The Night Of : le crime ne dort jamais

HBO vient de lancer une nouvelle mini-série, The Night Of, récit portant la caméra au plus près d'un jeune Américain accusé d'un crime qu'il n'a (peut-être) pas commis. 

Le polar judiciaire se porte bien, merci pour lui. Dans le sillage des remarquées (et remarquables) American Crime, Making a Murderer ou la récente anthologie American Crime Story (une première saison sur l'affaire O.J. Simpson), The Night Of se propose d'ausculter un crime violent au plus près de celui qui semble le coupable idéal.

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Basé sur la série anglaise Criminal Justice (avec Ben Whishaw), le show reprend la trame de la première saison de sa cousine british. Tout commence par une nuit un peu folle pour le timide Nasir, étudiant américain d'origine pakistanaise qui a passé sa vie à marcher dans les clous. Mais pas ce soir-là, où il emprunte le taxi de son père sur un coup de tête pour se rendre à une fête. La rencontre d'une jeune femme aussi mystérieuse que dangereuse va bouleverser sa vie.

Après une nuit très sex, drugs & rock'n'roll, le jeune homme se réveille et découvre, horrifié, sa partenaire baignant dans son sang, brutalement assassinée. Ou comment passer du rêve au cauchemar en quelques heures.

Le premier épisode se découpe en deux atmosphères très différentes : le New York by night, sexy et mystérieux, où toutes les folies semblent possibles ; puis un autre, très différent, blafard, où l'aube n'est pas loin, et le rêve fait place à la dure réalité. On suit alors le travail des policiers au moment de la découverte du corps, les témoins qui s'accumulent, la rivalité sous-jacente entre les différents services, le tout sous le regard hagard de Nasir, qui voit, impuissant, le piège se refermer sur lui.

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Tout semble si réel. The Night Of se démarque de ses congénères par un refus du sensationnalisme et la nuance de ses portraits, notamment des policiers. Il n'est pas question non plus de passer sous silence les tensions raciales qui minent les États-Unis, en particulier ces derniers temps avec le mouvement Black Lives Matters. On se doute bien que le sujet, effleuré dans le pilote (où Nasir est l'objet d'une réflexion raciste venant d'un jeune homme noir) reviendra s'inviter dans les prochains épisodes, avec pertinence et subtilité.

Le doute

Si le showrunner Steven Zaillian a clairement l'ambition de se rapprocher au plus près de la vérité, The Night Of n'est pas un documentaire judiciaire pour autant. Les partis pris dramatiques sont partout : dans la réalisation très soignée, dans cette balade feutrée à travers la nuit new-yorkaise, dans "les yeux de Bambi" de Nasir (excellent Riz Ahmed, vu dans Night Call et à l'affiche du prochain Jason Bourne), comme le décrit un policier.

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On vit cette histoire du point de vue du jeune homme, a priori bien sous tous rapports. L'empathie joue à plein, mais ses souvenirs sont flous, difficile de s'y fier. Il souffre d'un black-out et ne se souvient pas de toute la nuit. A-t-il été piégé par un autre tueur, ou a-t-il réellement commis l'irréparable sous l'effet de la drogue ? Comme dans tout bon polar, on ne peut pas dire si le héros est coupable ou non.

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Deux autres personnages, assez proches dans leur caractérisation mais œuvrant chacun dans un camp adverse, tirent également leur épingle du jeu : le flic vétéran Dennis Box (Bill Camp) et l'avocat tout aussi chevronné John Stone (John Turturro). Chacun a ses trucs et astuces pour arriver à ses fins. Quand l'un prend l'avantage, il dessert forcément l'autre.

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C'est assez fascinant d'observer tous ces corps de métier s'activer (flics locaux, brigades de nuit, criminelle, avocats et bientôt médecin légiste, juges...) autour d'une affaire née il y a à peine trois heures, qui possède tous les ingrédients pour devenir explosive. Tout se bouscule et en même temps, la série prend le temps d'installer son ton, de se concentrer sur tel ou tel détail, de s'attarder sur les réactions de Nasir.

Prenante, ménageant ses effets, The Night Of effectue des débuts séduisants, récompensés par des audiences solides (1,3 million de téléspectateurs) lors de sa diffusion sur HBO (en France, la série est diffusée sur OCS City). On n'est pas au bout de nos surprises dans cette affaire qui connaîtra son dénouement lors de son huitième épisode, et promet de nous plonger dans les rouages toujours passionnants du système judiciaire américain.

Par Marion Olité, publié le 13/07/2016

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