The Walking Dead ou l'art du cliffhanger mortel

La saison 6 de The Walking Dead vient de se terminer. L'heure du bilan est arrivé. Que faut-il en retenir ? Attention, spoilers pour ceux qui n'ont pas vu le season finale. 

the-walking-dead-grand

©️AMC

Depuis ses débuts, la série de zombies au succès surréaliste a toujours oscillé entre baisse de régime et moments de gloire. Depuis deux saisons toutefois, les épisodes dits "existentialistes" ("qui suis-je, que fais-je, tuer ou ne pas tuer" etc), qui nous laissent souvent sur le carreau, se sont faits de plus en plus rares au profit d'intrigues bien délayées (le Terminus, Alexandria, les Wolves, les Sauveurs).

Publicité

Après un season premiere réussi, qui se recentrait sur la menace zombie sans oublier ses personnages, les scénaristes ont rapidement sorti leur arme fatale pour conserver l'attention des téléspectateurs : le bon vieux cliffhangher "mort ou pas mort ?". Ce procédé - finir un épisode sur un énorme suspens qui oblige le public à revenir - faisait déjà les beaux jours de Dallas en 1980 (avec la campagne "Who shot J.R. ?"). Dès l'épisode 3, Glenn se retrouvait dans une situation impossible, encerclé par des zombies de toutes parts. Un plan suggérait clairement que ces derniers étaient en train lui bouffer le bide. Stupeur des fans. Quatre épisodes plus tard, il était en fait indemne.

Overdose de cliffhangers

twd-glenn

©️AMC

Ce procédé de soap opera, peu subtil mais diablement efficace, Scott M. Gimple va le réutiliser, et plutôt deux fois qu'une. Avec Carl, qui perd un oeil lors de l'invasion des Wolves et dont la vie ne tient qu'à un fil avant d'être sauvée. Puis dans l'épisode 14, le destin de Carol, qui a déserté les siens (son personnage passe d'ailleurs de méga badass en début de saison à pleureuse auto-centrée sur la fin), est laissé en suspens après qu'elle ait été blessée par une bande de pauvres types.

Publicité

Histoire de s'assurer de la présence de tous les fans lors du season finale, l'épisode 15 est encore plus filou : il s'achève sur un coup de feu en direction de ... Daryl, aka le personnage le plus aimé de la série. Forcément, nouveau torrent de réactions sur Twitter. La plupart des fans ont la réaction attendue : "OMG, mort ou pas mort ?? J'arrête la série s'il meurt".

Il faudra attendre le dernier quart d'heure du season finale pour découvrir un Daryl mal en point, mais vivant, et qui n'a pas une seule ligne de dialogue à défendre. Cerise sur le cliffhanger, la saison se termine à nouveau par un suspens dantesque, dont les scénaristes n'avaient pas besoin, tant l'arrivée du flamboyant Negan (Jeffrey Dean Morgan et son charisme affolant) se suffit à elle-même. Mais comme pour son showrunner, cela "sert l'histoire", on ne saura pas qui est la première victime de Lucille, la batte barbelée effrayante du nouveau bad guy.

Publicité

Même Game of Thrones, autre série blockbuster rythmée par ses morts, ne s'est pas permise un tel pied de nez, puisqu'on voit clairement Jon Snow mort à la fin de la saison 5.

Une saison 6 riche mais inégale

On comprend évidemment que dans une série survivaliste telle que TWD, la mort d'un personnage phare du show est l'ultime grand frisson. Dans notre société blasée, où le terrorisme frappe aveuglément n'importe où, la fascination du public pour la mort reste intacte. Mais quand un show devient à ce point dépendant de la grande faucheuse, on peut se demander ce qu'il a vraiment à raconter.

twd-final-feat

©️AMC

Publicité

Que retiendra-t-on de cette saison en dehors de ses cliffhangers systématiques ? Pas mal de choses en fait : des scènes d'action spectaculaires (le season premiere, l'attaque des Wolves), l'introduction réussie des Sauveurs et de leur leader, un questionnement intéressant sur le curseur moral placé par Rick cette saison (il n'hésite pas, avec les siens, à aller tuer ses ennemis dans leur sommeil). Mais aussi une disparition dispensable (Denise et la balle perdue trop souvent réservée aux lesbiennes), quelques tentatives romantiques sous-exploitées (Michonne qui a très peu de choses à défendre cette saison si ce n'est sa nouvelle histoire avec Rick, Abraham et Sasha), sans oublier, l'apparition WTF et prometteuse de deux chevaliers armés (une nouvelle team de rescapés avec ses propres codes).

Au final, The Walking Dead ne s'est pas débarrassée de ses problèmes de rythme, quelques arcs narratifs pêchent et on commence à connaître la chanson : chercher un refuge, défoncer du zombie, l'homme est un loup pour l'homme... Comme toute série chorale, le show peine parfois à trouver un juste équilibre entre ses personnages. Certains sont délaissés (Rosita, Michonne, Maggie...) quand d'autres sont plus chouchoutés (Abraham, Eugene et même Gabriel).

La saison se tient tout de même bien sans ses cliffhangers racoleurs, qui semblent uniquement destinés à faire enrager les fans, qui se sont vraiment fâchés tout rouges après le season final. Espérons que leur colère sera entendue par Scott M. Gimple en saison 7.

Note de la saison : 3/5 

Par Marion Olité, publié le 07/04/2016

Copié

Pour vous :