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En saison 3, la toujours captivante Westworld se réinvente

Lâchée en liberté et plus impitoyable que jamais, Dolores part à la conquête de notre monde.

En fin de saison 2 de Westworld, on avait laissé nos androïdes face aux conséquences directes de leur insurrection contre leurs oppresseurs, les humains. Dolores la radicale, Maeve l’idéaliste, Charlotte l’opportuniste : ces trois personnages féminins, respectivement incarnés par Evan Rachel Wood, Thandie Newton et Tessa Thompson, sont au cœur de cette nouvelle saison, composée de huit épisodes, toujours showrunnée par Jonathan Nolan et Lisa Joy, et dont nous avons pu voir les quatre premiers. Le changement de décor est brutal : fini le Far West.

Lâchée en liberté dans notre monde, Dolores répand son influence et s’infiltre partout, tel un virus. Westworld rebat les cartes en la plongeant dans un futur proche qui nous est évidemment familier. C’est celui prophétisé par des décennies de littérature et d’imagerie SF, où les robots, les algorithmes et l’intelligence artificielle font tourner le monde. Celui où le point de singularité est atteint et où les technologies deviennent si omniscientes et omnipotentes que l’humanité bascule. Le soulèvement des machines se concrétise et Dolores est l’étincelle qui mettra le feu aux poudres. Et, comme le répétait inlassablement le générique de Battlestar Galactica en parlant des cylons : elle a un plan.

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Un homme se dresse toutefois sur sa route : un multimilliardaire nommé Serac et incarné par Vincent Cassel. Pour le dire de façon très manichéenne : le grand méchant de l’histoire, c’est lui. Mais elle trouve aussi un allié en la personne de Caleb (Aaron Paul), un ouvrier du bâtiment (et un humain, comme pour mieux diriger notre empathie vers lui) qui arrondit ses fins de mois en commettant de petits crimes grâce à une appli, sorte de Tinder du banditisme. Car, sans grande surprise, dans le futur, les écarts entre les classes se sont accentués et le monde est tenu d’une main de fer par une élite technocratique, à la tête de gigantesques firmes qui troquent nos données comme on joue au casino.

Parmi elles, Delos, bien sûr, en pleine gestion de crise après le massacre qui a eu lieu dans ses parcs. C’est là que Charlotte Hale entre en scène, et ses réelles intentions sont encore bien mystérieuses. D’autres visages familiers refont surface, mais on vous laisse le plaisir, et le choc parfois, de les découvrir. Et, pour des raisons qu’on ne dévoilera pas ici, Maeve se retrouve coincée dans un nouveau parc, surnommé Warworld, au cœur de l’Italie occupée par les nazis. Sa motivation est, elle aussi, toujours intacte. La plus humaine des androïdes est hélas toujours définie par sa condition de mère, comme si ce code pourtant écrit par Lee Sizemore était inscrit dans son ADN. L’avenir nous dira si elle parvient à dépasser cette programmation plutôt clichée. Elle nous donne heureusement quelques moments d’empowerment dont elle seule a le secret, l’occasion de nous rappeler pourquoi on l’aime autant.

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Après deux ans d’absence, Westworld nous revient donc avec une saison plus courte (huit épisodes au lieu de dix pour les précédentes) qui tranche avec les deux premières aussi bien visuellement — tout dans l’architecture de ce futur pas si lointain à la Blade Runner nous ramène à la beauté et à la cruauté d’un monde vertical, où les puissants se font sur le dos des plus faibles… rien de nouveau sous le soleil — que scénaristiquement. Dolores achève sa transformation en modernisant ses tenues, mais aussi son langage. Il existe toujours au moins deux timelines différentes, mais la confusion des deux premières saisons laisse place à une meilleure fluidité du récit, ce qui n’est pas pour nous déplaire.

Westworld ne renie pas pour autant le discours anxiogène et fascinant qui l’a érigée au rang de série majeure de la décennie. Elle est une contemplation paranoïaque de la condition humaine dans un univers où les androïdes, en s’emparant par la force de leur libre arbitre, ont aussi découvert leur capacité à se réinventer, contrairement à notre espèce bien prompte à céder du terrain sur ses libertés individuelles quand elle se sent menacée. Les dérives sécuritaires, le fait de confier les moindres parcelles de nos vies intimes à cette entité immatérielle qu’on appelle le "cloud", et de déléguer toujours plus de tâches à des technologies avancées, sont autant de portes d’entrée pour Dolores l’anarchiste et les siens. Et comme elle le dit si bien, on a creusé notre propre tombe : "They made it so easy, the way they built their world. It won’t take much to bring it all crashing down." ("La façon dont ils ont construit leur monde nous facilite la tâche. Ça ne demandera pas trop d’efforts de le réduire en cendres.")

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La saison 3 de Westworld est actuellement diffusée sur OCS, à raison d’un épisode tous les lundis.

Par Delphine Rivet, publié le 13/03/2020