Stranger Things : une fenêtre sur l’œuvre de Stephen King

On a beaucoup vanté les références ciné de la série Netflix, mais sa plus grosse inspiration vient en fait des romans du Maître du macabre : Stephen King.

Hommage revendiqué aux films des années 1980, de Spielberg à John Carpenter, Stranger Things est un retour en enfance aussi doux qu’angoissant pour toute une génération d’abonnés Netflix. Ces références cinématographiques, vous les trouverez partout sur Internet.

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Le jeu des 7 erreurs

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Chacun y est allé de son petit comparatif, tout le monde a disséqué, scruté le moindre plan pour repérer tous ces clins d’œil, d’E.T. L’Extraterrestre aux Goonies, des plus évidents à ceux qui ne parleront qu’aux connaisseurs. Des amateurs aux cinéphiles initiés, c’est devenu, en quelques jours depuis la mise en ligne de la série ce 15 juillet, un véritable jeu.

Il faut dire qu’avant même son lancement, Stranger Things faisait déjà l’unanimité. La critique est conquise, le public en redemande, et elle atteint le score impressionnant de 93 % d’opinions positives sur Rotten Tomatoes.

Consécration ultime pour la série des Duffer Brothers, même le Maître du macabre, Stephen King, a partagé son enthousiasme sur Twitter.

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"Regarder Stranger Things, c’est comme regarder un best-of de Stephen King. Je dis ça dans le bon sens du terme."

Savoir lire entre les pages

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Car la série ne fait pas seulement des courbettes à tout un pan du cinéma de genre, elle invoque aussi l’esprit prolifique du romancier. Un hommage, là encore, totalement assumé par les créateurs, comme le confirmait Matt Duffer au Wall Street Journal :

"Les romans de Stephen King étaient une grande source d’inspiration. Ces films et ces livres ont bercé notre enfance."

Dès le générique, on sent l’empreinte du maître avec un titre qui fait référence au roman Needful Things, publié en 1991 (et dont le titre français était Bazaar).

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Dans Stranger Things, on entre dans la série en traversant littéralement le titre du chapitre

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Et trente-trois ans auparavant, The Dead Zone donnait le ton.

L’immersion se poursuit lorsque l’on entre de nouveau dans la série par le carton qui annonce le chapitre, dans un mouvement de zoom de la caméra, comme l’avait fait auparavant The Dead Zone, film de David Cronenberg sorti en 1983 et adapté du roman éponyme de Stephen King (publié en 1979).

Et cette musique entêtante et mystérieuse, presque oppressante, est un emprunt direct à Christine, de John Carpenter (1983), adaptation de Stephen King que l’on ne présente plus.

Remonter la source

L’histoire elle-même, sa mythologie et les personnages qui peuplent la petite ville de Hawkins, doivent sûrement plus à l’œuvre originale de Stephen King qu’à bien des films venus après. La bande de gamins, qu’on a beaucoup comparée aux Goonies, s’approche pourtant plus, dans les épreuves qu’elle traverse au petit gang de Ça (1986), voire de Dreamcatcher, sorti bien plus tard, en 2001.

Cette dynamique de groupe entre adolescents est un thème récurrent de l’œuvre de Stephen King. Pour vous en convaincre, le titre du quatrième chapitre de Stranger Things, appelé "The Body", est le nom d’une nouvelle du romancier de 1982 adaptée au cinéma quatre ans plus tard par Rob Reiner : Stand by Me, souvent citée comme l’une des inspirations de la série.

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Stand by Me de Rob Reiner (1986).

66.0.0

Stranger Things de Matt et Ross Duffer.

Le look androgyne de la jeune Eleven dans l’histoire des Duffer Brothers ressemble d’ailleurs étrangement à celui du personnage de River Phoenix.

Concernant Eleven, justement, les pouvoirs de cette gamine, aussi merveilleux que terrifiants, rappellent ceux de l’héroïne de Firestarter (Charlie, en français, et publié en 1980), une fillette dotée du pouvoir de pyrokinésie.

Et déjà, dans ce roman, la paranoïa de l’auteur envers le gouvernement américain était manifeste. Une méfiance qui imprègne l’intrigue de Stranger Things tout au long de ses huit épisodes.

Si la mise en scène, la bande originale et l’esthétique générale de la série sont une succession de clins d’œil aux films des années 1980, Stranger Things n’en reste pas moins un hommage à la bibliographie, longue comme la route 66, de Stephen King, qui elle-même a eu une empreinte incontestable sur le cinéma de cette époque.

Et qui sait, peut-être même que Stranger Things, qu'on vous encourage à binger d'urgence sur Netflix, parviendra à attirer toute une génération de jeunes téléspectateurs vers ses œuvres.

Par Delphine Rivet, publié le 27/07/2016

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