Comment The Bold Type libère la sexualité des jeunes femmes

Notre coup de cœur de l’été.

Sutton, Jane et Kat, trois jeunes femmes audacieuses. (©️ Freeform)

Surprise estivale de l’été, diffusée sur la chaîne Freeform, The Bold Type possède de nombreuses qualités : l’empowerment au féminin, la vision pertinente du journalisme 2.0 ou encore un regard décomplexé sur la sexualité des jeunes femmes. Alors certes, des séries comme Sex and the City et plus récemment Girls sont passées par là ; The Bold Type ne part pas de nulle part. Justement, la série signée Sarah Watson se situe quelque part entre les deux. Jane, Kat et Sutton évoluent dans un monde plus réaliste que celui de Carrie et ses copines. Elles sont conscientes de la société dans laquelle elles vivent, mais pour autant, le show reste visuellement girly (normal, les filles bossent au sein d’un magazine féminin fictif, Scarlet) et le message toujours optimiste.

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Le Saint Graal du sexe

Le traitement des relations sexuelles ne fait pas exception. Dès le deuxième épisode, "Oh Hell No", notre Carrie Bradshaw version millennials, Jane (Katie Stevens), se voit attribuer la rédaction d’un papier qui la met pour le moins mal à l’aise. Elle doit écrire sur son plus bel orgasme. Problème, elle n’en a jamais connu un. Dans une société ultracompétitive où la qualité d’un rapport sexuel se mesure à la jouissance masculine comme féminine, l’aveu de Jane est déjà courageux en soi.

Quand les filles tentent de reproduire une position sexuelle recommandée dans le magazine Scarlet… (©️ Freeform)

Soutenue par ses copines, la jeune femme va tenter différentes méthodes : regarder un porno, se masturber, avant de finalement prendre conseil auprès d’une sexologue. Cette dernière lui prescrit un œuf de yoni pour muscler son vagin. Mine de rien, avec légèreté et sans porter aucun jugement sur son héroïne, la série donne des clés aux jeunes spectatrices qui auraient aussi du mal à atteindre le Saint Graal ou qui se poseraient tout simplement des questions sur leur sexualité.

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Une problématique loin d’être superflue si vous commencez à regarder les statistiques : rien qu’en France, 49 % des femmes admettent avoir "assez régulièrement" des difficultés à atteindre l’orgasme selon un sondage Ifop de 2015. Les jeunes femmes ne connaissent pas bien leur corps : normal, en dehors des injonctions sur l’orgasme parfait, la société ne les invite pas à l’explorer et encore moins à chercher ce qui peut vraiment leur donner du plaisir. The Bold Type le fait, tout en gardant le sourire. Quand le fameux œuf de yoni se retrouve coincé dans le vagin de la pauvre Jane, c’est Kat qui s’y colle pour aller chercher l’inopportun. À la fin de cet épisode, la jeune femme finira par embrasser l’objet de ses fantasmes sexuels et accepte que son article soit publié sous son vrai nom et pas sous un pseudo, comme elle le demandait initialement.

Ce que veulent les millennials

The Bold Type, c’est aussi le refus d’une représentation unique, celle de la sexualité blanche et hétéronormée (une autre époque que Sex and the City donc). Kat (Aisha Dee), la jeune femme la plus "couillue" de la bande, est afro-américaine et suit ses coups de cœur sans se construire de barrières quant au genre ou au sexe de la personne désirée. Célibataire, elle va tomber sous le charme d’une artiste musulmane, féministe et lesbienne (et fière de l’être comme elle l’explique dans sa bio Twitter !). Coucou l’intersectionnalité ! Représenter des personnages pouvant faire l’objet de plusieurs discriminations (racisme, sexisme, homophobie, islamophobie) est loin d’être courant à la télé américaine du basic cable (Freeform est une chaîne gratuite du câble américain). Tout comme proposer une protagoniste positive comme Kat, sur laquelle on ne peut pas vraiment coller d’étiquette sexuelle : est-elle hétéro curieuse, bisexuelle, lesbienne pas encore assumée, on ne sait pas… et on s’en fout !

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Sexuellement, comme dans leurs différentes relations amoureuses, Kat, Sutton (Meghann Fahy) et Jane se trouvent dans une phase d’exploration. La série mêle ainsi amour et sexe au moment opportun – dans le cas de Sutton, amoureuse d’un supérieur hiérarchique par exemple – tout en montrant qu’il n’y a pas qu’une seule façon de vivre une histoire, mais bien des milliers. Ainsi, Jane va commencer à voir régulièrement Ryan (Dan Jeannotte), un chroniqueur sexe pour le pendant masculin de Scarlet avec lequel elle va apprendre à se lâcher au lit. Et tenter des expériences comme le tantrisme (si, si !). Réalisant que son crush n’a pas qu’une seule partenaire, elle commence alors à tester une nouvelle appli de rencontre, passant une soirée agréable et sexy avec un nouvel homme.

Après avoir essayé ce mode de vie, Jane se rend compte qu’elle ne peut pas assumer une histoire non exclusive et qu’elle souhaite construire une relation monogame où les sentiments et la complicité prévalent. Dans un élan de maturité (non, franchement, on applaudit des deux mains !), elle en informe son partenaire. Et explique à ses amies : "Je sais que je suis censée être cette millenniale moderne, multitâche dans tous les domaines, mais je ne peux pas le faire avec les mecs. Pourquoi c’est si terrible de vouloir sortir avec une seule personne ? Je veux de l’amour." (Saison 1, épisode 7.)

Pour autant, la série insiste bien sur le fait que le choix de Jane est personnel : rien ne dit que Sutton et Kat suivront cette même voie. Les scénaristes évitent aussi l’écueil facile, qui consisterait à diaboliser Ryan parce qu’il préfère multiplier les partenaires sexuels pour le moment. Chacun cherche son bien-être sexuel dans The Bold Type, avec humour et sans jugement. Et ça fait du bien.

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Par Marion Olité, publié le 22/08/2017

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