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On a parlé du teen drama queer Love, Victor avec Brian Tanen, son co-showrunner

Publié le

par Marion Olité

©Hulu

Love, Victor, série dérivée du film Love, Simon, débarque sur Disney+ ce 23 février. L’occasion de rencontrer son co-showrunner.

Attention, cette interview analyse certaines storylines de la saison 1 de Love, Victor et contient donc quelques spoilers.

Marion Olité | Comment êtes-vous arrivé sur le projet de Love, Victor ? 

Brian Tanen | Je suis arrivé sur le projet en tant que fan, à la base. J’avais vu et adoré le film Love, Simon. J’ai su que les scénaristes, Isaac Aptaker et Elizabeth Berger, avaient vendu un projet de spin-off en série. Ils m’ont appelé tôt, au tout début de son développement, pour me proposer d'être co-showrunner de la série. Ils m’ont pitché cette idée d’un nouveau personnage, venant du même lycée que Simon, qui allait lui écrire pour lui dire : "Ta belle histoire, ce n’est pas celle de tout le monde, je t’emmerde, pour avoir vécu une si belle expérience de coming out !”. J’ai trouvé ça génial. J’adorais l’idée de raconter une histoire qui possède le même ADN que le film, mais racontée à travers la perspective d’un personnage qui pense, à un certain niveau, que l’histoire de Simon, c’est du bullshit [rires] !

Victor se dit : “Tout le monde n’a pas le droit d’avoir ce parfait happy-ending, ma vie est beaucoup plus dure que ça, mes parents n’ont pas la même ouverture d’esprit, ils viennent d’une culture différente et ont des croyances religieuses, ils ont un tas d’attentes me concernant…” Je trouvais que c’était un point de départ fort, avec ce personnage frais. J’étais donc très excité d’ajouter un nouveau chapitre à cette histoire.

Comment décririez-vous l’univers de Love, Victor ? J’ai personnellement senti des vibes de Dawson’s Creek dans son aspect réconfortant.

Je pense que l’univers de la série et du film a pour but d’imiter la vie, jusqu’à un certain point. Il y a un ton fun et joyeux, mais on n’a pas peur d’explorer aussi un aspect plus dramatique, d’aller dans le drama lourd, parce que cela fait aussi partie de l’expérience adolescente. Il y a beaucoup de tristesse et un sentiment de solitude, l’impression de ne pas appartenir à cet univers du lycée… J’apprécie que la série ait pu explorer cela, montrer un personnage qui est en conflit avec lui-même, qui traverse une crise existentielle durant toute la première saison, en mélangeant cela avec un univers d’une adorable douceur. Il y a aussi beaucoup d’humour dans la série, notamment avec les personnages Lake et Felix.

L’univers proposé combine également le conflit actuel avec une note d’espoir pour le futur. Dans la writer’s room, il y avait un vrai désir de la part des scénaristes d’infuser le show de bienveillance et d’espoir pour les jeunes LGBT. La peur de faire son coming out à cet âge est si terrible, on a l’impression que notre vie va devenir vraiment dure et que ce sera toujours comme ça, toute la vie. Mais ce n’est pas vrai. Faire son coming out a rendu la vie meilleure à beaucoup d’entre nous. Ça fait vraiment du bien d’accepter qui on est, de rencontrer les bonnes personnes, celles dont on tombera amoureux, et on a des vies merveilleuses, et non pas en dépit du fait qu’on est queers, mais bien parce qu’on est LGBTQ. Il y a dans cette série, comme dans le film, ce souhait de réussite, l’idée que le futur est brillant ! Et cela réchauffe le cœur.

"Il y avait un vrai désir de la part des scénaristes d’infuser le show de bienveillance et d’espoir pour les jeunes LGBT."

Diriez-vous que Love, Victor est une série révolutionnaire ?

Je suis dans l'industrie télévisée depuis quinze ans, et je n’ai jamais travaillé sur une série avec un personnage principal gay. Il existe des histoires avec des personnages LGBTQ et ils ont le droit d’avoir leurs petits arcs narratifs à côté. Mais cela fait une grande différence quand on place des personnages avec ce cheminement au centre du récit, surtout en termes de représentation, pour les jeunes qui sont confrontés à ces problématiques. Donc oui, je pense que Love, Victor est une série importante. J’aurais aimé qu’une série pareille existe quand j’étais adolescent. J’aurais adoré suivre un show comme celui-ci.

Que raconte la série sur le fait d’être un adolescent et issu d'une minorité ? Incarné par Michael Cimino, Victor est un jeune homme queer et racisé, aux origines portoricaines et américano-colombiennes.

Il existe si peu d’histoires LGBT dans les séries et les films, et celles qui existent sont si souvent centrées sur des personnages blancs, que je trouve cela vraiment bien de découvrir une perspective différente avec Victor. Dans la writer’s room, nous avons des scénaristes latinx qui ont partagé leurs expériences, notamment concernant leurs familles. Il y a un épisode, au milieu de la saison ["Sweet Sixteen", S1E5, ndlr], dans lequel les grands-parents de Victor viennent participer à sa fête d’anniversaire, pour ses 16 ans. On comprend mieux ce que sa famille attend de lui, au vu des traditions culturelles, comment elle fonctionne et ce que ça fait à Victor. C’est super de pouvoir montrer cela : on a vu passer de nombreux messages sur Twitter, qui disaient "Oh mon dieu, il y a un garçon gay et latino dans ma télé, et sa vie, c’est trop la mienne !".

©Hulu

Victor a un parcours qui m’a rappelé celui de Jack dans Dawson’s Creek : les deux personnages commencent à sortir avec une fille avant de comprendre qu’ils sont attirés par les hommes. Comment cette storyline va évoluer en saison 2 ?

En évitant de spoiler, je dirais que le fait de vouloir se conformer à ce qu’on attend de lui fait partie du cheminement de Victor durant cette première saison. Puis il réalise qui il est et ce qu’il veut. Et la relation profonde et réelle qu’il entretient avec Mia vient compliquer tout cela. Il y a de l’amour ici, seulement il se rend compte qu’il est platonique. J’ai eu une petite amie au lycée. De nombreux scénaristes dans la writer’s room ont aussi confié avoir eu une petite amie au lycée, ou une meilleure amie du moins. Ces relations étaient authentiques, remplies d’amour ! Ce n’était pas une ruse pour faire croire aux gens qu’on était hétéros. Ces relations étaient déroutantes car les sentiments sont là. Mais même si au début de la série, le public peut avoir envie de parier sur Mia et Victor, on se rend vite compte que cette relation est un peu condamnée… Cette histoire est autobiographique pour de nombreux scénaristes. On a vécu ces expériences.

Une fois qu’on a ouvert les yeux, c’est toujours compliqué. Quelle forme va prendre la relation entre Mia et Victor ? Peuvent-ils devenir amis ? Comment cela va se passer, si Victor commence à sortir avec un camarade ? Ces questions, on y répondra dans la saison 2.

J’adore écrire le show que j’aurais voulu regarder quand j’étais adolescent.

L’équipe de l’épisode "Boy’s Trip" avec Brian Tanen au premier rang, à droite (©Disney) 

À un moment donné, Victor lit des choses sur la sexualité et apprend que c’est un spectre. Verrons-nous davantage de ce spectre queer dans la saison 2, peut-être dans une continuité de l’épisode "Boy’s Trip" (S1E8) qui se déroule à New York ?

J’ai justement écrit cet épisode ! C’était une super opportunité, j’ai adoré pouvoir raconter l’étendue de ce grand parapluie LGBTQIA et parler d’expression de genre. Il y avait tellement de diversité. L’idée de cet épisode c’est de se dire : que se passera-t-il quand je partirai de mon lycée ? Tu peux trouver des gens comme toi et être entouré par la communauté queer, t’installer dans des endroits comme New York où il y a tant d’identités et de sexualités diverses. Donc oui, j’espère bien pouvoir étendre la représentation queer à la fois dans les arcs narratifs, mais aussi le casting, en créant de nouveaux personnages. Il y a clairement plus de personnages LGBTQ dans nos plans pour le futur de la série.

Est-ce qu’on reverra Simon Pier dans Love, Victor ou davantage de Simonverse, quelle que soit sa forme ? Vous tenez une potentielle franchise…

Je peux dire qu’on adore glisser des références au film dans la série. On suit les fans sur Twitter, et leur excitation dès qu’un personnage du film vient faire coucou dans Love, Victor. On a bien l’intention de continuer à créer des ponts avec le film.

Selon vous, combien de saisons doit durer Love, Victor ?

Ah, c’est une très bonne question. J’aime tellement cette série et je ne vois pas, à l’heure actuelle, comment je pourrais en avoir marre. J’adore écrire le show que j’aurais voulu regarder quand j’étais adolescent. Enfin en secret, car j’avais peur de ces sujets à l’époque [rires]. Il y a tant d’histoires à raconter. Même une fois après avoir exploré toute l’expérience lycéenne de Victor, il existe peut-être une possibilité de le suivre à l’université ou bien de rester au lycée et créer une nouvelle bande de personnages… Je serais juste le plus heureux du monde si la série pouvait durer encore longtemps. Sky is the limit ! 

Composée de dix épisodes, la première saison de Love, Victor est disponible sur Disney+ (et sa branche Star) depuis le 23 février.

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