Will, le plaisir pas si coupable de l’été

Regarder ou ne pas regarder cette série sur la vie du jeune William Shakespeare, telle est la question.

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Au cœur d’un été mi-pluvieux mi-caniculaire, la chaîne TNT vient de lancer une nouvelle série historique, Will, qui retrace les premières années de celui qu’on peut considérer comme le plus grand auteur de pièces de théâtre de l’Histoire. Si sur le papier, ce projet titillait notre intérêt, on avait aussi très peur d’un effet Da Vinci’s Demons, série pseudo-historique cheap qui s’intéressait davantage aux pectoraux et aux conquêtes du célèbre génie qu’à ses inventions révolutionnaires. On est rassurés.

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La réalisation du pilote (et de trois autres épisodes) et donc l’esthétique visuelle de la série a été confiée au cinéaste Shekhar Kapur, à qui l’on doit Elizabeth et Elizabeth – L’Âge d’or. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle est virevoltante, suivant les émotions et les tribulations du jeune Will. Déjà marié et père de trois enfants, il décide de quitter sa province pour tenter de se faire connaître à Londres comme auteur. La capitale anglaise n’a jamais été aussi colorée, bruyante et hystérique que dans Will.

On y retrouve un mélange entre la touche moderne d’un Romeo + Juliet, notamment à travers l’utilisation d’une bande-son rock (pas toujours subtile, ainsi Will débarque à Londres sur "London Calling" des Clash) décalée par rapport à l’époque de l’action (la fin du XVIe siècle), le joyeux foutoir des scènes théâtrales de Moulin Rouge ! et la naïveté des sentiments d’un Shakespeare in love. Rien d’étonnant à cela, le créateur du show, Craig Pearce, est la plume qui se cache derrière les plus grands films de Baz Luhrmann, de Romeo + Juliet à Gatsby le magnifique.

Les enjeux sont dessinés : la persécution hardcore des catholiques par les protestants depuis le schisme anglican de Henry VIII, un amour impossible qui va inspirer notre poète (no shit), son intégration au sein d’une troupe de théâtre où se joue déjà une pièce en son sein, entre trahisons, coucheries et acteurs ingérables. Mais pour le moment, ils sont traités de façon trop prévisible. Heureusement, il y a dans Will quelque chose de bouillonnant et de résolument moderne.

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Des jeunes gens modernes

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L’une des séquences les plus réussies de ce pilote est celle où le jeune homme se retrouve dans une taverne, confronté malgré lui à un vieil auteur londonien bien snob, qui lui reproche en gros d’être un bouseux illettré. À coups de néologismes et de punchlines bien senties en vieil anglais (obviously, on regardera Will en version originale et pourquoi pas sous-titrée en anglais pour découvrir la richesse de cette langue), le jeune provincial remporte par K.-O. une battle de poètes contre ce représentant d’une l’élite londonienne figée dans son conservatisme.

C’est l’éternel affrontement de la jeunesse audacieuse et impertinente, qui remet en cause une langue établie par des vieux croûtons incapables d’encourager la créativité. Cette séquence, où les deux hommes se font face au milieu de leurs supporters échauffés, évoque évidemment les battles de rap, un genre musical longtemps sous-considéré avant de devenir de nos jours aussi mainstream que la pop ou le rock.

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La modernité passe aussi par la volonté de William de canaliser le jeu hystérique des acteurs de théâtre de l’époque. Il fallait faire beaucoup de bruit pour se faire entendre du peuple venu s’amuser, mais les vers recherchés du poète perdent de leur puissance s’ils sont déclamés par un acteur qui se prend pour un poissonnier sur son échoppe. Ainsi, on sent les frémissements d’un jeu théâtral plus subtil.

Dans l’intention donc, Will porte quelque chose de très frais et de très moderne. L’ensemble est malheureusement plombé par des arcs narratifs somme toute classiques, qui ne retranscrivent pas ce vent de rébellion et de créativité qui s’abat sur Londres.

En fait, Will a les défauts et les qualités d’un film de Baz Luhrmann : un grain de folie, ce truc touchant de toujours croire en ce que peut apporter la jeunesse mais du coup un manque de finesse et une tendance à la simplification (les méchants protestants versus les gentils cathos comme Will, les comploteurs versus les âmes pures). Cela dit, la série peut aussi se bonifier avec le temps et révéler des personnages plus complexes (comme le jeune Presto) qu’il n’y paraît au premier abord. Qu’on se le dise, l’été sera sexy et poétique.

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Par Marion Olité, publié le 13/07/2017

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