AccueilCritique

Peacemaker coupe les ponts avec la Suicide Squad dans une série délicieusement ridicule

Publié le

par Adrien Delage

Une série dérivée du film The Suicide Squad, dans laquelle James Gunn et John Cena s’éclatent et le rendent bien aux fans de DC Comics.

Peacemaker coupe les ponts avec la Suicide Squad dans une série délicieusement ridicule

Ⓒ HBO Max

Éternel rival de Marvel depuis l’avènement des comics, DC n’a jamais vraiment réussi son passage sur le grand écran. Hormis la trilogie cultissime The Dark Knight de Christopher Nolan, l’univers partagé des super-héros de la Digne Concurrence n’est jamais parvenu à atteindre la cohérence et la popularité des Avengers sur le long terme. Un aveu de faiblesse qui se traduit aujourd’hui à travers le Worlds of DC, un univers pas forcément connecté dans lequel Warner Bros. multiplie les projets indépendants, comme Joker ou le Batman de Matt Reeves à venir. Pour le reste de la Justice League, le géant américain pratique l’art du soft reboot, à la manière du film The Suicide Squad de James Gunn sorti en 2021.

Cette suite officieuse qui se moque gentiment (mais ouvertement) du premier opus signé David Ayer est aussi le symbole que Warner Bros. tente de donner un peu plus de liberté artistique à ses créateurs. La Suicide Squad de James Gunn est barrée, souvent over-the-top mais finalement drôle et touchante, dans le même style que la famille dysfonctionnelle des Gardiens de la Galaxie à laquelle il a donné vie chez la concurrence. Si le succès du film est relatif, pas franchement aidé par le contexte sanitaire, Warner continue de faire confiance au réalisateur qui a pu poursuivre l’histoire d’un des nouveaux antihéros de l’escadron suicide, dans un spin-off dédié à Christopher Smith alias Peacemaker.

John Cena a donc renfilé le costume arc-en-ciel du criminel aux yeux d’aigle dans une série dérivée, qui se déroule juste après la fin de The Suicide Squad (et commence même, techniquement, avec la scène post-générique du film). Laissé pour mort après avoir trahi les siens, Peacemaker se réveille à l’hôpital, sauvé in extremis par Amanda Waller et sa Task Force. En réalité, la directrice de l’A.R.G.U.S. l’enrôle dans un nouveau projet secret, surnommé "Butterfly", afin d’exploiter ses talents uniques pour sauver la planète d’une invasion de parasites chrysalides qui s’en prennent aux humains. À la tête d’une équipe de bras cassés, Peacemaker devra jongler entre ses partenaires complètement timbrés, ses démons intérieurs liés à son passé violent et la culpabilité d’avoir laissé tomber ses précédents frères d’armes.

La patte irrésistible de Gunn en intraveineuse

Ⓒ HBO Max

Si vous connaissez le travail de James Gunn uniquement par le prisme de Marvel et DC, vous avez une image faussée du réalisateur. À l’origine, le cinéaste américain est un fan inconditionnel du cinéma de genre et d’exploitation, citant régulièrement La Nuit des morts-vivants et la saga Vendredi 13 comme ses premiers chocs cinématographiques. Une passion pour l’horreur, l’humour noir et le décalage qu’il a déjà transcendé dans Horribilis, film de série B aussi crado que fun et divertissant, qui installe définitivement sa patte dans le cinéma hollywoodien contemporain.

Son style à la fois trash, décalé et naïf colle forcément avec les super-héros de DC Comics, davantage vu comme des figures divines et plus matures que les justiciers de la Maison des Idées. Il a prouvé à travers ses blockbusters sa capacité remarquable à mener des œuvres chorales, comme Joss Whedon et Jon Favreau avant lui, mais toujours tributaires de sa patte singulière. On pouvait donc s’inquiéter de le voir plonger corps et âme dans les tourments et les pulsions ambigus d’un seul personnage, Peacemaker en l’occurrence, même s’il engageait aussi les fans dans une forme de continuité avec le personnage incarné par John Cena dans The Suicide Squad, pas toujours au top chez DC / Warner comme nous le disions plus tôt.

Et nul doute que James Gunn a dû apprécier son passage sur le petit écran. Le réalisateur est beaucoup plus libre et viscéral dans sa façon de traiter le personnage, pastiche de Captain America et éternel looser. Il l’entoure d’un passé ô combien violent et immoral, avec un père ouvertement raciste en symbole de la white supremacy tendancieuse aux États-Unis. Avec beaucoup d’humour noir, parfois à la limite du gras, James Gunn déconstruit une forme de masculinité toxique à travers le personnage de Peacemaker, comme il l’avait fait avec un certain Peter Quill quelques années auparavant.

Ⓒ HBO Max

La série oscille entre les scènes d’action hyper trash, dans le respect de The Suicide Squad, le body horror et des scènes d’introspection moins absurdes que le reste, sans jamais tomber dans le grotesque. Peacemaker devient ainsi un antihéros qu’on adore détester. James Gunn le montre plus vulnérable derrière ses muscles saillants et son casque de bronze, comme un homme né à la mauvaise époque. Peacemaker veut redevenir Christopher et affronte la réalité d’avoir été élevé et considéré toute sa vie comme une machine à tuer, comme s’il incarnait une version obsolète du modèle super-héroïque américain.

On saluera également les rôles secondaires de la série, à commencer par Danielle Brooks (Orange Is the New Black) qui incarne la tordante et sympathique Leota. Elle campe d’ailleurs un personnage gay, l’une des trop rares représentations des minorités LGBTQ+ au sein du Worlds of DC. La bande de losers partage en somme une belle alchimie à l’écran, alors que les crises existentielles et les traumatismes de l’enfance sont au cœur de leurs conversations. On retrouve ainsi les thèmes phares de l’œuvre de James Gunn, à savoir l’abandon et la solitude, qui hante ses films et ses familles de justiciers attendrissantes.

En France, la saison 1 de Peacemaker reste inédite.

À voir aussi sur biiinge :