The Sinner : Jessica Biel prend l’eau dans ce faux thriller psychologique

Jessica Biel a raté le coche pour son retour sur le petit écran.

La chaîne USA Network, qui diffuse l’excellente Mr Robot, a lancé depuis le 2 août sa nouvelle série, The Sinner, créée par Derek Simmonds, auparavant scénariste sur la mini-série When We Rise de Gus Van Sant, et Dustin Lance. Annoncé comme le thriller de l’été, le show est une adaptation du best-seller éponyme de Petra Hammesfahr, publié en 2007. Le casting est assez intrigant avec d’un côté des acteurs qui ont fait leurs preuves comme Bill Pullman (Independance Day, Lost Highway) et Christopher Abbott (Girls, It Comes At Night) et, de l’autre, l’actrice principale, Jessica Biel, qui manque de crédibilité depuis toujours.

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Avec une carrière vaseuse depuis l’arrêt de Sept à la maison, la jeune femme a bien du mal à percer à Hollywood et compte sûrement sur The Sinner, dont elle est aussi productrice exécutive, pour enfin montrer ses talents d’actrice, après une pléiade de navets. Avec ce rôle, en apparence plus profond, elle incarne ici Cora Tannetti, une femme bien sous tous rapports qui vit avec mari et enfant dans une banlieue américaine modeste. Bien sûr, on comprend vite que cette vie paisible et tristement ordinaire cache un mal-être grandissant chez Cora, qu’elle contient pour conserver un semblant d’équilibre.

Mais alors qu’elle profite d’une journée ensoleillée dans une petite station balnéaire avec sa tendre famille, un accès de rage la pousse à tuer à coups de couteau son voisin de serviette devant tous les autres baigneurs. Le détective Harry Ambrose (Bill Pulman), en charge de l’enquête, voit en cet acte de folie quelque chose de plus complexe et va tenter de comprendre le comportement de la jeune femme. Le pitch est plutôt alléchant et le trailer augure une série intéressante et travaillée. Spoiler alert : passez votre chemin.

Un pilote entrecoupé d’ennui et de clichés

© USA Network

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Le cœur y était, on le sent. Que ce soit du côté des comédiens ou de l’équipe technique, tous ont voulu faire de The Sinner un nouveau Big Little Lies. Seulement, n’est pas Jean-Marc Vallée qui veut. Malgré un décor assez saisissant, le réalisateur n’arrive pas à capturer son essence et à vraiment la fusionner avec l’esprit de la série. Par ailleurs, le jeu de flous entre les personnages et l’arrière-plan est un brin abusif et l’effet de confusion souhaité ne prend pas. Pire, le seul moment excitant de ce pilote, à savoir l’attaque au couteau de Cora sur le jeune homme, qui n’a rien demandé à personne, pâtit d’une mise en scène cheap, se voulant haletante avec une caméra qui a la bougeotte, ce qui, précisément, dessert totalement la scène.

Surtout, les moments de rage de Cora, ridiculement bercés par une musique pop new wave, sont aussi appuyés par des plans rapprochés sur une espèce de tapisserie, aux motifs de pins, qui arrivent comme un cheveu sur la soupe et n’apportent absolument rien, à part un essai raté d’esthétique psychédélique. Pourtant, la scène d’exposition, énigmatique, stylisée comme dans American Horror Story, donnait un peu d’espoir. Tout comme le court générique, qui détourne graphiquement, à la manière du clip vidéo de "Crazy" de Gnarls Barkley, des planches de tâches symétriques du test de Rorschach, un outil clinique de l’évaluation psychologique.

Le ton était donné et on savait que ce thriller questionnerait davantage le pourquoi du meurtre, s’éloignant du procédural, en s’intéressant à la psyché du personnage principal. Manque de bol, le générique n’était qu’un leurre, autre essai artistique pour tenter de sublimer la série. The Sinner enchaîne les clichés sur les protagonistes, entre le détective décalé, qui sort des mots bizarres dans les conversations pour paraître mystérieux et intelligent, le mari déboussolé, fade et présenté comme un "fifils à sa maman" et la mère de famille enfermée dans une routine quotidienne qui pète soudainement les plombs.

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© USA Network

Alors, on est certes habitués, depuis quelques décennies, à ce genre de séries, dans lesquelles on égratigne le vernis social normatif de l’Amérique moyenne pour trouver un sombre secret caché, mais quand même, on en attendait un peu plus. Évidemment, ce scénario n’a rien d’extraordinaire, les séries made in USA cherchant très souvent à critiquer l’Americana. Mais, contrairement à des Twin Peaks ou Big Little Lies, The Sinner souffre d’une mise en scène foireuse et d’une actrice principale mauvaise. Résultat, on ne se laisse pas du tout porter par la descente aux enfers de cette femme, au bord de l’implosion et étouffée par le cocon familial, avant de commettre l’irréparable.

Avec un regard vitreux et des soufflements abusifs, Jessica Biel nous livre un jeu d’actrice poussif alors que ce rôle aurait pu incontestablement la remettre dans le game. Définitivement, la jeune femme ne peut espérer suivre les traces de ses consœurs, Reese Witherspoon et Nicole Kidman, avec une aussi piètre prestation. Les deux seules scènes intéressantes et bien filmées sont les deux fois où Cora est en contact avec l’eau : lorsqu’elle franchit la corde de sécurité dans le lac et manque de (veut ?) se noyer et lorsqu’elle se lave du sang de sa victime au poste de police. Cadrée de face pour l’une et en contre-plongée pour l’autre, jouant toujours sur les flous, les deux scènes mettent en avant le sentiment d’étouffement et d’absence totale de contrôle de la jeune femme, rendant ces deux moments plutôt poétiques.

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Mais cela ne suffit pas à rendre convaincant le personnage de Jessica Biel et plus le pilote avance, plus on s’ennuie. Ces 45 minutes prennent beaucoup trop de temps à poser les bases et à planter le décor. Les flash-back sur l’enfance de Cora et l’empreinte religieuse, à coups de "Je vous salue Marie", desservent aussi le propos de la série, car on n’y croit tout simplement pas. Si les thèmes de l’expiation des péchés et l’exploration d’une couche sociale fragile, à travers la psychologie glaçante d’une jeune femme ordinaire, rendaient la série attrayante, le pilote est, malheureusement, raté. Vous cherchiez quelques frissons ? Vous pouvez clairement passer votre chemin.

L’adaptation d’un livre en série n’est pas toujours chose aisée et il semblerait que The Sinner ait raté son passage sur le petit écran. Et c’est bien dommage. Alors, pour les plus courageux, espérons que le deuxième épisode soit plus excitant. Cependant, la première saison n’en comptant que huit, elle aura peu de temps pour réellement convaincre. Par ailleurs, les producteurs ont annoncé d’entrée de jeu que The Sinner serait une anthologie, expliquant les raisons d’un crime et s’intéressant à la psychologie du tueur à chaque saison. Affaire à suivre. Ou pas.

La première saison de The Sinner est en cours de diffusion sur la chaîne USA outre-Atlantique. Elle est inédite en France, pour le moment.

Par Mégane Choquet, publié le 07/08/2017

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