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On a discuté avec Chloë Sevigny de We Are Who We Are et de représentation LGBTQ+

Publié le

par Marion Olité

©HBO

Rencontre avec une chouchoute du ciné indé américain, toujours partante pour jouer dans une bonne série !

Dans We Are Who We Are, disponible en France sur la plateforme StarzPlay, la planante première série du réalisateur de Call Me by Your Name, Luca Guadagnino, Chloë Sevigny n’est plus une cool kid – comme dans les années 1990 qui ont vu éclore son talent – mais une cool mum, témoin bienveillante de l’éclosion d’une nouvelle génération d’ados plus fluide que jamais. On a discuté de son personnage, de son travail avec le réalisateur italien en pleine hype mais aussi de représentation LGBT.

Marion Olité | Vous avez commencé votre carrière dans le film de Larry Clark, Kids, un classique adolescent. Ça fait quoi de passer de l’autre côté du miroir et de jouer une adulte qui s’occupe d’un ado dans We Are Who We Are ?

Chloë Sevigny | Oh vous savez, les gens vieillissent [rires] ! Je me sens surtout chanceuse d’avoir pu mener une carrière aussi longue. Et la trajectoire naturelle est de finir par incarner des adultes. Mais j’ai toujours été attirée par les cinéastes pour le moins provocateurs. Luca Guadagnino est le dernier d’une longue liste de réalisateur·ice·s avec lesquel·le·s j’ai travaillé et qui se passionnent pour l’exploration de l’adolescence et son côté rebelle.

We Are Who We Are s’intègre très bien dans tout le travail que j’ai fait. Visuellement, Luca est un réalisateur si talentueux. Il produit un art en dehors des normes et c’est quelque chose que j’ai recherché tout au long de ma carrière.

Qu’est-ce qui vous a fait dire oui à ce projet : Luca Guadagnino, le personnage en lui-même ou le lieu de l’intrigue, en Italie ?

C’est plutôt la présence de Luca. J’aurais dit oui à n’importe laquelle de ses propositions de projet. J’adore la tendresse de ses films, la façon dont il explore ses personnages, en posant sa caméra à leur hauteur, et en laissant leurs émotions transparaître. Et j’adore la dichotomie qu’il crée entre un univers presque fantasmé, rempli de beauté, et des personnages naturalistes, aux intrigues réalistes. C’est un très joli mix.

Quel genre de cinéaste est Luca Guadagnino sur un tournage ?

Ce n’est pas quelqu’un qui arrive hyper-préparé, il est du genre très intuitif. On y allait, on lisait la scène et il travaillait autour de ça sur place, avec nous. C’est surprenant parce qu’on a tourné cette série comme si c’était un film, huit heures à la suite les unes des autres. Donc on se dit qu’il faut être organisé dans ces cas-là, mais lui évoluait selon l’ambiance, l’humeur du jour et de la scène… Et j’ai été tellement surprise de voir tout cela prendre forme comme si c’était très préparé ! Le montage a certainement eu un grand rôle. Parfois, il y avait des prises de vues en forme de grands balayages, et juste après des scènes verrouillées, en huis clos. Et je ne sais comment, au final, tout cela s’assemble de façon sublime.

"L’idée est que les ados se disent : 'Il y a des gens comme moi quelque part.'"

Vous aimez ce genre de direction fluide, qui permet d’être libre dans son jeu d’actrice, ou préférez-vous quand vous êtes davantage dirigée ?

J’aime un peu les deux, en fait ! Luca cherchait vraiment une forme de naturalisme. Et je pense que je m’en sors bien sur ce terrain, quand on me permet d’être plus dans l’intériorité. Je pense que je suis une meilleure actrice ainsi [rires]. Ça correspond bien à mon style de jeu. Je pense aussi que quand vous travaillez avec de jeunes interprètes, qui débutent dans le métier, c’est une bonne manière d’obtenir la performance souhaitée.

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Comment décririez-vous votre personnage, la commandante Sarah Wilson, dans We Are Who We Are ? Elle a une présence de matriarche…

C’est certain : elle évolue dans le milieu militaire et c’est une mère de famille. Mais elle possède aussi un côté un peu loufoque que l’on découvre au fil de la série. Et ce sont les moments que je préfère : quand elle chante du Lady Gaga, qu’elle danse ou qu’elle chahute. Comme elle est très "collet monté" dans son quotidien dans l’armée, elle compense avec des moments où elle lâche prise. Ce sont de beaux moments je trouve. Mais mon personnage est surtout défini par la relation qu’elle a avec son fils. Je pense qu’elle joue à la fois le rôle du père et de la mère et elle n’est pas très bonne pour le décevoir… de là naît cette dynamique très intéressante entre les deux.

Elle entretient effectivement une relation très complexe avec son fils et c’est l’un des points forts de la série. Certaines scènes sont dérangeantes. Il y a de la violence entre eux. 

Oui, il est presque abusif avec elle. Je ne sais pas pourquoi elle encaisse ça sans rien dire. Luca ne m’a pas donné d’explications particulières. Je pense qu’il voulait qu’on tourne ces scènes pour amplifier leur niveau d’intimité. C’est un peu tordu, mais j’imagine que ça fait un drama captivant [rires] ! Je pense qu’elle vit aussi avec la culpabilité d’avoir traîné son fils à l’autre bout du monde à cause de sa carrière. Elle voit qu’il aimerait être ailleurs, peut-être à New York, et c’est l’une des raisons pour lesquelles elle ne dit trop rien à son comportement borderline.

Selon vous, que nous raconte la série sur l’adolescence ?

Pour moi, le message principal, c’est l’espoir. Les adolescent·e·s peuvent se trouver aux quatre coins du monde, et trouver des semblables qui partagent les mêmes idées qu’elles et eux, qui les soutiennent. Je pense que beaucoup d’ados vont regarder cette série et s’identifier aux divers personnages et, avec un peu de chance, ils et elles se sentiront moins seul·e·s. L’idée est qu’ils et elles se disent : "Il y a des gens comme moi quelque part."

J’adore que ces jeunes soient si conscient·e·s d’eux et d'elles-mêmes et si éveillé·e·s à certains sujets. Je ne me souviens pas que j’étais comme ça. Je ne sais pas, ça a peut-être à voir avec leur degré d’accès aux informations, via Internet et Instagram… Ils et elles entendent et voient tellement plus d’histoires. Avant, quand tu grandissais dans une petite ville, tu n’avais pas accès à tout ça.

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Les ados aujourd’hui me donnent l’impression d’avoir les mêmes préoccupations qu’hier, mais ont effectivement de meilleurs outils pour les affronter que les générations précédentes…

Oui, aussi on vit dans une société plus tolérante. Et j’espère que des séries comme We Are Who We Are s’en font le reflet et que d’autres suivront, pour aussi montrer à ceux et celles qui ne comprennent pas bien ces problématiques ce qu’il en est. J’espère que cela ouvrira à davantage d’empathie.

Les ados de We Are Who We Are sont très stylé·e·s dans leur look. Pour une icône fashion telle que vous, j’imagine que porter le même uniforme durant toute la série a dû être un poil frustrant ?

Eh bien, l’uniforme avait ceci de frustrant qu’il est très peu flatteur [rires]. Je vivais en plus mon premier trimestre de grossesse, donc mon corps n’arrêtait pas de changer. Mais j’aime bien le style casual de Sarah, il est assez cool, avec sa veste de moto et ses boots. Elle a un côté rebelle qui reflète bien aussi quelle ado elle a été et cela crée un effet miroir avec son fils, également un grand rebelle. C’est peut-être aussi pour ça qu’elle est si tolérante envers son comportement : elle prend un plaisir un peu diabolique à le voir se révolter.

"J’espère que des séries comme 'We Are Who We Are' permettent de créer de l’empathie."

Ça vous manque d’être ado quand vous vous retrouvez sur un plateau comme We Are Who We Are ?

Je ne dirai pas que ça me manque d’être une ado, mais en revanche, ce type de relation, de camaraderie, peut me manquer. La façon dont leurs amitiés se construisent si rapidement, dont ils passent tout leur temps ensemble, à se balader, à faire la fête… Je me souviens de l’époque où j’ai tourné dans Boy’s Don’t Cry. Je devais être un peu plus âgée qu’eux, mais on est tou·te·s devenu·e·s ami·e·s si vite [rires] !

C’était très passionné. Je ne pense pas qu’on puisse revivre ça ensuite adulte, même sur un tournage intimiste. Tout le monde a des enfants, des maris et des épouses… On n’a plus ce temps, cette énergie et cette capacité à nouer de telles relations quand on vieillit. J’étais assez envieuse de ça, je dois l’avouer [rires].

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Depuis vos débuts, vous avez joué dans de nombreuses œuvres LGBT. Boys Don’t Cry, plus tard vous avez incarné un personnage de femme trans dans Hit and Miss, et dans We Are Who We Are, vous interprétez une femme lesbienne. Que pensez-vous du débat anglo-saxon concernant les acteurs hétéros qui jouent des personnages LGBTQ+ ? Certaines personnalités expriment l’importance de faire jouer des rôles LGBTQ+ à des acteur·ice·s concerné·e·s.

En ce qui concerne les œuvres mettant en scène des personnages trans, c’est peut-être vrai. Je ne sais pas, ce débat est vraiment récent et c’est dommage qu’il prenne cette tournure si tendue. Il y a davantage de personnages LGBT à la télévision aujourd’hui et une vraie recherche d’authenticité dans ces rôles, pour qu’ils retranscrivent au mieux les vécus des gens. Je peux comprendre cet argument.

Mais je recherche toujours à jouer des personnages complexes et passionnants, et qui ne se résument d’ailleurs pas à leurs orientations sexuelles ou identités de genre. Sarah dans We Are Who We Are n’est pas juste lesbienne. Et puis, j'ai été avec des femmes dans ma vie. Mais je ne prétends pas être bisexuelle et je ne suis pas lesbienne. Je ne sais pas, je pense que c'est le choix du réalisateur et Luca est un réalisateur gay. 

Et j’étais hésitante sur le choix de la coupe de cheveux : est-ce que ce n’est pas un cliché ? Je voulais que ce soit le plus authentique possible. Pas juste, "elle coupe ses cheveux parce qu’elle est lesbienne". Et puis j’ai passé du temps avec des femmes militaires, et elles m’ont dit "oui, les femmes gays dans le milieu militaire se coupent les cheveux courts", donc ça m’a paru être la bonne chose à faire.

We Are Who We Are est une mini-série mais, sait-on jamais, si une saison 2 est envisagée, seriez-vous partante ?

Si Luca la réalise, oui !

Quels sont vos prochains projets séries ou films ?

Là, je suis sur la saison 2 de la série Russian Doll, qui est réalisée par ma meilleure amie, Natasha Lyonne. J’avais un petit rôle dans la première saison. Je fais un come-back dans un rôle un petit peu plus conséquent [rires]. Nous allons commencer le tournage là, en mars.

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