© Freeform/John Medland

En saison 2, The Bold Type est un Eden féministe menacé de toutes parts

The Bold Type se cherche et, parfois, se trouve.

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Après une première saison acclamée par la critique, la suite de The Bold Type était attendue de pied ferme, notamment après l’annonce d’un changement de showrunneuse – Sarah Watson passait le relais à Amanda Lasher – ce qui n’augure en général rien de bon. Les premiers épisodes de la saison 2 semblaient avoir donné tort aux sceptiques. Dans "Feminist Army", la série abordait le féminisme de façon beaucoup moins binaire qu’à l’accoutumée, confrontant Jane à un vrai dilemme moral et professionnel. Elle qui souhaitait mettre en avant des femmes inspirantes, se rendait compte que l’objet de son premier portrait, une entrepreneuse sur le marché de la coupe menstruelle, n’était pas irréprochable. Puis dans le deuxième épisode, Kat s’interrogeait sur sa condition de femme noire et son envie (ou non) de servir de role model pour les jeunes générations. Deux épisodes plus tard, dans "Stride of Pride", la jeune femme défendait la discrimination positive et obligeait Jane à mettre le nez dans son white privilege.

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Après avoir mis en place dans sa première saison l’équivalent d’un Eden féministe, aussi rassurant qu’irréaliste (mais c’était un parti pris original), la série s’attache à faire éclater la bulle dans laquelle elle nous avait confortablement installés, nous et ses héroïnes. Pour la première fois, on assiste à de sévères prises de bec entre Kat, Jane et Sutton. Même "Queen Jacqueline", la rédactrice en chef toute-puissante de Scarlet, est mise en danger, notamment avec l’arrivée de Cleo, une femme qui, pour on ne sait quelle raison, semble avoir pour but de lui mettre des bâtons dans les roues. On se serait bien passé de cette antagoniste caricaturale. Sutton a aussi à faire à sa "mean girl", en la personne d’une jeune femme qui la regarde de travers et qui la slute-shame pour sa relation avec Richard, sous-entendant qu’elle a obtenu une promotion canapé.

Un progressisme parfois caricatural

The Bold Type donne l’impression de ne pas trop savoir ce qu’elle veut : à des épisodes plutôt fluides se succèdent d’autres beaucoup plus mécaniques, comme "The Scarlet Letter", qui aborde le mouvement body-posi de façon trop lisse et didactique. Et que dire de "The Domino Effect", qui revient maladroitement sur le mouvement "Me Too", les scénaristes s’auto-congratulant au passage d’avoir été précurseurs avec l’épisode (puissant pour le coup) de la saison 1, "Carry the Weight" (diffusé en septembre 2017, un mois avant l’affaire Weinstein) ? On frôle même dangereusement le ridicule dans "Betsy", un épisode centré autour du rapport aux armes de Sutton. Le sujet du contrôle du port d’armes est éminemment important aux États-Unis et a complètement sa place dans la série. La résolution de l’épisode – sous-entendant en gros que les pro-armes devraient passer chez le psy puis transformer leur pistolet en vase – est, elle, légèrement simpliste. C’est aussi parce que The Bold Type fonctionne un peu comme une série procédurale à la sauce progressiste : un sujet abordé par épisode doit forcément avoir une résolution positive à la fin des 42 minutes.

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Sauf que les séquences les plus réussies de cette saison sont justement celles où la situation n’est pas simple, où la solution n’existe peut-être même pas. Quand Jane se rend compte qu’elle ne peut pas mettre à exécution son parfait plan de fertilité et ne peut pas faire congeler ses ovocytes (ce n’est pas remboursé par la sécu américaine ou par la mutuelle de son entreprise, qui prend en compte, en revanche, les traitements au Viagra de ces messieurs). Quand Kat explore sa sexualité avec la bénédiction d’Adena, sans vraiment savoir où cela va les mener. Quand Sutton décide de privilégier sa carrière à son histoire d’amour avec Richard.

Sauf que si The Bold Type tente de toutes ses forces de préserver son Eden féministe, elle est vite rattrapée par des stéréotypes tout droit sortis des comédies romantiques américaines. Ainsi, le season finale voit Sutton & Richard réunis à Paris façon Carrie Bradshaw et Mister Big. Oui, ok, Richard est plus sexy et moins con, enfin, on se retrouve quand même avec le cliché de la petite princesse de la mode et son prince charmant blanc, plus vieux et powerful. Et que dire de Jane et son triangle amoureux plus boring tu meurs ? N’y avait-il pas mieux à explorer que la bonne vieille (et erronée) dichotomie good guy / bad boy ? La série mettant en plus en scène, quoique trop rarement, des personnages masculins, comme Alex, qui semblent bien plus intéressants.

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Si elle avait commencé sur les chapeaux de roues, cette saison s’achève de façon assez décevante. Lieu du season finale, Paris s’avère mal exploitée, mais si ce n’était que ça. La série semble laisser volontairement en suspend plusieurs questions : le couple Adena et Kat, le choix de Jane, l’avenir de Jacqueline, sans réellement proposer de cliffhangers satisfaisants. On se retrouve donc avec un final bizarrement troussé, qui appelle un autre épisode dont on sait qu’il ne viendra pas.

S’il est toujours aussi inspirant et divertissant de suivre les trajectoires pro et perso de Kat, Sutton et Jane, cette saison 2 a souffert de gros soucis de rythme et d’épisodes inégaux. J’espère que la troisième saison, déjà commandée par Freeform, saura rectifier le tir, rendre nos héroïnes plus audacieuses que jamais, et comme le dirait Jacqueline, trouver sa voix.

Par Marion Olité, publié le 13/08/2018

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