Tahar Rahim (Khalil Rachedi)

Tahar Rahim : "Panthers m'a sorti de ma zone de confort"

Alors qu'il poursuit une carrière prolifique et éclectique au cinéma, Tahar Rahim s'est laissé tenter par le petit écran avec la mini-série Panthers, qui débute ce lundi 26 octobre sur Canal+. L'occasion de revenir avec lui sur ce projet et sur ses bientôt dix ans de carrière.

PANTHERS Saison 1 - Episode 4

Biiinge | Qu'est-ce qui t'as donné envie de faire du cinéma ?

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Tahar Rahim | L'ennui ! J'ai grandi dans une ville [Belfort, ndlr] où il n'y avait pas grand-chose à faire. Les bus s'arrêtaient à 19 heures. Le cinéma a été un moyen d'évasion. J'y allais tout le temps. Je me sentais bien dans cet univers, que j'avais envie d'explorer. Peut-être qu'un film m'a marqué en particulier, mais je ne m'en souviens plus (rires) !

Deux ans après tes débuts, tu exploses dans ton premier film, Un prophète, remporte deux César pour le prix d'un (meilleur acteur et meilleur espoir masculin), au point que l'Académie doit carrément changer son règlement pour éviter ce genre de doublé à l'avenir. Avec le recul, comment as-tu vécu cette période ?

(rires) Le moment était inoubliable pour moi. Quand tout à coup, la profession vous dit "bienvenue" de cette façon-là, c'est galvanisant au possible. En parallèle, j'ai aussi eu peur. Pour un jeune acteur, c'était assez effrayant. Ça m'a poussé à me poser la question du syndrome d'imposture. Est-ce que je mérite tout ça ? À force d'enchaîner les expériences, ça devient cool. Aujourd'hui, je me sens légitime.

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Est-ce que la façon de tourner de Jacques Audiard a influencé ton travail en tant qu'acteur ?

Oui, bien sûr ! Travailler avec Jacques a été une école incroyable. Ce tournage était ma première vraie expérience ciné et ma première grande formation. Elle s'est ajoutée à la l'école de la vie, qui est ma première source d'inspiration pour construire mes personnages. Ensuite, j'ai rencontré d'autres grands réalisateurs, comme Asghar Farhadi ou Fatih Akin, qui avaient d'autres façons de travailler. Au fur et à mesure, on apprend. Mais je ne pouvais pas rêver mieux que de démarrer chez Jacques.

"À l'époque d'Un Prophète, j'avais le syndrome de l'imposture. Aujourd'hui, je me sens légitime."

Avec quels cinéastes t'es-tu senti le plus à l'aise ?

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Avec Jacques Audiard et Asghar Farhadi, qui ont des façons de diriger diamétralement différentes. Jacques laisse place à l'impromptu et aime être surpris, tandis qu'Asghar a tendance à tout orchestrer minutieusement. Mais j'ai été surpris, car même avec des choses très cadrées, je me suis senti libre aussi.

En 2011, c'est parti pour une carrière internationale avec L'Aigle de la Neuvième Légion. C'était une envie de longue date de tourner en anglais ?

En fait, ça fait partie de ma personnalité. J'aime voyager et aller voir ce qui se passe ailleurs. Je suis intéressé par les cultures différentes. Que ce soit dans le métier ou les expériences de vie, je recherche la nouveauté. Il n'y a rien de mieux qu'une première fois, que de découvrir un terrain vierge. J'aime travailler avec des réalisateurs étrangers. Ça me nourrit. Après, mes choix d'acteurs sont guidés par mes goûts de spectateur. J'aime participer à des films que j'aimerais voir.

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Tahar Rahim dans Panthers   (©Haut et Court / Canal+)

Tahar Rahim dans Panthers (© Haut et Court / Canal+)

Tu reviens ensuite en France pour tourner notamment sous la direction de Jean-Jacques Annaud. Or noir est une grosse production. L'accueil critique est plutôt frais. Comment le vis-tu ?

À l'époque, ça m'avait fait un peu mal. Aujourd'hui, j'ai pris du recul et je ne le prends plus à cœur quand on aime moins un de mes films. Tant que je sais pourquoi j'y ai été, ça va. Ça fait partie du jeu. Je n'ai pas le droit d'empêcher quelqu'un de ne pas aimer un film (rires). Je garde de ce tournage ma rencontre avec Jean-Jacques Annaud, un homme délicieux, avec qui j'ai beaucoup aimé discuter. On a aussi traversé la révolution tunisienne, c'était incroyable. On a dû suspendre le tournage quelque temps. J'ai eu l'impression de vivre 1789 aujourd'hui.

"Que ce soit dans le métier ou les expériences de vie, je recherche la nouveauté. Il n'y a rien de mieux qu'une première fois."

Nombre de tes films ont une conscience sociale ou politique (Grand Central, Le Passé, À perdre la raison, Les Anarchistes...). Ces thématiques te portent-elles à cœur ?

Je ne passe pas par ce prisme-là au moment de choisir mes rôles. J'ai le sentiment que les histoires et les personnages les plus intéressants ont de toute façon un ancrage politique et social. Tout est politique. Mais je ne pense pas aller vers un cinéma politisé par exemple.

Avant Un Prophète, tu as commencé dans une série, La Commune. Ça fait quoi de retourner sur le petit écran après ce parcours ciné de ces dernières années ?

C'était mon premier boulot en effet. Je n'ai pas eu de sentiment de nostalgie particulier. C'est cool de retrouver Canal+, mais je suis allé sur Panthers comme sur un film car cette série a une vraie envergure cinématographique. De toute façon, petit ou grand écran, ça m'est égal à partir du moment où je suis emballé. J'étais content de refaire une série. Je suis moi-même spectateur et j'avais envie d'en tourner une bonne.

Quelles séries t'ont touché ? 

J'ai vu The Wire, The Sopranos, Breaking Bad, Peaky Blinders, True Detective, Les Revenants, Engrenages, Bron... Dernièrement, j'ai bien aimé Mr. Robot aussi, dans un style très Fincher.

"J'ai été séduit par la thème de Panthers, l'exploration de la criminalité européenne."

Qu'est-ce qui t'as séduit dans Panthers 

L'histoire avant tout, le fait de raconter un tragédie assez comparable qui survient à trois personnages, situés dans différents univers. J'ai aussi été séduit par l'exploration de la criminalité européenne. Le personnage de Khalil me plaisait vraiment beaucoup. J'aime son ADN anglo-saxon. On pouvait se permettre de dépasser le réalisme pour aller vers le vraisemblable. C'est tout un dosage : la série possède une certaine dose de réalisme, sans pour autant être la réalité.

Tahar Rahim (Khalil Rachedi), John Hurt (Tom Kendle), Goran Bogdan (Milan Celik), Samantha Morton (Naomi Frankcom) (©Haut et Court / Canal +)

Tahar Rahim (Khalil Rachedi), John Hurt (Tom Kendle), Goran Bogdan (Milan Celik), Samantha Morton (Naomi Frankcom) (©Haut et Court / Canal +)

Comment as-tu préparé ce rôle ?

J'ai rencontré des policiers. Je me suis déplacé dans les quartiers avec Jérôme Pierrat [journaliste spécialisé dans le grand banditisme, à l'origine du projet de Panthers, ndlr]. On a fait un stage pour bien comprendre comment bossaient les gars du GIGN. Il faut être dans la vérité sur certaines choses. Par exemple, tu es vite naze si tu ne tiens pas bien ton flingue, si tu ne sais pas lancer un assaut, etc.

J'ai aussi rencontré des policiers qui ont grandi dans les quartiers. Ça m'a nourri de connaître leur trajectoire, même si elle est très différente de celle de mon personnage. Khalil utilise la justice parce qu'il y croit, mais c'est aussi une sorte de tremplin familial. Il veut asseoir des méthodes finalement plus personnelles que légales.

As-tu rencontré le scénariste, Jack Thorne, pour parler de son personnage ?

Oui, j'ai discuté avec Jack, notamment parce que mon personnage avait un ADN anglo-saxon et qu'on a réfléchi ensemble à comment faire pour le rendre crédible en France. Certaines choses pouvaient ne pas fonctionner dans notre société. Je parlais aussi au quotidien avec le réalisateur, Johan, sur les motivations de mon personnage, comment amener certaines choses. On avait une belle complicité.

"Je ne fais pas de différence entre le petit et le grand écran."

 Est-ce que tu as noté de grandes différences entre la manière de tourner un film et une série ?

Artistiquement parlant, je n'ai pas ressenti de grandes différences sur ce projet précis. Il y a en revanche une vraie différence de rythme. Ça a été un bon rappel. Panthers m'a sorti de ma zone de confort. On pense qu'on va avoir plus le temps pour installer les personnages, car on a une fiction de six heures à tourner. En fait, c'est surtout vrai à l'écriture. Le tournage est plus court proportionnellement à un film. On remplit une journée avec cinq séquences en télé. Au cinéma, c'est plutôt deux ou trois séquences.

Cela change-t-il ton jeu d'acteur ?

Oui, il faut se rendre disponible, être plus tendu, plus efficace, aller directement à l'objectif.

Certains acteurs aiment avoir la possibilité d'étirer un personnage sur une série. D'autres au contraire ont l'impression de vivre une routine. Quel est ton sentiment ? 

Sur Panthers, il n'y a pas un personnage principal, mais trois. Le temps de jeu n'est pas le même que celui d'un Walter White ou d'un Tony Soprano. Là, c'est une autre façon d'aborder un personnage. Si le personnage m'emballe, je serai tout à fait capable de me lancer dans une vraie série. Je ne fais pas de différence entre le petit et le grand écran.

Quels genres de rôles auxquels tu n'as pas encore touché rêverais-tu d'incarner ?

J'aimerais bien jouer quelqu'un de sans foi ni loi, pour savoir si j'arriverais à faire en sorte qu'on aime le détester. J'adorerais aussi faire un western. C'est un pur rêve de gosse (rires). Et tant qu'on y est : j'aimerais bien tourner dans un énorme film de science-fiction, plus précisément d'anticipation.

Par Marion Olité, publié le 26/10/2015

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