Dans les coulisses de Kim Kong, la comédie déjantée qui rend hommage au 7e art

Biiinge a pu se rendre sur le tournage de Kim Kong, la nouvelle comédie d’Arte, qui avait lieu non loin de Paris l’année dernière.

Fatigué des énièmes polars français façon "nordic noir", des enquêtes de flics qui tournent en rond de TF1 et des drames intimistes de France 3 ? Figurez-vous que l’industrie française des séries sait aussi produire des créations drôles et originales, comme en atteste le dernier bébé d’Arte, Kim Kong. Cette comédie absurde créée par Simon Jablonka (Engrenages) et Alexis le Sec (Cannabis) met en scène un pitch délicieusement barré : Mathieu Stannis, un réalisateur de commandes dépressif, est kidnappé par un dictateur asiatique, puis forcé de diriger un remake de King Kong.

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Biiinge avait rendez-vous sur le plateau dans les studios Éclair d’Épinay-sur-Seine afin d’assister au tournage d’un plan-séquence décisif. En effet, il marque le moment de rupture où le personnage de Mathieu, incarné par Jonathan Lambert, décide de prendre le taureau par les cornes en acceptant de se consacrer corps et âme au film du Commandeur (Christophe Tek), le grand despote de l’histoire. Une scène représentant parfaitement l’âme de Kim Kong qui, au-delà de dénoncer par le pastiche le système totalitaire nord-coréen, s’inscrit comme un véritable hommage au cinéma asiatique et au septième art en général.

Kim is the new Kong

Le tournage du plan-séquence a lieu dans un grand hangar où se rencontrent faux décors d’un village de fermiers asiatiques et des tableaux à l’effigie du Commandeur. Car tout est mélangé au sein de la série et c’est bien ça le plus drôle : les décors IRL du tournage se confondent avec les faux de la série, construits pour tourner le remake de King Kong. La mini-série d’Arte joue constamment avec ce côté méta et regorge de références aux films de Kaiju, comme nous le précise le réalisateur Stephen Cafiero (Templeton) : "La série parle de création et du plaisir de créer. Plus que de critiquer les dictatures, on s’intéresse au travail du cinéaste : comment créer, retrouver l’envie créative, les contraintes auxquelles il doit faire face… Kim Kong est une ode au cinéma."

Alors que nous prenons place autour du plateau pour assister à une nouvelle prise, Stephen Cafiero me confie que le plan-séquence est une grande première pour lui. Il reconnaît avoir été marqué par ceux de True Detective ou encore de Marvel’s Daredevil, impressionné par les chorégraphies mises en scène. "Dans le cas de Kim Kong, le plan-séquence ne sert pas principalement l’action mais plutôt la narration. C’est un déclic pour Mathieu : alors qu’il était spectateur de son propre film, il s’anime et retrouve la passion du cinéma."

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©️ Adrien Delage/Konbini

Cafiero et son équipe expriment les états d’âme du réalisateur avec un plan-séquence tourné caméra à l’épaule, où Jonathan Lambert s’agite dans tous les sens pour répondre aux besoins de son équipe technique. La lumière, les effets spéciaux, le jeu des acteurs, il contrôle tout et Jonathan Lambert, très pro et concentré, n’a besoin que de quelques prises pour boucler la séquence. Quelques erreurs techniques et un regard caméra d’un personnage secondaire viendront allonger le tournage de la scène, mais rien d’insurmontable pour Stephen Cafiero et son crew, qui se marrent après qu’un perchiste a manqué de se casser la figure en glissant sur la fausse pluie.

Sérieux et bonne humeur règnent sur le plateau, deux caractéristiques qui traduisent à merveille l’esprit de Kim Kong. Au lieu d’allonger les vannes sur 2 h 30 de série, les scénaristes ont opté pour une comédie de situation et un humour qui survient naturellement.

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"Le pitch était suffisamment absurde, on préférait virer un gag de l’histoire et se concentrer sur l’écriture des personnages, leur insuffler des émotions, m’explique Stephen Cafiero. On avait peur d’emmerder les gens en ne faisant qu’enchaîner les vannes les unes après les autres". En résumé, et malgré le ton parodique de la mini-série, les enjeux dramatiques de Kim Kong sont loin d’être mis au placard puisque les vies de Mathieu Stannis et son acolyte Choi Han Sung (Frédéric Chau) sont directement menacées par le dictateur en cas d’échec.

Mise en abyme

©️ Adrien Delage/Konbini

À la lecture du synopsis pendant le déjeuner, je demande à Stephen Cafiero ses inspirations pour Kim Kong. J’ai en tête les comédies américaines bien barrées Tonnerre sous les Tropiques et L’Interview qui tue !. "Ben Stiller et Seth Rogen me font marrer, me répond-il, mais Kim Kong est beaucoup moins pastiche que ces deux films". Et effectivement, dès les premières images du pilote, on comprend que la mini-série parle avant tout de cinéma. Son personnage principal, un réalisateur bankable, se lasse de produire des films d’action de commande, et regagne sa passion pour le septième art à travers ce projet grandiloquent qu’il transforme en œuvre intimiste.

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Au fond, Stephen Cafiero et ses acteurs nous font comprendre que Kim Kong est autant une comédie à l’humour noir qu’une parodie burlesque voire une mini-série politique. Mais ce qui compte pour eux avant tout, plutôt que catégoriser l’œuvre dans un genre, c’est de traiter avec soin des personnages dignes d’intérêt. "Je viens de la publicité et je fais de la fiction depuis peu. Mais ce que je retiens de cette courte expérience, c’est de construire des personnages au-delà même de raconter une histoire tangible. Il faut les rendre intéressant, les confronter à des luttes internes pour qu’ils se débattent et en tirent des leçons. Ils sont le prisme de l’histoire. Je crois que c’est ce qu’on a réussi à faire avec le personnage de Jonathan Lambert".

S’il est cinéaste avant tout, Stephen Cafiero apprécie le monde du petit écran. Son rêve est de réaliser des séries comme Man Seeking Woman, Breaking Bad ou encore la récente Westworld. Mais ce ne sont pas les séquences d’action explosives ou les thématiques vues dans ces séries qui le fascinent. "Ils ont tous des personnages passionnants et attachants qui servent et font grandir le récit". Si Mathieu Stannis ou l’infâme Commandeur sont tout aussi envoûtants qu’un Heisenberg ou qu’un Homme en noir, on ne peut que vous conseiller de lâcher un temps les spectaculaires productions made in USA pour le pitch absurde et tordant d’une production française, qui a le mérite d’avoir un cœur aussi grand que King Kong.

Les trois épisodes de Kim Kong seront diffusés sur Arte ce jeudi 14 septembre à partir de 20 h 55.

Par Adrien Delage, publié le 14/09/2017

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