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5 raisons de regarder Small Axe, la belle anthologie engagée de Steve McQueen

Publié le

par Ana Corderot

© Prime Vidéo

Le réalisateur de 12 Years a Slave déstructure le genre sériel, en proposant un plaidoyer antiraciste bouleversant.

Pour sa première apparition sur le petit écran, Steve McQueen voit grand. Avec Small Axe, le réalisateur britannique oscarisé en 2014 pour 12 Years a Slave dévoile une série de cinq films autonomes, tous plus épatants les uns que les autres : Mangrove, Lover’s Rock, Red, White and Blue, Alex Wheatle et Education.

À la manière d’un artiste peintre, il réalise un tableau à la fois réaliste et théâtral de la communauté noire, pleine d’espoir, ambitieuse et révoltée, dans l’Angleterre raciste des années 60. Avec cette anthologie, dont trois épisodes ont été sélectionnés à Cannes en 2020, Steve McQueen fait preuve, une fois encore, de tout son génie cinématographique et montre qu’il n’a pas froid aux yeux. Voilà pourquoi vous devez absolument la regarder :

#1. Le travail de mémoire

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Inspirée de faits réels et d’éléments autobiographiques, l’anthologie relate, à différentes périodes, le passé occulté de la communauté noire, dans l’Angleterre conservatrice des 60’s aux 80’s. En faisant le constat d’un racisme institutionnalisé (discriminations raciales et violences policières), elle nous fait revivre une période historique et rend hommage à une génération d’immigré·es trop souvent laissé·e·s pour compte. Mangrove raconte par exemple l’histoire d’un procès du même nom, qui a eu lieu en 1969 contre neuf militant·e·s issu·es de la communauté noire londonienne.

La série nous fait sourire et nous émeut en nous plongeant dans l’intimité de ses personnages. Elle nous serre le cœur et nous donne la rage au ventre lorsqu’elle montre, sans filtre, des harcèlements policiers d’une violence crue et inouïe, qui font écho à des événements récents. Elle décrit avec justesse le quotidien d’une communauté noire oppressée, éclaire l'actualité, faisant écho au mouvement Black Lives Matter.

#2. L’esthétisme, la colorimétrie

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Au cours de cinq films indépendants, l’anthologie dépeint des univers et des intérieurs provenant d’époques différentes. Des moquettes grises aux papiers peints kitsch dans des maisons de l’ouest londonien, en passant par des pistes de danse aux néons rouges et à l’atmosphère embuée. À chaque fois, tout est soigneusement travaillé. Des plans rapprochés qui se fondent au plus près des corps et des visages, des plans larges qui regroupent la foule révoltée, en marche pour la liberté.

À l’instar d’une photographie argentique, le grain et les teintes jaunes des épisodes rappellent les vieilles pellicules d’antan. C’est avec les yeux ébahis qu’on se laisse porter par les images de ces chefs-d’œuvre artistiques.

#3. La bande-son

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Véritable ode à la culture caribéenne, la série fait l’éloge de ses traditions comme en témoigne sa bande-son. Du reggae au disco, en passant par le R’n’B ou autres chants traditionnels, chaque épisode regorge de pépites auditives. On écoutera dans Lovers Rock résonner, pendant près de cinq minutes, Silly Games, un tube de reggae paru en 1979. On verra, toujours dans cet épisode, les personnages danser jusqu’à s’oublier, lors d’une soirée jamaïcaine dépourvue de limite et de temps.

Dans Small Axe, la musique occupe une place primordiale car elle relie les personnages, anime leur sexualité, meut leurs corps et guérit leurs esprits. Le titre de la série fait d’ailleurs référence à une musique éponyme de Bob Marley qui dénonce les discriminations subies par les personnes noires et qui dit, de manière percutante : "Si vous êtes le grand arbre, nous sommes la fine hache prête à vous abattre."

#4. Les acteur·rice·s

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Fidèle à lui-même, Steve McQueen s’est entouré d’un beau panel d’acteur·rices. Small Axe est un vivier d’hommes et de femmes talentueux·ses. On retiendra notamment les performances tour à tour épatantes de John Boyega dans le rôle de Leroy Logan dans l’épisode 3 Red, White and Blue, de Letitia Wright (révélée dans Black Panther) en activiste dans Mangrove ou encore du jeune Kenyah Sandy dans Education.

#5. Le format indépendant des épisodes

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Small Axe est une mini-série au format anthologique particulier. Elle fonctionne comme cinq films autonomes avec des intrigues différentes et bouclées par épisode. Chacun d'entre eux possède sa propre unité de temps, d’action et de lieu. En chamboulant le format de la série, le réalisateur, habitué aux films, développe ses situations, prend son temps pour dévoiler en profondeur toute la force de ses personnages. Un seul épisode suffit à faire  comprendre l’ampleur et le potentiel de cette anthologie hors du commun.

Small Axe est disponible sur Salto. 

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