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Unsolved : mic drop pour la série sur les meurtres de Tupac et Biggie Smalls

BO monstrueuse, acteurs excellents, reconstitution aux petits oignons, récit haletant… Le pilote de la nouvelle série d’anthologie d’USA Network coche toutes les cases d’une production maîtrisée de bout en bout.

L’anthologie en série se porte très bien à notre époque. Quand elle n’est pas horrifique façon Channel Zero et American Horror Story, elle prend la forme du genre "true crime", plus communément appelé polar dans nos contrées. Si American Crime Story en est le fer de lance depuis son arrivée en 2016, USA Network tente le coup avec Unsolved, une anthologie qui reviendra sur des affaires classées sans suite, les fameuses "cold cases" américaines.

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Pour sa première saison, la série revient sur une des enquêtes les plus célèbres des années 1990 : les meurtres successifs de Tupac Shakur et Christopher Wallace, aka The Notorious B.I.G. Assassinés à six mois d’intervalle avec le même mode opératoire (un drive-by shooting), les deux rappeurs et leurs familles n’ont jamais obtenu toute la vérité sur les raisons et les auteurs de ces crimes.

L’affaire est un immense labyrinthe qui induit un complot massif entre la police de Los Angeles, Suge Knight, directeur de Death Row Records à l’époque, ou encore les gangs (les Bloods et les Crips) nés de la rivalité entre East Coast et West Coast.

California love hate

Le récit d’Unsolved est découpé selon plusieurs timelines qui permettent de retracer le meurtre de Tupac et Biggie Smalls : en 2006, avec la réouverture de l’enquête par Greg Kading (Josh Duhamel, très convaincant), en 1996, juste avant le meurtre du premier rappeur et en 1993, alors que les deux artistes étaient amis et commençaient à émerger sur la scène hip-hop. Si cette intrigue sinueuse peut paraître confuse, il n’en est rien.

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Au contraire, le scénariste Kyle Long (Suits) connaît son sujet et parvient à le transcender à travers cette narration décousue. On passe d’une époque à une autre sans aucune gêne, traversant les 55 minutes du pilote à toute allure grâce à un rythme soutenu et à des dialogues méticuleux, parsemés de quelques notes d’humour bienvenues.

La mise en scène est léchée et finalement assez "médiatique" dans son traitement, certaines séquences étant filmées à la manière d’un faux documentaire. À plusieurs reprises, on se prend à devenir les témoins de l’investigation, quitte à googliser les noms droppés dans la série. Les images d’archives, marquantes sur la scène du drive-by shooting de The Notorious B.I.G., sont employées à bon escient et soulignent la paranoïa qui entoure l’affaire.

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Quand on parle de la jeunesse de Tupac et Biggie, l’image se resserre au format 16:9 pour renforcer le sentiment d’intimité avec le quotidien des rappeurs. Toutefois, ces séquences sont plus poussives, moins passionnantes que le reste de la série, mais elles apportent une touche de légèreté à la noirceur de l’enquête. Cerise sur le gâteau (même si on attendait l’équipe créative au tournant sur ce point), la bande-son est fabuleuse : de N.W.A. au Bobby "Blue" Band en passant par A Tribe Called Quest, on en prend plein les oreilles pour se construire une playlist hip-hop de gala.

Enfin, le casting est quasi irréprochable. Jimmi Simpson (William dans Westworld) notamment, qui campe le détective Russell Poole, est impeccable. Posé dans ses dialogues, intense dans ses états d’âme, l’acteur transcende une figure de la LAPD particulièrement attachante. Jimmi Simpson incarne un personnage à la dimension humaine qui considérait avant tout les deux stars assassinées comme "des victimes" plutôt que comme des rappeurs ultrapopulaires. On s’engouffre aisément à ses côtés dans cette investigation macabre, construite comme un puzzle fait de zones d’ombre indéchiffrables, où les témoins refusent de parler par peur de représailles.

If you don’t know, maybe you’ll know

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Unsolved se paie également une reconstitution assez bluffante du Los Angeles des années 1990. Les plans transpirent la chaleur d’une société paranoïaque, frappée par les conflits raciaux et qui connaît des tensions dues à la guerre en Irak au milieu des années 2000. Plus que de raconter l’enquête impossible de Russell Poole et Greg Kading, la série s’attarde sur les drames qui entourent les meurtres de Tupac et Biggie, ouvrant son premier épisode sur une séquence coup de poing où un flic blanc infiltré abat… un collègue noir sous couverture.

Dans son pilote, Unsolved coche toutes les cases d’une série très prometteuse. Les seules inquiétudes concernent les passages se déroulant en 1993, la faute aux partitions inégales des acteurs incarnant les rappeurs et des scènes qui n’ont pas grand intérêt pour la compréhension de l’enquête. Paradoxalement, c’est en mettant en arrière-plan ces deux figures majeures du hip-hop que le show réussit un tour de force, symbolisé par une scène magistrale où la mère de Christopher Wallace donne une leçon de vie à Russell Poole.

Le second point d’interrogation concerne la trajectoire de la série. Choisira-t-elle d’apporter sa propre réponse à l’affaire ? Se contentera-t-elle de laisser ses spectateurs dans l’ignorance ? Ou prendra-t-elle le parti de Greg Kading, qui a sa petite idée sur les auteurs de ces crimes ? Dans tous les cas, Unsolved intéressera autant les néophytes de cette affaire que les experts, qui y trouveront une narration non didactique et un point de vue frais sur la question.

En France, la première saison d’Unsolved est disponible en intégralité sur Netflix.

Par Adrien Delage, publié le 02/03/2018

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