L'actrice de Westworld, Evan Rachel Wood, témoigne avec force des violences sexuelles qu'elle a subies

"Nous vivons dans une époque où les victimes ne peuvent pas rester silencieuses."

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Evan Rachel Wood dans Westworld. (© HBO)

Revenue sur le devant de la scène sérielle avec le hit Westworld, l'actrice Evan Rachel Wood y incarne Dolores, un robot humanoïde créé pour divertir les clients du parc d'attraction, et qui va peu à peu prendre conscience d'elle-même. Dans la série, son personnage est malmené plusieurs fois par les hommes. Dans la vraie vie, Evan Rachel Wood a malheureusement subi par deux fois un viol, comme elle l'a expliqué au magazine Rolling Stone lors d'une interview.

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La comédienne a ensuite partagé sur Twitter l'intégralité de la lettre envoyée au magazine.

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Nous avons traduit son témoignage en intégralité :

"J’ai commencé à me demander pourquoi je restais vague quant à mon expérience de jeune femme ayant grandi en Amérique. Comme beaucoup de femmes je pense, j’avais à cœur de ne pas en faire une histoire larmoyante, et de ne pas en faire quelque chose d’égocentrique.

Je n’ai pas à confirmer ce qui est arrivé, ce qui importe c’est que cette saloperie s’est produite. Une vraie saloperie. Ça m’affecte encore aujourd’hui. Je pense qu’au fond de moi, je ne voulais pas être accusée de vouloir attirer l’attention, ou qu’on me dise que ce n’était pas grand chose ou carrément : "Ce n’est pas un viol."

Je n'aurais pas honte. Je ne renverrais pas non plus une fausse image, celle de m’en être complètement remise, "parce que je suis tellement forte". Je ne pense pas que nous vivons une période où les gens peuvent encore rester silencieux. Je ne le peux certainement pas. Pas à un moment où notre monde s'enfonce dans l'intolérance et le sexisme.

On doit en parler, car sinon tout cela sera balayé sous le tapis comme si ce n’était rien, et je ne peux accepter ça comme si c’était normal. C’est un grave problème.

Je reste debout. Je suis en vie. Je suis heureuse. Je suis forte. Mais je ne suis pas encore ok. C’est important que les gens sachent cela, et qu’ils comprennent qu’il faut soulager la pression mise sur les survivants à se remettre le plus vite possible. Ça leur appartient. Il faut rappeler aux gens les dommages qui ont été faits, et comment un traumatisme de quelques minutes peut se transformer en combat d’une vie.

Ce n’est pas qu’on ne peut pas s’en remettre, c’est juste qu’on n’est plus la même personne, ou peut-être que je ne suis pas encore arrivée à ce stade.

Donc pour répondre à votre question très directe de façon tout aussi directe, oui, j’ai été violée. Par une personne avec laquelle j’étais en couple, et à un autre moment, par le propriétaire d’un bar. La première fois, je n’étais pas sûre qu’il s’agisse d’un viol, quand c’est votre partenaire le responsable, jusqu’à ce qu’il soit trop tard. Et puis, qui m’aurait crue ? 

La deuxième fois, j’ai pensé que c’était ma faute, que je ne m’étais pas assez battue, mais j’avais peur. Ça s’est passée il y a de nombreuses années, et je sais bien sûr maintenant qu’aucun des deux viols n’étaient ma faute, et rien n’était normal. Tout cela s’est passé avant que je fasse une tentative de suicide et je suis persuadée que c’est un des nombreux risques courus par une victime."

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À la suite de cette lettre envoyée à Rolling Stone (le lendemain de l’élection de Donald Trump à la tête des États-Unis) Evan Rachel Wood a remercié les internautes pour leurs encouragements avant d’expliquer qu’elle allait prendre un peu de recul sur les réseaux sociaux. : "Merci pour votre soutien et vos courageux témoignages. Vous n'êtes pas seuls", a-t-elle écrit sur Twitter. 

Par Marion Olité, publié le 30/11/2016

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