Marvel’s The Punisher est la série jouissive, violente et subversive qu’on attendait

Frank Castle frappe encore plus fort quand il est au centre de son propre show. Attention, spoilers.

Imprévu dans le calendrier du Marvel Cinematic Universe de Netflix, le spin-off de Marvel’s Daredevil est une belle surprise réservée aux fans de la Maison des Idées. Personnage adulé et populaire des comics, Frank Castle a créé la surprise à Hell’s Kitchen en prenant la place de l’homme le plus dangereux de New York, Wilson Fisk. Au vu de la badasserie et des méthodes expéditives de l’antihéros, on attendait avec une certaine hype l’arrivée de Marvel’s The Punisher. Et on n’est pas déçus.

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Le spin-off reprend peu de temps après le massacre de Frank Castle à New York. Toujours traumatisé et hanté par le meurtre de sa famille sous ses yeux, le Punisher mène une vie solitaire et austère où son quotidien oscille entre ouvrier du BTP et lecture de Moby Dick pour s’évader. La série offre un aperçu de ses origines, à travers des flash-back où l’on découvre par segment le meurtre de sa femme et de ses deux enfants, ainsi que son background violent au sein de l’armée américaine.

C’est justement son passé torturé qui le rattrape dans Marvel’s The Punisher, lorsque Frank découvre qu’un autre homme de l’ombre, un hacker appelé Micro, enquête sur ses opérations en Afghanistan. Sans spoiler le twist, les deux acolytes finiront par s’allier pour tenter de démanteler le complot qui se cache derrière un trafic d’héroïne opéré au cours de la guerre, achevant une vendetta de longue date et poursuivant la soif de sang insatiable du Punisher.

Traumatisme et explosions de violence

Déjà très charismatique dans Marvel’s Daredevil, Jon Bernthal est impérial quand il endosse le gilet pare-balles du Punisher. Les fans du personnage seront ravis de voir son interprétation tantôt glaciale, tantôt touchante du justicier. Capable de nous soulever d’excitation dans les scènes de baston, comme de nous tirer les larmes lorsqu’il se réveille apeuré par les visions de sa femme abattue, l’acteur transcende son rôle sans abuser du "mumble acting" si cher aux comédiens physiques du même acabit.

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Sa prestation est bien secondée par Ebon Moss-Bachrach, son acolyte lâche mais déterminé à faire tomber les coupables. Le duo fonctionne très bien grâce à une narration où les comportements des deux hommes évoluent en miroir l’un de l’autre (et des vannes typiques de sidekick qui viennent alléger l’ensemble).

Car Marvel’s The Punisher parle avant tout du traumatisme, celui de la guerre, mais aussi d’une descente aux enfers où les deux personnages découvrent petit à petit que tout est lié à cette période militaire de leur vie. Si la série est assez bavarde et suit le rythme du slow burner, un aspect finalement assez commun aux shows Marvel de Netflix, elle ne fait qu’exploser puissance mille dans les séquences musclées.

© Netflix

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Âmes sensibles s’abstenir, car les combats de Marvel’s The Punisher sont ultraviolents, spectaculaires et sanglants. Frank Castle est un homme impitoyable, capable de ravager la tronche de deux criminels à coups de massue (c’est littéralement le cas dans le pilote), et ce même lorsque ses adversaires sont à terre, sans défense. Si les détracteurs de Marvel’s Iron Fist se délecteront de ces bastons parfaitement mises en scène, certains y trouveront une propension à la violence gratuite.

Toutefois, la série raconte habilement la fragilité d’un homme brisé par la violence, qu’il utilise comme unique moyen d’expression après avoir assimilé cette force destructrice comme un châtiment inhérent à sa nature. Frank est une bête, certes, mais avec une conscience et une notion de la justice altérée, qui viennent justifier son comportement brutal.

Je suis moins emballé par l’aspect policier de la série, où l’on suit la traque de Frank Castle du point de vue des services secrets. Amber Rose Revah (Emerald City) parvient difficilement à convaincre en tant que femme révoltée dans un milieu très masculin, où elle subit la pression et les préjugés de sa hiérarchie malgré ses talents d’enquêteuses. Il faut dire que son intrigue, lente, somnolente et finalement assez inutile vis-à-vis du scénario principal, n’aide clairement pas à étoffer son personnage.

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Dérangeante, donc nécessaire ?

Au final, Marvel’s The Punisher s’interprète avec deux niveaux de lecture. Certains verront leur héros de comics prendre forme sous son itération en live action la plus violente et viscérale, visionnant un thriller bien ficelé, haletant et dans un sens rassurant pour la suite (les séries Netflix de la Maison des Idées ont eu tendance à décevoir une partie des fans depuis Marvel’s Iron Fist). En revanche, d’autres ressentiront une certaine difficulté à la regarder, voire éprouveront une forme de réticence à l’égard de sa thématique principale : l’utilisation des armes à feu.

Il n’est pas question de taxer tel ou tel spectateur de fragile ou de sentimental. Chacun perçoit à sa manière une œuvre et surtout le contexte dans lequel elle surgit. Dans le cas de Marvel’s The Punisher, il s’agit de la libre circulation des armes et des fusillades qu’elles engendrent aux États-Unis. La campagne de promotion de la série avait d’ailleurs été freinée par la fusillade de Las Vegas du 1er octobre 2017, où 58 innocents ont perdu la vie sous un déferlement de balles, modus operandi similaire au Punisher.

De même, Frank Castle représente un homme brisé, solitaire et en pleine détresse, incapable d’exister sans recourir à la violence. Par ailleurs, il utilise toutes sortes de flingues voire les customise à sa guise quand il veut obtenir plus de puissance. Dans cette optique, et ce parallèle très (trop ?) réaliste avec notre société – réalisme qui soit dit en passant a toujours été le credo des séries Marvel/Netflix –, un justicier fictif aux méthodes expéditives dérange.

Ce personnage porte sur ses épaules toute l’anxiété d’une société en perte d’identité, se présentant comme un vigilante au discours radical qui peut paraître subversif. C’est un aspect de la série perturbant quand on sait que des individus de la même trempe ont appliqué froidement leur propre justice (d’où l’exploration fascinante mais terrifiante du syndrome de stress post-traumatique, à travers les vétérans de l’histoire).

Par cet aspect, Marvel’s The Punisher est nécessaire puisqu’elle crée un choc, un débat, une révolte intérieure. Si le showrunner Steve Lightfoot et ses scénaristes font s’interroger Frank sur cette thématique dans la série, ils ne prennent jamais position. La boussole morale de l’œuvre ne pointe jamais franchement vers le nord, même si Frank finira par trouver une forme de rédemption en refusant de prendre les armes à un moment clé. Si les séries câlines comme Stranger Things et The Bold Type sauront vous réconforter par les temps qui courent, Marvel’s The Punisher a l’audace de briser le mythe du super-héros pour apporter une réflexion âpre sur le nihilisme de notre époque.

Marvel’s The Punisher est disponible dès aujourd’hui sur Netflix.

Par Adrien Delage, publié le 17/11/2017

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