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Joe Cole devient un parrain du crime dans l'ultraviolente Gangs of London

Publié le

par Adrien Delage

Ⓒ Sky Atlantic

John Shelby a bien grandi et pris du grade dans cette nouvelle série mafieuse britannique.

Peu de fans de Peaky Blinders le savent, mais Joe Cole n’a pas quitté la série mafieuse en très bons termes avec la production et le casting. Si son personnage est mort en saison 4, c’est aussi parce que l’acteur se sentait étouffé dans le "Cillian Murphy show", selon ses propres mots. Parti vers d’autres horizons pour vivre son aventure solo, Joe Cole confirme que la pomme ne tombe jamais loin de l’arbre puisque son nouveau rôle est celui… d’un mafieux anglais.

L’interprète de John Shelby est désormais à la tête de sa propre famille de criminels dans Gangs of London. Mais contrairement à Peaky Blinders, la série se déroule dans un Londres contemporain, et est donc dans le contexte plus proche d’un Gomorra que des mafieux de Birmingham. Le show diffusé sur Sky Atlantic outre-Manche est une création du directeur de la photographie Matt Flannery et du réalisateur Gareth Evans, le duo derrière le dyptique sanglant The Raid et le drame horrifique Le Bon Apôtre.

Comme nom l’indique, Gangs of London traite d’une guerre entre bande de malfaiteurs autrefois rassemblés sous le drapeau d’un seul homme, Finn Wallace. À la tête de cet empire tentaculaire, le parrain est soudainement assassiné par des secondes mains. Son fils, Sean (Joe Cole), reprend alors les rênes du crime organisé avec pour unique objectif de retrouver les tueurs et venger son père. Mais pendant que la loi du Talion suit son cours, les différentes factions adverses vont en profiter pour briser leur alliance et tirer profit de ce chaos.

Gotham City London

Ⓒ Sky Atlantic

Le point de départ de Gangs of London est très classique pour une série mafieuse. On pourrait même dire que la série coche toutes les cases des poncifs du genre, qualités comme défauts : des meurtres, de la violence, des hommes torturés, des personnages féminins inexploités et une mise en scène froide et crue. La véritable différence, Gareth Evans et Matt Flannery la font avec le traitement de Londres et ses bas quartiers, rarement filmés de cette manière à la télévision.

De son propre aveu, le réalisateur de The Raid a voulu "gothamizer" la capitale anglaise comme il le confiait à Hollywood Reporter sur le plateau. À travers cette manœuvre, il souhaitait faire oublier l’aspect touristique de la métropole pour mieux se concentrer sur ses rues oubliées et le trafic qui les anime. L’action du show se déroule donc principalement dans des caves, derrière des portes dissimulées ou des entrepôts abandonnés à l’aide d’une caméra dite street-level, qui capture principalement les images caméra à l’épaule.

À l’inverse, pour montrer la puissance des Wallace et le poids qui pèse sur les épaules de Sean, le gangster est régulièrement filmé en haut des immeubles. Il surplombe la ville et inspecte ses quartiers comme Batman à Gotham City. Cette mise en scène intrigante sous-entend la création d’un mythe à la manière des super-héros de comics. Sauf qu’ici, le justicier est en réalité un représentant du mal soumis à la vengeance par ses pulsions intenables. Et c’est quand même bien moins captivant qu’un Bruce Wayne qui se bat contre lui-même pour garder la tête hors de ses ténèbres intérieures.

Car oui, au risque de heurter la sensibilité des groupies de Joe Cole, l’acteur n’a pas (encore) l’expérience et le charisme pour porter une série sur ses épaules. S’il est toujours très convaincant quand il s’agit de jouer l’agressivité, le jeu du comédien est finalement assez limité à ses mimiques grincheuses. Ses plaintes vis-à-vis de l’importance de Cillian Murphy dans Peaky Blinders étaient peut-être une forme de frustration et de jalousie, puisque son aîné possède un magnétisme naturel pour rendre ses personnages attachants voire envoûtants.

Arts martiaux à la british

Ⓒ Sky Atlantic

Heureusement, Gangs of London peut compter sur deux autres forces pour séduire son public. Il y a d’abord sa ribambelle de personnages secondaires, plutôt variés et même multiculturels, où se démarque Sope Dirisu (Black Mirror). L’interprète d’Elliot, un flic infiltré parmi les gangsters, est le vrai antihéros de l’histoire, celui qui commence à douter de sa nature profonde à force de traîner avec les pires criminels. Et ça tombe bien, puisque l’acteur est lié à la deuxième grande qualité du show : son action effrénée.

Les amateurs de bastons sanglantes voire de gore seront servis avec les séquences musclées de Gangs of London. Gareth Evans est aussi généreux que dans The Raid au niveau de l’hémoglobine déversée dans les scènes de combat, toujours chorégraphiées et filmées avec une précision chirurgicale. Très sincèrement, on n’avait pas vu d’aussi beaux et intenses affrontements depuis le Daredevil de Netflix et le Warrior de Cinemax.

Créatif quand il s’agit de mettre en scène des bonshommes s’échanger des coups, Gareth Evans assure le show avec une caméra embarquée pour des plans saisissants, voire des plans-séquences maîtrisés et spectaculaires quand la zizanie s’empare de l’écran. Gangs of London limite clairement les dialogues trop explicatifs pour insuffler du rythme à son récit, quitte à user de facilités scénaristiques au profit de l’intensité. Et c’est là qu’on retrouve les principaux défauts des séries mafieuses qui nous renvoient à l’âge de pierre.

Ⓒ Sky Atlantic

D’abord parce que la figure de l’antihéros (Tony Soprano, Walter White, Don Draper) est passée de mode depuis dix ans, et que le personnage de Sean poursuit une trajectoire déjà explorée dans Gomorra avec Gennaro Savastano. Ensuite, parce qu’on ne comprend toujours pas l’intérêt de mettre des personnages féminins dans l’intrigue, si c’est pour les réduire au rang de sous-fifres voire de domestiques au service des parrains. On accepte encore moins de donner un rôle de cette trempe à Michelle Fairley, inoubliable Catelyn Stark de Game of Thrones, qui n’a pas la possibilité d’exister au milieu de cette surdose de testostérone.

En résumé, Gangs of London sent très, très fort le réchauffé mais la recette continuera de plaire au public cible. Après tout, Joe Cole reste plaisant à regarder, les tragédies shakespeariennes à la sauce mafieuse continuent de fasciner et l’ultraviolence de Gareth Evans est, il faut l’admettre, assez jouissive à voir exploser sous nos yeux. 

En France, la saison 1 de Gangs of London reste pour le moment inédite.

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