The 100 : pourquoi la colère des fans après "Thirteen" doit être entendue

Il y a deux semaines, The CW diffusait l’épisode 7 de la saison 3 de The 100. Les fans, jusqu’à présent ultradévoués, l’ont eu en travers de la gorge. Attention spoilers !

On a tous en mémoire un personnage de série dont la mort nous a traumatisé. Et puis on passe à autre chose. Parce que ce n’est que de la fiction et parce qu’il y a tant d’autres candidats qui nous briseront peut-être le cœur à leur tour.

La diversité en étendard

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The 100 avait jusqu’ici réalisé un quasi sans-faute. Deux premières saisons dont l’écriture n’a eu de cesse de s’améliorer et dont la force et l’exposition données à certains personnages féminins étaient une véritable prise de position.

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En choisissant de faire de son héroïne, Clarke, une jeune femme bisexuelle amoureuse d’une valeureuse cheffe de guerre lesbienne, Lexa, la série tranchait avec bien des productions actuelles, toutes chaînes confondues. Pour ces raisons, The 100 s’est attirée la bienveillance des critiques spécialisées, mais aussi d’une communauté de fans assidus et réactifs sur les réseaux sociaux.

Mais ce qu’il s’est produit ces derniers jours en réponse à l’épisode Thirteen dépasse le simple vague à l’âme. Une trahison, c’est comme cela que certains fans l'ont vécu. Si vous n’avez pas encore vu l’épisode 7 de la saison 3 diffusé il y a deux semaines, c’est le moment d’aller voir ailleurs.

Un départ inévitable

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Le 3 mars dernier, dans Thirteen, The 100 a fait un choix qui a choqué une bonne partie de ses partisans. Après une scène belle et intime, dans laquelle Lexa et Clarke se disent au revoir et couchent ensemble pour la première fois, la "Commander" prend une balle perdue, tirée par Titus.

Cette mort était pourtant quasi-inévitable. L’actrice Alycia Debnam-Carey ayant entre temps été promue régulière dans Fear the Walking Dead, il aurait été difficile pour elle de remplir tous ses engagements.

Si l’on a déjà vu des acteurs partir d’une série pour y revenir plus tard, le showrunner de The 100 était face à un problème purement logistique : rien ne garantissait qu’elle parviendrait à se libérer de nouveau. Ne pas tuer Lexa et lui offrir une autre sortie, c’est laisser espérer un retour qui n’arriverait peut-être jamais.

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Une héroïne qui méritait mieux

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À présent que l’on a fait la paix avec cette idée selon laquelle Lexa devait mourir, revenons sur la scène en question. On a beau connaître les contraintes des scénaristes, rien ne vient en revanche justifier les choix, au mieux maladroits, au pire totalement absurdes, qui ont amené à cette conclusion.

Le scénariste de l’épisode, Javier Grillo-Marxuach, sous la supervision du showrunner Jason Rothenberg, a condamné Lexa, quintessence de la guerrière, à une mort accidentelle parfaitement stupide. Elle aurait trébuché dans les escaliers que l’effet aurait été le même.

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Elle, la commandante d’armée, la "Heda", celle qui a réunifié les clans, qui sacrifierait sa vie pour son peuple, capable de terrasser un adversaire masculin dans un combat singulier... cette femme-là n’a même pas eu les honneurs d’une mort digne, sur le champ de bataille.

Curieux, cette façon de traiter un personnage, même secondaire, que l’on a porté aux nues durant deux saisons et qui était au sommet, tant dans son arc narratif que sa popularité.

On se souvient que Finn a eu droit à un traitement bien différent, un épisode entier pour préparer les téléspectateurs et les amener jusqu'à l'une des scènes les plus marquantes de la série. En terme de construction narrative et de décharge émotionnelle, on frôlait la perfection.

Toute une communauté trahie

L’autre problème majeur de cette scène, au-delà de son exécution, c’est qu’elle se soumet à un syndrome bien trop récurrent à la télévision. Ce trope est tellement courant qu’il a plusieurs noms : The Dead Lesbian, ou encore Bury Your Gays.

Il est le fruit d’une longue liste de personnages lesbiens tués dans les séries, dont beaucoup l’ont été après une relation sexuelle. D'où cette fâcheuse tendance à résonner comme un jugement quasi divin (le scénariste étant ici le Dieu de l’histoire) sur leur identité et leurs préférences.

En outre, même si l’on sait peu de choses sur le passé de Lexa, elle nous raconte que ce n’est pas la première fois qu’une lesbienne est symboliquement "punie" pour ses préférences sexuelles dans la série. La "Commander" confiait à Clarke, en saison 2 :

J’ai aussi perdu quelqu’un de spécial à mes yeux. Elle s’appelait Costia. Elle a été capturée par la Ice Nation parce que la reine croyait qu’elle connaissait mes secrets. Parce qu’elle était mienne, ils l’ont torturée, tuée et lui ont tranché la tête.

Pour ne rien arranger, le fait que Titus, figure paternelle pour Lexa, soit celui qui tire le coup de feu fatal, ajoute à l'impression de punition. Symboliquement, elle a fauté et son père (de substitution) lui administre la sentence.

Dans le cas présent, on ne peut pas accuser Jason Rothenberg ou Javier Grillo-Marxuach d’homophobie. Ils ont juré, et on les croit volontiers, que la décision de tuer Lexa s’est faite sans penser au symbolisme au regard de la communauté LGBTQ, que la série a toujours valorisée jusqu’ici.

Il n’empêche, des milliers de jeunes voyaient en Lexa un modèle dans un monde où les lesbiennes, complexes, fortes et dans des positions de pouvoir de surcroît, sont sous-représentées. Ceux-là se sentaient en sécurité, émotionnellement, devant un show qui mettait à l’honneur des personnages LGBTQ. La chute n’en fut que plus rude.

Un personnage comme un autre ?

La défense de Rothenberg, c’est de dire que Lexa a été considérée comme n’importe quel autre personnage : dans The 100, personne n’est à l’abri. Et effectivement, on peut se demander si tous les protagonistes d’une série ne devraient pas être traités de la même façon, quelle que soit son orientation sexuelle, sa couleur de peau, sa religion... Après tout, le showrunner, tel un artiste devant sa toile, fait bien ce qu’il veut avec sa création.

Oui mais non. La diffusion massive de cette création, par un média comme la télévision qui entre dans tous les foyers, implique quelques responsabilités. Lorsqu’on choisit de mettre en avant une communauté sous-représentée et mal-traitée sur ce même média, consciemment ou non, pour des raisons politiques ou pas, on doit prendre des précautions.

Avec Thirteen, les fans ont été meurtris, pour des raisons légitimes qui plus est, et ont répondu avec les moyens à leur disposition : certains ont fait preuve d’une grande agressivité sur Twitter envers Rothenberg et Grillo-Marxuach. Beaucoup ont exprimé leur tristesse, ont écrit des essais sur leurs blogs ou sur Tumblr, et surtout, ont refusé de regarder l’épisode suivant.

La sanction fut immédiate : les audiences de The 100 pour l’épisode 8 ont plongé. Une façon de rappeler au showrunner qu’il est aussi redevable. Il est au service de son public et ce dernier a aussi des moyens de pression. Durant le dernier épisode, le hashtag #LGBTfansdeservebetter ("les fans LGBT méritent mieux que ça") était en "trending topic" aux US durant toute la durée de la diffusion.

Une vague de mécontentement qui doit servir de leçon. La mort de Lexa aurait dû être abordée de manière plus soignée plutôt que d’en être réduite au plus vieux des clichés télévisuels sur les gays. Pour preuve, le site Autostraddle a répertorié 138 personnages lesbiens qui ont subi plus ou moins le même sort sur le petit écran. Beaucoup comptaient sur The 100 pour briser ce cycle infernal...

Par Delphine Rivet, publié le 16/03/2016

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