série avait pour ambition de transposer le genre particulier du slasher au format épisodique. Le résultat était loin d’être transcendant, mais ça n’a pas empêché Netflix de commander une saison 2, accompagnée du sous-titre un brin plus attractif Guilty Party.

Le programme ? Après avoir causé la mort d’une collègue cinq ans plus tôt, un groupe d’anciens moniteurs de colonie brave la neige et les températures négatives pour retourner sur les lieux du crime en plein hiver. Leur but premier est de se débarrasser du cadavre de leur victime, prénommée Talvinder, avant qu’il ne soit découvert par des travaux de construction annoncés. Leur but est de survivre à un détraqué cagoulé qui les prend pour cible, déterminé à venger la mort de Talvinder pour de sombres raisons. Du sang sera versé, des secrets seront dévoilés, et bla-bla-bla.

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Si l’intrigue de Guilty Party vous paraît familière, ce n’est pas étonnant. Sur le papier, cette saison 2 de Slasher est un concentré de films d’épouvante cultes : vendredi 13 pour le contexte du camp de vacances, Souviens-toi… l’été dernier pour le concept de vengeance… On ajoute tout bonnement une grosse dose de flocons de neige en polystyrène et voilà le résultat. On l’aura donc compris, la recette de cette salve d’épisodes n’a absolument rien d’innovant.

À chaque Halloween resurgit cette envie irrépressible de se ficher la trouille en (re)découvrant des fictions horrifiques. Si c’est votre cas, faites une croix sur Slasher. Avec une durée avoisinant les cinquante minutes, les huit épisodes qui composent ce deuxième tour de piste sont pénibles à regarder. Déjà, les frayeurs ne sont pas là. L’atmosphère n’est pas anxiogène pour un sou, les enjeux paraissent dérisoires tant on se contrefiche de ce qui peut advenir des protagonistes. La faute au jeu d’acteur médiocre de l’ensemble du casting ? Oui, il y a un peu de ça.

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Le rendu final de Guilty Party est risible. Bien que les mises à mort au programme soient bien pensées et ponctuellement imaginatives, les visuels font peine, sans doute à cause d’un budget trop peu conséquent. Des histoires d’amour se créent plus rapidement qu’en un épisode des Anges de la téléréalité. Les réactions des personnages sont incompréhensibles et il devient difficile de s’identifier à eux lors de situations de crise. Sérieusement, aucun d’entre eux n’a maté de films d’horreur ? Leur volonté insensée de se séparer continuellement, en dépit du meurtrier qui rôde encore, est plutôt aberrante.

Bon, histoire de mettre un peu d’eau dans son vin, ce second volet de Slasher n’est pas totalement à jeter. Une scène de viol entre deux hommes a lieu en cours de route et, bien que terriblement dérangeante à regarder, a le mérite de surprendre après des passages trop convenus. Comme tout "whodunit" qui se respecte, la révélation de l’identité du serial killer est réservée à l’ultime épisode. Un twist final qui, sans être renversant, est tout de même efficace et rattrape légèrement un visionnage jusqu’alors d’un ennui mortel. En soi, Guilty Party aurait mérité de moins se prendre au sérieux : jouer la carte du second degré, ça peut tout changer.

On en vient alors à se demander si le genre du slasher, ayant connu son apogée à la fin du XXIe siècle, est compatible avec un découpage sériel. Si Slasher s’est plantée deux saisons à la suite, d’autres ont su prouver que c’était carrément possible. Bien que la version télévisée de Scream ait connu des hauts et des bas, la méconnue Harper’s Island restera la preuve qu’un slasher en série peut exister, et être de bonne facture en prime. Heureusement que le Canada produit du bon sirop d’érable, on risquerait sinon de leur en vouloir pour avoir mis au monde cette erreur de parcours qu’est Slasher.

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Les deux saisons de Slasher sont disponibles sur Netflix dès maintenant.

Par Florian Ques, publié le 24/10/2017

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