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The Bold Type s’impose comme la série la plus progressiste de l’été 2017

Bien plus qu’une série girly, The Bold Type est la surprise de la saison.

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Jane, Kat et Sutton sont amies. Elles partagent (presque) tout : leurs fringues, leurs secrets les plus intimes et, surtout, le même cadre professionnel. Toutes trois bossent pour le même magazine, Scarlet, une sorte d’ersatz de Cosmopolitan. Débarquées en mi-juin dernier, les héroïnes de The Bold Type nous en mettent plein la vue, aussi bien par leurs sapes lookées que par leurs prises de position rafraîchissantes. Lors de chaque rendez-vous hebdomadaire, le trio échappe au piège de la bande girly caricaturale, pour notre plus grand plaisir.

Un journalisme ancré dans la réalité

Lorsque l’on parle de journalisme, le consensus social veut que l’on s’imagine tout de go un reporter intrépide, envoyé à l’autre bout du globe pour couvrir une guerre civile, risquant sa vie pour sa profession. Alors qu’en réalité, ce n’est pas tout à fait ça. Pas du côté de Scarlet en tout cas. Ici, les rédacteurs et rédactrices de ce média fictif s’investissent personnellement pour produire des articles sur leurs tracas quotidiens aussi bien que sur la nouvelle figure politique montante. En cela, The Bold Type dépeint une représentation étrangement sincère du journalisme contemporain.

Aujourd’hui, il s’agit d’être versatile. Pouvoir écrire sur diverses thématiques est un prérequis, savoir manipuler les outils technologiques 2.0 n’est pas une option. Par-dessus tout, plancher sur un article n’a pas à être une corvée, ni à être une épreuve insurmontable. De la difficulté à dégoter une interview jusqu’à se voir attribuer un sujet délicat, The Bold Type fait un job efficace en illustrant les aléas du métier. Si les storylines des personnages sonnent juste, c’est principalement parce qu’elles se calquent sur les expériences de vrais employés de Cosmopolitan. Aux antipodes de The Newsroom qui s’amusait à représenter le journalisme comme quelque chose de dramatiquement sérieux, la dernière série estampillée Freeform opte pour une approche plus légère tout en n’omettant pas les aspects moins reluisants.

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Être journaliste peut (parfois) conduire à une petite notoriété. Le personnage de Kat, journaliste slash community manager, en fait tristement les frais. Suite à un article à la tonalité engagée et féministe, une horde de haters blessés dans leur ego lui tombent dessus. Outre les insultes et piques lambda, elle devient victime de menaces de viol. Pire encore, un internaute fait fuiter une photo d’elle topless sur Twitter. Sans surprise, le flot de remarques misogynes ne fait que grimper en flèche.

D’abord imperméable à ces attaques, Kat finit par flancher et fond en larmes, surtout après que son adresse postale a été divulguée à toute la Twittosphère. Un passage glaçant qui n’est pas sans rappeler l’affaire très controversée du GamerGate en 2014, où des personnalités féminines du jeu vidéo avaient été victimes de harcèlement en ligne. Plus que le journalisme, The Bold Type réussit à mettre en exergue le pouvoir d’Internet et questionne à raison les travers que l’anonymat sur la Toile peut engendrer.

Bisexualité, intersectionnalité et yoni eggs

The Bold Type tape aussi dans le mille dans un autre domaine : son ouverture d’esprit. Oui, nous sommes en 2017, et nombreuses sont les séries à prôner la tolérance sans bornes : You Me Her et la notion de polyamour, The Fosters et sa vision de la famille homoparentale, Faking It et son traitement de l’intersexuation… On vous le dit, elles sont légion. Vient alors s’ajouter The Bold Type, revigorante sur plusieurs fronts.

Dès le pilote, Kat fait la rencontre d’Adena, une artiste militante qui est à la fois lesbienne et de confession musulmane. Et oui, elle porte fièrement le voile. Très rapidement, elle répond à la question que plusieurs téléspectateurs sceptiques ont dû se poser : comment concilier le fait d’être féministe avec le port du hijab ? Pour Adena, c’est bien simple : "Cela ne m’oppresse pas mais me libère des attentes de la société concernant ce à quoi une femme devrait ressembler". Dans la lignée de Skam plus tôt cette année, la série nous offre un protagoniste fort et intelligent, qui explique sans remords sa façon d’allier sa foi et ses revendications. Rares sont les personnages intersectionnels du petit écran, et l’arrivée d’Adena n’en est que plus appréciée.

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Au fil des épisodes, Kat semble développer des sentiments pour Adena, venant remettre en question sa propre orientation sexuelle de la façon la plus spontanée qui soit. Bien qu’elle soit rongée par les doutes, Kat ne considère jamais ce chamboulement comme quelque chose de tragique. Tandis qu’elle se confie à ses copines, celles-ci réagissent de la meilleure des manières : Jane et Sutton l’encouragent à suivre son instinct, et ne mettent jamais en doute son jugement personnel. Ouverture d’esprit, vous avez dit ? Et ça ne s’arrête pas là.

Série ciblée pour les millennials, The Bold Type ne nous épargne pas une bonne dose de drama relationnel. Jane, plus spécialement, est confrontée aux affres du dating et entreprend un rapprochement avec un collègue. Si le show est assurément féministe, ses personnages masculins échappent volontiers au stéréotype du grand méchant loup. Ici, pas de pervers narcissique ou autre fuckboy mal intentionné. Bien qu’ils soient au second plan, les hommes de la série ont une influence positive sur nos héroïnes, s’efforçant de les pousser vers le haut à de multiples reprises.

Le plus appréciable dans tout ça, c’est la facilité avec laquelle The Bold Type se montre engagée tout en restant un excellent divertissement. Alors que Jane admet ne jamais avoir eu d’orgasme de sa vie, elle teste les yoni eggs (des petits œufs à insérer dans les parties intimes qui entrent en jeu lors des exercices de Kegel). Cela donne lieu à une scène carrément loufoque, mais également à un discours libérateur sur le fait que ne pas avoir eu d’orgasme n’est pas dramatique. Chaque individu cultive son propre rapport au sexe, qu’importent les idées reçues. Le verdict est tombé : après un départ dans les starting-blocks mitigé, The Bold Type prouve qu’elle sait casser les codes de la comédie girly et être porteuse d’un message 100 % progressiste. Quoi de mieux pour l’été ?

The Bold Type est diffusée depuis le 20 juin sur Freeform outre-Atlantique.

Par Florian Ques, publié le 31/07/2017

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