The Mist, une brume qui passe comme un nuage orageux pendant l’été

Comme souvent avec les adaptions sérielles de Stephen King, le pilote de The Mist se définit en un seul mot : déception. Attention, spoilers.

Haven, Dead Zone, Under the Dome, la websérie N... On ne compte plus le nombre d'adaptations des œuvres de Stephen King sur le petit écran. Que l'on soit fan ou non du romancier, la plupart de ces séries ont déçu leurs spectateurs, exception faite de la captivante 11.22.63 avec James Franco et produite par J.J. Abrams. Cette année, la petite chaîne américaine Spike tente sa chance avec The Mist, nouvelle adaptation du bouquin éponyme du maître du suspense. 

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Paru dans les années 1980, le récit de La Brume se déroule dans la ville de Bridgton, située dans l'État du Maine. Les habitants sont surpris par l'arrivée massive et menaçante d'une brume aussi épaisse qu'un cumulonimbus. Cette catastrophe tout sauf naturelle crée la panique dans la communauté lorsque les résidents découvrent que des créatures assoiffées de sang séjournent dans le brouillard. Le récit de l'auteur américain a été modernisé et, passage au format série oblige, étoffé de plusieurs intrigues afin de multiplier les personnages.

Ce parti pris pourrait surprendre les fans du roman, mais ils seront plutôt désarçonnés par les gros problèmes d'écriture des personnages, un budget limité au possible et des jeux d'acteurs qui frôlent souvent le ridicule. Vous l'aurez compris, pour le moment, The Mist nous laisse dans le mauvais sens de la brume.

Des personnages dans le brouillard

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©️ Spike

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Le pilote débute sur un plan symbolique qui a le mérite de planter le décor : une araignée balade ses pattes velues sur le corps d'un inconnu. Une image horrifique qu'adorent exploiter Ryan Murphy et Brad Falchuk dans American Horror Story, nous renvoyant à nos cauchemars les plus sombres. On découvre ensuite un premier aperçu de la brume diabolique, sacrifiant un chien au passage. Puis, l'horreur s'arrête (presque) là pour ce premier épisode lourdingue, gâché par des facilités d'écriture et des jeux d'acteur défaillants.

Comme souvent avec les romans de Stephen King, les personnages du récit sont assez caricaturaux et respectent une gamme de stéréotypes, notamment les problèmes d'ados qu'on rencontrait déjà à l'époque de Carrie : la jeune fille innocente slut-shamée, le garçon bisexuel ténébreux et mal dans sa peau, le beau gosse quarterback du lycée, la mère frigide... On n'est pas loin de la bande de potes de Riverdale, quoique plus sexy à l'écran. 

Dans le pilote d'une série, la tâche la plus ardue, au-delà de tenir un récit accrocheur, est de créer de l'affect entre le spectateur et les personnages. Les scénaristes de The Mist, qui comptent tout de même dans leur rang le brillant Christian Torpe (Rita), se sont complètement plantés. Premier faux pas : pourquoi aucun personnage ne cite son nom dans l'épisode ?! Impossible de les identifier sans cet indice, composante essentielle des "5W" pour poser une intrigue cohérente. 

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La deuxième erreur est encore plus problématique. Les acteurs de la série sont passables, voire carrément mauvais. On pense notamment à l'interprète de Bryan, qui joue l'inquiétude comme je l'exprimerais devant un serveur de McDo qui m'apprend que le Coca est coupé à l'eau. Même les têtes connues des sériephiles comme Alyssa Sutherland, aka Aslaug dans Vikings, sont décevantes. Pire, l'actrice écope de dialogues bienpensants particulièrement agaçants qui font d'elle une Skyler White en puissance.

Si certains personnages ont des réactions disproportionnées face à la catastrophe, d'autres sont juste complètement idiots. C'est le cas de Mme Carmody et de son fils, qui traversent le plus sereinement du monde la brume alors que tout le monde est flippé comme pas possible. Mais à quoi tu t'attendais en prenant ta voiture au milieu de ce brouillard si épais qu'on ne voit pas à un mètre à la ronde ?! Si on reproche une certaine lenteur à des séries comme Fear The Walking Dead ou American Gods pour créer et développer une atmosphère singulière, The Mist aurait bien besoin de ralentir le rythme pour ne pas confondre rythme et précipitation.

Une mise en scène trop froide

À la manière d'Under the Dome, la série est cheap voire complètement fauchée. On peut pardonner la CGI approximative de la brume, qui mine de rien fait le taf quand elle se répand au loin sur les montagnes, mais moins les erreurs de coordination lors des "combats". Mesdames et messieurs, vous assisterez avec The Mist au pire coup de fourche (littéralement) de l'histoire du petit écran. Le petit bruit d'éventration pas du tout crédible ferait grandement marrer Negan et Lucille de The Walking Dead. Même les flèches du Green Arrow sont plus convaincantes quand elles transpercent leurs victimes. C'est dire. 

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Et malheureusement, la mise en scène ne pallie pas du tout ce manque de budget. Elle est plutôt informe et austère, les séquences légèrement floutées avec la brume ne laissant pas vraiment l'espace nécessaire à la caméra et à la photographie pour s'exprimer. Le film de Frank Darabont était plus ingénieux et dynamique de ce côté-là. Sérieusement, dans les scènes angoissantes de la série, même les musiques semblent tout droit sorties d'un vieux film Disney diffusé pour Halloween...

Pour le moment, The Mist tient plus du drame familial barbant que de l'horreur annoncée dans les trailers. Toutefois, tout n'est pas à jeter dans ce pilote. Surfant sur des shows comme 13 Reasons Why, la série s'attarde sur des sujets aussi graves et débattus que le viol et le slut-shaming à travers le personnage d'Alex (Gus Birney). Dans les dernières minutes de l'épisode, ce traumatisme devient même plus pesant que les monstres dissimulés dans le brume. On pense alors à The Walking Dead et à sa faculté à faire des humains des êtres plus cruels et dangereux que les zombies. En suivant ce schéma, The Mist pourrait gagner en intensité dramatique et en intérêt.

Certains dialogues écopent de petites piques d'humour noir inattendues mais appréciables et le personnage d'Adrian affolera les fans de théories tarabiscotées. Pour nous, plusieurs preuves laissent à penser qu'il est l'agresseur d'Alex et que son assaillant se révélera être un allié de choix dans cette catastrophe... Enfin, les épisodes à venir, qui vont probablement suivre le schéma du huis clos dans trois lieux différents, devraient être plus palpitants.

Si The Mist devrait rester dans la brume des séries rapidement oubliées, les fans de Stephen King ont encore l'espoir de voir une bonne adaptation sérielle de leur idole. Audience Network diffusera cet été une adaptation de Mr. Mercedes avec Harry Treadaway, le docteur Frankenstein de Penny Dreadful. Une série dérivée du long-métrage La Tour sombre avec Matthew McConaughey et Idris Elba est également dans les tuyaux. En attendant, vous feriez mieux d'acheter un bon bouquin du King du fantastique.

En France, la série The Mist reste inédite.

Par Adrien Delage, publié le 27/06/2017

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