The Walking Dead a-t-elle une dent contre les enfants ?

Du premier au dernier épisode, The Walking Dead n'a pas épargné ses jeunes protagonistes. Mais pourquoi tant de méchanceté ? Attention, spoilers.

C’est l’ultime tabou des œuvres de fiction gore. Une ligne rouge que l’on franchit pour signifier au monde sa liberté totale, sinon dans le ton, tout du moins dans l’horreur. Parce qu’après des décennies de films de zombies, nos cerveaux insensibilisés ont tout vu.

Pourtant, rien à faire, la mort violente d’un enfant sera toujours plus choquante que n’importe quelle éviscération. Et cela, The Walking Dead l’a bien compris.

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Pas de compromis

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Dès le premier épisode, la série adaptée des comics de Robert Kirkman annonce la couleur : personne ne sera épargné, pas même les enfants. Dans la scène d’ouverture, Rick Grimes est confronté pour la première fois à un zombie. Comble de l’horreur, il s’agit d’une petite fille.

Tous les signes de l’innocence sont réunis pour faire flancher le cœur de Rick Grimes et le nôtre : les petits chaussons lapins, la chevelure blonde, la peluche, etc. Son exécution d’une balle dans la tête résume à elle seule les ambitions de la série.

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Cette voie de la non-compromission, The Walking Dead ne s'en est jamais écartée. Et à chaque fois, le choc est encore plus grand. La petite victime qui suit a un impact évidemment bien plus fort.

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Après avoir été séparée du groupe de survivants, Sophia est retrouvée dans la grange d’Hershel, zombifiée. Son exécution sera fondatrice pour sa mère, Carol, la poussant à devenir l’héroïne badass que l’on connaît aujourd’hui, mais aussi pour Carl, dont l’innocence vient de voler en éclat en voyant son amie, à peine plus jeune, se prendre une balle en pleine tête.

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En saison 4, épisode 14, nous sommes de nouveau confrontés à l’horreur absolue. La série nous prend à parti de façon assez violente. Depuis quelques semaines, la petite Lizzie Samuels montrait des signes inquiétants de troubles psychologiques.

Là où les autres enfants du groupe ont appris à se méfier des zombies et à s’en défendre, la fillette, elle, est irrémédiablement attirée par eux. Une fascination morbide qui la conduit à commettre l’irréparable : elle tue sa petite sœur, Misha, et attend sagement que celle-ci ressuscite.

Non sans mal, Carol prend la décision d’assassiner l’enfant. Ce geste-là n’est plus une euthanasie, comme on pourrait considérer par exemple la seconde mort de Sophia, mais une exécution préventive. La morale en prend un sacré coup.

Les enfants, des personnages comme les autres

Ce que le dernier épisode en date a une nouvelle fois démontré, en tuant deux enfants et en mutilant Carl, c’est que personne n’est à l’abri. Si la série est presque à chaque fois attaquée, c’est parce qu’une partie du public considère que les enfants ne sont pas des personnages comme les autres.

Une distinction dont ne s’embarrassent pas les artisans du show, à l'image de Greg Nicotero, qui a notamment réalisé l’épisode 9 de cette saison 6 :

"Quand nous créons ces histoires, on pense davantage à qui sont ces personnages plutôt qu’à l’âge qu’ils ont. Le comic book ne retient pas ses coups. C'est important pour nous d’honorer cet esprit en continuant de faire des choses inattendues".

Et pour cela, la série se doit de s’écarter parfois du chemin tracé par les comics. Ainsi, les fans de la première heure avaient beau connaître le destin de Carl, ils n’étaient pas préparés à ce qui arrive à Sophia - qui ne meurt pas dans sa version dessinée, contrairement à Carol - et ne sont pas encore fixés sur le sort de Judith, qui, initialement, est tuée en même temps que sa mère.

Des victimes expiatoires

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Mais ils ne sont pas seulement là pour choquer ou ajouter à l’horreur omniprésente de la série : les enfants de The Walking Dead tombés au champ d’honneur tiennent aussi le rôle de victimes expiatoires.

Ceux qui succombent payent bien souvent pour les erreurs de leurs parents et sont le produit de leur environnement. Carl et Enid, derniers survivants de leur âge, ne sont d’ailleurs plus tout à fait des enfants.

Sam meurt brutalement et met en péril la tentative de fuite du groupe parce qu’au moment précis où il lui est interdit de se comporter comme un bébé, il réclame sa mère. Celle-ci, qui l’a surprotégé de la violence de son père et des menaces extérieures à Alexandria, en paye le prix fort.

A l’opposé de Sam, Carl a déjà survécu à de nombreuses attaques de zombies, à un coup de fusil en pleine poitrine, à la folie de son père et la mort de sa mère (dont il a empêché la transformation d'une balle dans la tête, tout de même). Il échappé de peu à un viol, pour enfin se faire exploser un œil. Forcé à grandir d’un coup, il marche désormais dans les traces de Rick.

Les enfants tués dans la série sont présentés comme des êtres "défectueux", trop faibles, trop innocents ou psychologiquement instables. S’opère alors une forme de sélection naturelle et celle-ci est sans pitié.

Il est amusant de voir que cette règle ne s’applique pas systématiquement aux adultes : les plus lâches, les plus tordus ou les plus dépendants trouvent souvent de nouveaux moyens de passer entre les mailles du filet. Si les enfants font face à un darwinisme impitoyable, c'est une autre jungle, avec ses zones grises, qui les attend à l'âge adulte.

Par Delphine Rivet, publié le 18/02/2016

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