Tournage : sur les traces de la saison 2 de Preacher à La Nouvelle-Orléans

Alors que la saison 2 de Preacher reprend ce dimanche 25 juin sur AMC (et le lendemain sur OCS Choc), Biiinge a pu se rendre sur le tournage, qui avait lieu début avril dans le plus grand secret à La Nouvelle-Orléans.

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© AMC

Est-ce son soleil, son architecture cinégénique, ses blessures historiques, sa musique omniprésente ou ses rues festives ? Toujours est-il que La Nouvelle-Orléans est un territoire sériel américain inévitable. De la quasi documentaire Treme aux vampiriques True Blood et The Originals, en passant par la policière au nom limpide NCIS : Nouvelle-Orléans ou l’horrifique American Horror Story, cette ville de près de 400 000 habitants a été le théâtre de bien des histoires. Et ce n’est pas fini.

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En ce matin ensoleillé du vendredi 5 avril, j’ai rendez-vous sur le tournage de la saison 2 de Preacher, qui se déroule en partie à La Nouvelle-Orléans. Il a commencé en janvier 2017, avec des pauses puisqu’il faut en moyenne huit jours pour réaliser un épisode. Avec un petit groupe de journalistes chanceux, nous allons assister au tournage de plusieurs scènes de l’épisode 7. Cette nouvelle livraison doit en compter 13 et s’annonce plus proche des comics dont la série est inspirée.

Un délai si court entre le moment du tournage et la diffusion (moins de trois mois et seulement la moitié de la saison bouclée) paraît impensable en France pour une production de cette qualité. Mais aux States, tout est possible. On est dans le pays qui a inventé l’industrie des séries.

Welcome to Nola

Le tournage de cet épisode se déroule dans trois énormes hangars où ont été construits différents décors, et notamment la maison savamment délabrée d’un nouveau personnage habitant La Nouvelle-Orléans, dont on taira le nom. Il accueillera pendant plusieurs épisodes Tulip, Jesse et Cassidy, en "road trip fuite" après la débandade à Annville dans le Texas. Nos trois compères se retrouvent avec les Anges badass à leurs trousses, mais aussi le terrifiant Saint des tueurs, sorti tout droit de l’enfer. C’est l’acteur Graham McTavish, qui incarne cet antagoniste taiseux, que nous rencontrons en premier. L’homme est attifé de son long manteau de cow-boy poussiéreux, de son chapeau et de son revolver. Il a les mains et le visage terreux et ensanglantés. "C’est plus compliqué qu’on ne le croit de rentrer dans ce costume, mais je l’adore !", nous glisse-t-il en attendant sa scène, sur un plateau où s’active une trentaine de personnes.

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© AMC

11 h 30 : le plateau, jusqu’ici plutôt calme et studieux, s’anime d’un coup d’un seul au moment de l’arrivée de l’Anglais Joe Gilgun, aka le vampire WTF Cassidy. Révélé par les séries Misfits et This is England ’86, il est… fidèle à ses personnages borderline du petit écran. Sac à l’épaule et cigarette sur l’oreille, l’acteur se plaint d’une bonne gueule de bois, parle fort, met tout le monde à l’aise, et plaisante sur le contenu de son sac ("C’est ma réserve de drogues !"). Alors que Joe fait son show, il croise son acolyte Dominic Cooper, qui incarne le prêtre Jesse Custer, habité par l’esprit maléfique Genesis. L’acteur, également anglais, est aussi poli et discret que Gilgun est drôle et bruyant. Il est temps de se mettre à tourner.

La première scène, en clair-obscur, réunit les trois amis dans un escalier étroit. On n’est pas assez près pour entendre les dialogues, mais on comprend que Preacher a le sens du détail quand un gros plan sur un yaourt recouvrant une balle de pistolet ne convient pas au réalisateur : "Moins de yaourt, plus de balles !" demande Wayne Yip.

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©️Konbini/MarionOlité

Certains acteurs ont besoin de se concentrer entre les prises, de bien rester dans leur personnage. Ce n’est pas le cas de Joe Gilgun, qui baye aux corneilles, rigole fort, et explique qu’il a bu trop de café. Il demande de la Ritaline (impossible de savoir s’il plaisante ou non). Comment les créateurs Sam Catlin, Evan Goldberg, Seth Rogen l’ont-ils recruté ? L’acteur leur a envoyé une cassette contenant une audition tournée dans le sous-sol de sa mère, cette dernière lui donnant la réplique. "J’étais déjà Cassidy, juste je n’étais pas un vampire !", avoue-t-il.

Le Joe Gilgun’s show

13 heures : nous nous dirigeons vers un autre lieu de tournage, celui d’une maison typiquement néo-orléanaise, au look soigneusement décrépit. C’est là que les trois amis vont trouver refuge au milieu de leur course folle. Le lieu appartient à un mystérieux personnage qui aime la France. Dans le salon, on tombe, amusés, sur des bouquins ou des vinyles dans la langue de Molière, mais aussi une télé cassée et des mégots éteints, comme si les personnages venaient de quitter l’endroit.

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tournage-preacher-2© AMC

La bâtisse comporte plusieurs pièces, dont les chambres de Cassidy et ses murs recouverts de vieux journaux, de la tapisserie déchirée, une cuisine et ses petits détails vintage comme des cuillères d’époque en argent, encadrées. Le genre d’accessoires qui fait la différence entre une déco réaliste et cheap. Le chef décorateur, David Blass, qui nous fait faire le tour du propriétaire, est intarissable sur le sujet. La plupart des meubles ont été achetés puis patinés à la main pour les vieillir. L’inspiration de cette maison ? "Fight Club, nous confirme-t-il, mais on a aussi voulu conserver le style Nouvelle-Orléans". Le plus gros challenge selon l’expert : trouver le bon équilibre dans ce look "grunge", c’est-à-dire n’en faire ni trop, ni pas assez. "Tout dépend aussi du timing dont nous disposons. Nous essayons d’apporter le plus de détails possible en nous concentrant sur les lieux qui vont être utilisés pendant plus d’un épisode. La plupart des accessoires ont été achetés neufs puis retravaillés pour paraître usés."

©️Konbini/MarionOlité

©️Konbini/MarionOlité

La passion anime toute l’équipe : entre 75 et 100 personnes viennent travailler ici chaque jour. Il a fallu une cinquantaine de personnes pour construire ces décors, qui serviront à la production pendant 4 semaines seulement. Les scénaristes, présents à d’autres moments, œuvrent actuellement depuis Los Angeles.

14 h 30 : il est temps de déjeuner ! Côté food, la production a pensé à tout. Le buffet est extrêmement bien fourni. Au-delà de la cantine, où l’on croise deux ou trois doublures de Cass, Tulip et Jess (facile, il faut repérer les pantalons écossais, les vestes en cuir badass et les costumes de prêtre), des camions bourrés de snacks et de boissons sont placés à différents lieux stratégiques du tournage. Si Preacher est une production américaine dans la bonne moyenne, pour Joe Gilgun, qui a connu les petites prod anglaises comme Misfits, c’est une superproduction façon Game of Thrones : "La première fois que je suis arrivé dans cette salle, il y avait tant de boissons et de nourriture que je pensais débarquer dans une soirée. On m’a dit 'non, non, c’est comme ça tous les jours' !", plaisante-t-il.

©️Konbini/MarionOlité

©️Konbini/MarionOlité

15 h 30 : retour sur le tournage de Preacher. Nous assistons à une nouvelle scène qui nécessite une cascade de la part de Ruth Negga (Tulip), aussi mince qu’énergique. Ce n’est pas un truc dingue, elle se fait traîner par un bad guy (on ne vous en dira pas plus), mais ce genre de séquence demande une préparation précise. L’actrice s’entraîne, harnachée, au côté de sa doublure. Autour de la pièce, qui semble éclairée à la bougie (un gimmick très répandu dans les séries premium des années 2010, qui semblent toutes se dérouler dans le noir !), une dizaine de personnes s’affairent.

"Elle n’a pas l’air assez sale, non ?", demande un assistant. "Oui, elle doit être sale, elle vient de tuer des gens, rien ne doit être clean", répond le réalisateur, les yeux rivés sur les écrans de la régie mobile. La deuxième prise est finalement la bonne. L’endroit, la cuisine de la nouvelle maison, est tellement exigu que chaque journaliste doit y aller à son tour, se cachant derrière un mur pour apercevoir l’action.

17 heures : il est temps de plier bagage. Avant de remonter dans nos navettes profiter d’une douce soirée à Nola, je croise une dernière fois un Joe Gilgun toujours aussi… vivant ! L’acteur, harnaché, est en train de causer avec le coordinateur des cascades, qui lui montre comment on manie une épée. Ni une ni deux, il s’en empare et réalise de grands gestes grandiloquents devant l’équipe, qui s’esclaffe. La journée se termine comme elle a commencé : avec Joe Gilgun. L’âme de Preacher, c’est lui.

La saison 2 de Preacher débute le 26 juin sur OCS Choc

Par Marion Olité, publié le 21/06/2017

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