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#MeToo : Ellen Pompeo tente de se justifier après une vidéo où elle blâme les victimes

"Il faut être deux pour danser le tango."

La star de Grey’s Anatomy a vu ressurgir une vidéo qui fait tache : lors d’un Q&A à Oxford Union, qui s’est tenu en juillet 2018 en présence d’étudiantes de la prestigieuse université d’Oxford, Ellen Pompeo est interrogée sur le mouvement #MeToo et la libération de la parole des victimes.

Si elle commence par expliquer que "les hommes doivent comprendre qu’ils ne pourront plus s’en tirer" et évoquent les "porcs d’Hollywood" éduqués par des hommes plus vieux à se comporter comme des agresseurs et des harceleurs, son discours finit par prendre une tournure étonnante, quand elle explique que les filles prennent conscience très tôt de leur pouvoir de séduction et en jouent. Elle finit par verser clairement dans le victim-blaming (une rhétorique qui consiste à tenir la victime d’une agression ou de harcèlement pour responsable de ce qu’il lui arrive) même si elle tente de s’en défendre en même temps.

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what the fvck is wrong with ellen pompeo this is absolutely DISGUSTING pic.twitter.com/rrjoKTSwjR

— (@adoresbell) April 22, 2020

"Il y a une part de responsabilité, pas entièrement, mais il faut être deux pour danser le tango. Je ne dis pas ça pour blâmer les victimes. Je me suis retrouvée dans une pièce avec Harvey Weinstein, je me suis assise à côté de lui. On a parlé peut-être deux heures et demi ensemble. Il ne m’a rien dit d’inapproprié. Il ne m’a fait aucune avance sexuelle. Je n’étais pas seule avec lui dans une chambre. J’avais été envoyée là par mon agent, au milieu de la journée. Je n’ai pas pensé que quelque chose clochait. Je n’aurais pas accepté d’aller dans sa chambre, le soir. Il n’a rien fait d’inapproprié. S’il l’avait fait, j’aurai attrapé ce verre d’eau et je lui aurais balancé à la figure.

Donc au final, il faut se demander ce qu’on est prêtes à tolérer, quelle estime de soi on a. Jusqu’où est-on prêtes à se compromettre pour être aimées, appréciées, acceptées ? Jusqu’où tu veux aller pour être dans le show-business ?"

Ce passage de son intervention, qui dure un peu plus d’une heure en tout, a été vu plus d’un million de fois sur Twitter. Ses fans et femmes victimes d’agression ou de harcèlement ont été atterrés par ses propos. N’ayant pas été elle-même agressée par Harvey Weinstein, Ellen Pompeo n’imagine pas comment c’est possible de ne pas se sortir d’une situation d’agression. Elle présume de sa réaction si elle s’était retrouvée dans cette situation, en précisant qu’elle ne serait pas rendue à un rendez-vous pro "le soir", pointant du doigt celles qui l’ont éventuellement accepté. Cela montre aussi une méconnaissance de l’affaire : la plupart du temps, les actrices étaient envoyées dans la chambre du producteur en plein jour justement, pour ne pas éveiller leurs soupçons.

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Dans une série de tweets, Ellen Pompeo a tenté de se justifier sur ses propos, de façon extrêmement maladroite, enchaînant les contre-vérités.

"Pour celles qui se sentent offensées ou qui le prennent personnellement, ce panel a eu lieu il y a plus de deux ans et c’était bien avant que l’histoire complète des femmes ne soit publiée."

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"Et… Je parle de harcèlement… pas d’agression. Deux choses différentes. Je parlais de MON expérience de harcèlement à Hollywood et de mon point de vue à ce sujet."

Problème, rien ne colle dans ses propos : en juillet 2018, date où Ellen Pompeo effectue cet entretien, cela fait déjà plusieurs mois que le New Yorker et le New York Times ont sorti l’affaire Weinstein. Les premiers témoignages des femmes ont été publiés en octobre 2017. L’été suivant, Hollywood est donc en feu, et on ne parle que du mouvement #MeToo. C’est bien pour cela que le sujet de cette intervention sont les agressions et le harcèlement sexuel. Dans son deuxième tweet, l’actrice se défend également en expliquant qu’elle parlait de harcèlement, pas de viol. Faut-il donc comprendre que les victimes de harcèlement ont une part de responsabilité dans ce qui leur arrive ?

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Ces paroles passent d’autant plus mal qu’Ellen Pompeo est la star d’une série progressiste et ultrapopulaire, Grey’s Anatomy, créée par la showrunneuse engagée Shonda Rhimes. La série a notamment marqué les esprits en 2019, en diffusant le puissant épisode "Silent All These Years" (S15E19), centré sur la prise en charge d’une personne victime de viol.

Par Marion Olité, publié le 24/04/2020