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Osée et progressiste, Vida est la surprise sérielle de ce printemps 2018

En dépit de son format court, cette dramédie baignée dans la culture latino s’impose comme l’un des must-see du moment. Attention, légers spoilers.

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En 2018, avec des centaines et des centaines de séries à l’antenne (l’ère de Peak TV, tout ça, tout ça), arriver à sortir du lot relève du pur challenge. Ceci dit, certaines ne rechignent pas devant ce défi, à l’instar de Vida, l’une des dernières productions de Starz, petite chaîne câblée américaine à qui l’on doit, entre autres, Outlander et Power. Autant vous prévenir tout de go que Vida n’a absolument rien à voir avec ces deux-là, et encore moins avec tout ce qu’a pu diffuser la chaîne jusqu’ici.

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Basée sur une nouvelle de Richard Villegas Jr., Vida retrace le quotidien de deux sœurs radicalement opposées, Emma et Lyn, chamboulées après le décès de leur mère. Une fois rentrées au bercail, dans le quartier urbain de Boyle Heights à LA, elles vont apprendre plusieurs choses qu’elles ignoraient à propos de Vidalia, leur génitrice. À commencer par le fait que cette dernière était en couple avec Eddy, son collègue queer, et qu’elle l’avait volontairement caché à ses filles.

Vida est une fresque familiale, plaçant la relation entre mère et filles au cœur du récit sans que ce soit rendu trop évident. Pour Emma, la sœur aînée control freak à la froideur imparable, cela passe par son côté tourmenté. En plus d’être endeuillée, elle doit composer avec la sexualité fraîchement découverte de sa mère. Mère qui, lorsqu’elle était plus jeune, l’avait envoyée à l’autre bout du pays à cause de son homosexualité. À travers la relation tendue entre ces deux personnages, la série se penche sur l’homophobie intériorisée et les conséquences néfastes que cela peut avoir sur une famille déjà fragile.

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De l’autre côté de la balance, on retrouve Lyn qui est, à s’y méprendre, l’archétype de la bombe latine au bikini body et à la superficialité implacables. C’est avant tout une façade, puisque cette vingtenaire a du plomb dans la cervelle et ne s’en sert pas toujours à bon escient. À l’image de sa sœur aînée, Lyn est nuancée et il est difficile de cerner entièrement la complexité de ces deux personnages en seulement six épisodes d’une demi-heure (c’est la durée de la première saison).

Emma comme Lyn ont des tendances autodestructrices : tandis que la première considère le sexe hard comme son exutoire, l’autre enchaîne les mauvaises décisions qui viennent illico pourrir sa conscience, se servant de son corps comme une arme de manipulation. Si elles pensent conserver le contrôle, elles pâtissent néanmoins du rôle que leur mère a joué dans leur vie. Sans être présente à l’écran, la force de Vidalia se fait sentir dans la moindre de leurs interactions, ainsi que celles avec Eddy, l’amant de la défunte.

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On notera d’ailleurs qu’Eddy est campé par Ser Anzoategui, comédien non binaire. En d’autres termes, une première dans le monde des séries, un grand pas pour la représentation des LGBTQ+, et une des multiples preuves du progressisme dont fait preuve Vida dans sa saison inaugurale. Dès son deuxième épisode, la série donne le ton avec une scène de sexe osée où un personnage féminin fait un anulingus à son boyfriend. Le suivant attaque d’emblée par des ébats torrides, presque bestiaux, entre deux femmes lesbiennes. En un court laps de temps, la série de Starz envoie valser l’uniformité dont sont victimes la majorité des fictions américaines et montre qu’elle n’a pas froid aux yeux.

Tournée majoritairement en anglais, Vida incorpore une dose généreuse de dialogues parsemés de phrases et autres expressions en espagnol : une décision cohérente puisque la série se concentre sur une communauté latino de Los Angeles. La gentrification est également une thématique dont s’empare Vida, notamment à travers la jeune activiste Marisol, mais cet aspect-là du show tombe légèrement à plat en comparaison à la puissance du drame familial au cœur de la série.

Innovante à bien des égards, que ce soit dans sa façon de représenter les minorités latinos de la métropole états-unienne ou son approche débridée de la sexualité, Vida est une pépite de progressisme qui n’oublie pas d’être divertissante. Les prestations des deux actrices principales, Mishel Prada et Melissa Barrera, sont la cerise sur le gâteau qu’est cette série familiale touchante et subtilement engagée.

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Vida est diffusée sur Starz aux États-Unis depuis le 6 mai dernier, et reste inédite en France.

Par Florian Ques, publié le 28/05/2018

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