« Pilot » — A locally born SWAT sergeant, former Marine Daniel « Hondo » Harrelson (Shemar Moore), is newly tasked to run a specialized tactical unit that is the last stop in law enforcement in Los Angeles, on the series premiere of S.W.A.T., Thursday, Nov. 2 (10:00-11:00, ET/PT) on the CBS Television Network. Shemar Moore, Stephanie Sigman, Alex Russell, Jay Harrington, Lina Esco, Kenny Johnson, Peter Onorati and David Lim star in the police drama inspired by the television series and feature film. Pictured left to right: Lina Esco as Christina « Chris » Alonso, Jay Harrington as David « Deacon » Kay, and Shemar Moore as Daniel « Hondo » Harrelson. Photo: Bill Inoshita/CBS ©2017 CBS Broadcasting, Inc. All Rights Reserved

S.W.A.T. : un cop show des familles qui sent le réchauffé et la testostérone

Sans le charisme de Samuel L. Jackson et Colin Farrell, S.W.A.T. n'a plus de saveur.

Rien ne se perd, rien ne se crée, mais tout se recycle. Sans vouloir dévaloriser la citation culte d'Antoine Lavoisier, le monde des séries a tendance à abuser du réchauffé en cette ère de Peak TV. Fer de lance des networks américains depuis des décennies, le cop show est un mal qui ronge l'originalité du petit écran. Excepté quand Nic Pizzolatto et HBO nous pondent l'excellente True Detective, les (mauvaises) séries policières hantent les chaînes depuis trop longtemps. Et malheureusement, le système est infiniment gangréné jusqu'à la moelle pour s'en dépêtrer.

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CBS et les scénaristes Aaron Rahsaan Thomas (The Get Down) et Shawn Ryan (The Shield) ont fait fort cette année en recyclant deux obsolescences en une série. Le long-métrage S.W.A.T. unité d'élite de Clark Johnson sorti en 2003 d'une part, et la formule magique classique mais usée jusqu'aux menottes du procedural d'autre part. Comme on pouvait s'y attendre, S.W.A.T. est un cop show prévisible, avec de l'action de bas étage comme s'il avait été ingéré et régurgité à la manière d'un vieux chewing-gum trouvé au fond de votre sac.

S.W.A.T. unité du cliché

© Bill Inoshita/CBS

À juste titre, nous perdons espoir dans les adaptations sérielles du grand écran. Exceptions faites de Fargo et la surprise Lethal Weapon, toutes les transpositions de ces dernières années ont rapidement été annulées (Limitless, Rush Hour, Training Day...). Il faut dire que la plupart n'arrivent pas à mettre en lumière l'âme du film voire du script sur lequel elles sont basées. Dans cette logique, de S.W.A.T. unité spéciale, le show de CBS n'a que l'acronyme et le pitch principal.

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Daniel "Hondo" Harrelson (Shemar Moore) est un membre vétéran de l'unité d'élite de Los Angeles qui se retrouve promu au rang de capitaine de l'équipe après un incident. Son supérieur a grièvement blessé par balle un jeune civil afro-américain lors d'une altercation avec des criminels. Le coupable mis à pied puis viré de la team, Hondo prend la relève d'une famille dysfonctionnelle mais soudée par la même cause et la même envie de protéger leur ville. Jusqu'au jour où un jeune bleu, Jim Street (Alex Russell), débarque de l'école avec l'impertinence et l'esprit fanfaron de mise.

Tous les personnages de la série obéissent aux stéréotypes du genre, que ce soit dans leurs intrigues à l'eau de rose ultraprévisibles (la relation interdite mais consommée entre un agent et sa supérieure hiérarchique) ou dans leurs attitudes (Shemar Moore passe plus de temps torse nu qu'en tenue). De fait, les protagonistes ne sont pas très intéressants et les enjeux dramatiques du show sont revus à la baisse. Quant à la forme des épisodes, elle suit celle de l'habituel "freak of the week" si cher aux séries du genre.

Toutefois, S.W.A.T. s'extirpe de la catégorie médiocre par deux aspects. Le premier, c'est la réalisation tonitruante de Justin Lin (Fast & Furious), en charge du pilote. Le metteur en scène assure pour filmer les cascades de voitures, qui sont iconisées dans ses plans comme des armes de guerre. Les séquences d'action sont plutôt bien maîtrisées, fluides dans leur chorégraphie et sans abus du travers des films d'action appelé shaky cam. Reste à voir sur la durée si cette mise en scène dynamique pâtira du départ de Justin Lin.

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© CBS

Deuxièmement, le climax du show s'inscrit dans des thématiques contemporaines et notamment les luttes raciales. Le jeune afro-américain blessé au début de l'épisode est le symbole de l'angoisse éprouvée par les minorités noires aux États-Unis. Il représente les Trayvon Martin, Canard Arnold et autres Sean Bell, tous abattus par des policiers blancs, sans autre raison apparente que la stigmatisation des Noirs.

Sans s'attaquer de front au sujet, S.W.A.T. s'empare du côté politique de la chose : Hondo est élu en tant que capitaine pour apaiser les communautés afro-américaines, non pour ses talents sur le terrain. Lui-même dit s'être engagé dans la police pour inverser le traumatisme de l'autre côté du miroir. Un message simple mais plein d'intentions, qui mérité d'être souligné au vu des piètres qualités de la série.

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Malheureusement, les scénaristes rangent leurs personnages dans des cases manichéennes qui n'apportent aucune véritable réflexion sur la gentrification des quartiers de L.A. ou les abus des policiers. Les ressorts narratifs sont attendus et caricaturaux, on cherche à nous émouvoir par le courage des policiers et les vies qu'ils sauvent. S.W.A.T. reste un plaisir coupable à regarder en mode veilleuse, mais une série d'action peu ambitieuse qui recharge ses fusils mitrailleurs sans jamais prendre le risque d'insérer une balle d'originalité dans le magasin.

En France, S.W.A.T. reste inédite.

Par Adrien Delage, publié le 09/11/2017

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