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Entre humour noir et blasphèmes osés, la saison 2 de Preacher est un immanquable de 2017

La messe noire de AMC a enfin une ligne de conduite et un univers fascinant installés. Attention, spoilers.

©️ Marco Grob/AMC

Elle était drôle, bien barrée et sacrément borderline. Mais elle était aussi inconsistante, inégale et parfois bordélique. La saison 1 de Preacher, série tirée du comics réputé inadaptable de Garth Ennis et Steve Dillon, était bancale mais excessivement jouissive. À travers une introduction compliquée et parfois poussive, Seth Rogen, Evan Goldberg et Sam Catlin ont tout de même réussi une tâche des plus ardues : transposer cet univers décalé et outrageant sur le petit écran. Avec une saison 2 rallongée de trois épisodes, les créateurs pouvaient enfin se lâcher, tout en partant sur une intrigue davantage rattachée aux comics. Bonne nouvelle, le cahier des charges a été entièrement respecté.

Pas facile de se creuser une place en cette période sérielle estivale. Entre les haletants thrillers du câble (The Sinner, Mr. Mercedes), les petites pépites inattendues des networks (The Bold Type) et l’incontournable Game of Thrones, l’été était finalement plus chargé que prévu. La saison 2 de Preacher a clairement joué le rôle d’outsider. Malgré une perte d’audience sur ce nouveau chapitre (1,2 million de spectateurs en moyenne contre 1,6 million l’année dernière), la qualité était au rendez-vous et le cliffhanger final ne promet que plus de belles surprises si la série est renouvelée pour un troisième chapitre.

Plus proche des comics

Pour introduire l’univers vaste et complexe né dans le cerveau de Garth Ennis et sous le crayon de Steve Dillon, le trio de créateurs a inventé un préquel pour expliquer la réunion de Jesse, Tulip et Cassidy. Dans cette deuxième saison, les trois hommes se sont amusés à titiller cette mini-famille dysfonctionnelle tout en les lançant dans la quête de Dieu, autant dans le sens littéral que figuré. Tout à coup, Preacher est devenue une buddy série libérée et décomplexée, piochant pleinement dans sa Bible éditée chez Vertigo. Une manière pratique pour réconcilier les lecteurs puristes et les fans de séries mêlant action, humour noir et pitch absurde.

Les personnages, les antagonistes, les lieux visités par le trio, les arcs internes aux comics… Les bases de la série ont enfin été posées avec un certain sens de la rythmique. Entre le virulent Saint des tueurs et le diaboliquement tordant Herr Star, Preacher a tout osé. Ces deux énergumènes, génialement incarnés par Graham McTavish et Pip Torrens, sont aussi réjouissants que terrifiants. L’un fait tout péter à la force brute de ses colts, quand l’autre possède une aura maléfique et néonazie. Pour autant, ils ne sont jamais enfermés dans un schéma manichéen : le cow-boy de l’enfer est un cœur brisé, injustement condamné à vivre dans le royaume de Satan, alors que le leader de l’ordre du Graal est un illuminé narcissique qui dédie sa vie à protéger le christianisme.

©️ Vertigo

À travers ses personnages hauts en couleur, Preacher se permet de s’attaquer à tous les sujets touchy, quitte à s’attirer les foudres d’associations religieuses. En faisant de Jésus un handicapé mental qui passe son temps à dessiner des chiens et pisser sur les gens, AMC a dû faire face à des pétitions accusant le show de blasphème. Et non seulement Preacher assume ce côté provocant, mais elle le revendique jusqu’au bout. Déjà dans les années 1990, Garth Ennis et Steve Dillon avaient provoqué la colère d’associations chrétiennes pour le discours subversif de leur bébé. Pourtant, les mentalités ont bien évolué en presque 25 ans.

Les auteurs ont toujours exprimé leur envie d’envoyer balader la bien-pensance quand c’est au service d’un message. La série s’en prend à des thématiques controversées sans jamais chercher à en tirer une morale quelconque. À la manière de South Park, le show dépeint des situations absurdes voire contre-nature avec un second degré de rigueur. Tous les actes néfastes voire inhumains des personnages sont contrebalancés par une conséquence punitive, un châtiment inévitable.

Parfois, elles sont aussi banales que Jesse qui perd le pouvoir de Genesis après en avoir abusé. Et à d’autres moments, elles sont ridiculement drôles tout en remettant de l’ordre dans les pistes de réflexion de la série perçues comme déviantes par certains spectateurs. Mais sincèrement, qui n’a pas explosé de rire lorsque Herr Starr, antagoniste foncièrement raciste, se retrouve sodomisé par des prostitués noirs alors qu’ils souhaitaient violer des femmes ? Peu importe son discours, Preacher cherche toujours à équilibrer la balance sans faire trop d’humour ou trop d’injures à l’encontre d’une minorité.

Pour les plus grands fans des comics, la série distille également plusieurs indices concernant les arcs à venir, le plus évident étant le cas des L’Angell, la famille adoptive de Jesse. Associée au road trip et à l’atmosphère jazzy de La Nouvelle-Orléans, Preacher gagnait en immersion même si le show a eu un petit ventre mou au milieu de la saison. Surtout, Dominic Cooper a arrêté d’être spectateur de son personnage pour se plonger corps et âme dans la dualité à laquelle est confronté le pasteur. Entre sa relation amoureuse avec Tulip, sa fascination pour Genesis et ses combats contre l’ordre du Graal, l’acteur a étoffé son jeu et prouvé que Jesse était un antihéros digne d’intérêt, même si le trio qu’il forme aux côtés de Tulip (Ruth Negga) et Cassidy (Joseph Gilgun) reste la force première de Preacher. Sans oublier la mise en scène ultracréative et complètement barge de la série qui est un régal pour les yeux à chaque épisode.

Un trio qui détonne

Ensemble, les trois amigos sont irrésistibles, hilarants et souvent touchants. Leur relation rehausse clairement les enjeux dramatiques de la série, si bien qu’on a appris à contrecœur qu’ils n’étaient pas invincibles. Cette saison, chacun faisait face aux conséquences de ses actes avec un dénouement à l’humour noir frissonnant voire carrément rebutant : Jesse apprenait les limites de l’autorité suprême, Tulip se découvrait une faiblesse à travers un symptôme de stress post-traumatique tandis que Cassidy prenait ses responsabilités en tant que père.

En dépit de cet univers barré, presque irréel, ces trois personnages affrontent des situations aussi banales que la vie en ménage. Si on rit régulièrement de leurs humeurs, des théories complotistes de Cassidy ou de son goût douteux pour les T-shirts kitsch, ils traînent chacun derrière eux un passé torturé comme un boulet de condamné. Au fond, ce sont des solitaires qui retrouvent ensemble le plaisir de vivre (ce point étant d’autant plus vrai pour Cassidy, un vampire qui erre depuis des décennies sur Terre) et les joies des sensations fortes à travers leur quête divine. Mais Seth Rogen et ses camarades ne tombent jamais dans la noirceur complaisante ou la déprime totale, comme peuvent le faire The Walking Dead ou True Detective par moments.

À sa manière, Preacher est une fiction "bulle d’air" avec un point de vue pertinent sur notre époque, qui mériterait amplement une plus grande visibilité tant son univers déjanté n’a jamais été aussi proche de la réalité (Herr Starr = des suprémacistes blancs au pouvoir, Genesis = des entités industrielles autoritaires avec les pleins pouvoirs, la disparition de Dieu = une décadence de la foi). Derrière les rednecks flamboyants et les vannes sur les prépuces de Cassidy, Preacher est une série contemporaine et intelligente qui raconte comment un monde se retrouve bouleversé quand les notions de bien et de mal (Dieu parti, l’enfer est en mode YOLO et le paradis sous l’eau) se confondent pour mieux en débattre.

Au final, la mission divine de Jesse fait écho à une notion plus réaliste. Ce n’est pas Dieu qu’il cherche, mais bien un moyen de retrouver l’espoir tout comme il a réappris l’amour auprès de Tulip et l’amitié avec Cassidy. Sa quête du sens de la vie a quelque chose de feel good en dépit des obstacles rencontrés qui en fait certes une série tordante et décomplexée, mais toujours judicieusement transgressive.

En France, la saison 2 de Preacher est disponible sur OCS Go.