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En saison 2, The Politician continue de désacraliser la politique (et c'est très drôle)

Publié le

par Marion Olité

©Netflix

L'absurdité est à son comble.

Après une première saison à la fois séduisante et inégale, la satire politique The Politician, créée par Ryan Murphy, Brad Falchuk et Ian Brennan est de retour pour un deuxième tour de piste, dans lequel notre antihéros à l’ambition dévorante, Payton Hobart (Ben Platt), va affronter une vétérante de la politique, Dede Standish (Judith Light) dans l’espoir de décrocher un siège de sénateur démocrate à New York.

De nouveau entouré de son équipe de bras cassés dysfonctionnelle, une bande de millennials accro aux chiffres et aux stratégies de campagnes, le jeune homme va osciller entre l’idée noble qu’il se fait de la politique (et de lui-même) et… la réalité. Pendant ce temps-là, sa mère flamboyante, Georgina Hobart (Gwyneth Paltrow), vit sa meilleure vie sur la côte ouest des États-Unis, où elle se pique de politique, au point de se présenter à l’élection de gouverneure de Californie. Une idée pas si saugrenue, quand on sait que dans la vraie vie, un certain Arnold Schwarzenegger y a été élu côté Républicains.

En sortant des murs d’un lycée prestigieux pour aller dans rues de New York en saison 2, The Politician étend le terrain de jeu de Payton et se déleste de certaines intrigues poussives. Si on adore Jessica Lange, son rôle de mère indigne et manipulatrice en saison 1 ne restera pas dans les annales. L’actrice hollywoodienne cède sa place en deuxième saison à un duo composé de Judy Light et Bette Midler, la première incarnant une sénatrice œuvrant en politique depuis 30 ans et pouvant compter sur les talents et la loyauté sans faille de sa cheffe de cabinet, incarnée par la deuxième. C’est un vrai régal de voir ces deux-là se donner la réplique, s’échanger leurs hommes ou encore tenter de comploter contre Payton.

© Netflix

L’une des marques de fabrique de Ryan Murphy, c’est d’aller débusquer les tabous de la société pour leur mettre de grands coups de pied au cul. Il est ici question de trouple, de lubrifiant épicé et de bisexualité chez les plus de 50 ans. Chez les jeunes aussi, mais là, on est moins surpris. Mettre en scène des orientations sexuelles différentes sans que cela ne soit un événement est, à n’en pas douter, l’une des réussites de la série. Ou quand ça peut éventuellement en devenir un – la politicienne Dede vit une relation polyamoureuse avec Marcus son mari et William, un compagnon depuis dix ans –, l’écriture fait en sorte que cela devienne un atout pour la politicienne !

Payton comptait, en effet, se servir de ce secret contre sa rivale, mais c’est finalement elle qui va dévoiler sa vie intime et gagner des points dans les sondages, notamment auprès de son électorat de femmes âgées, ravies de voir l’une des leurs se réapproprier sa sexualité. En revanche, la monogamie et l’hétérosexualité gagnent du terrain au fil de la saison : le trouple de dix ans est vite cassé pour les besoins d’un rebondissement et les hommes bisexuels, si peu et mal représentés sur le petit écran, se tournent vers des relations avec le sexe opposé. Il en va de même pour le personnage bi incarné par Gwyneth Paltrow. Le trouple Payton/Astrid/Alice, artificiel dès le début, finit lui aussi par exploser en vol.

Mais qu’en est-il du sujet principal de la série, la politique ? Les temps changent et les vieilles combines ne fonctionnent plus. Cette saison 2 de The Politician joue sur le fossé des générations, les millennials reprochant à leurs parents de les avoir menés à un désastre écologique et de ne pas s’impliquer assez pour tenter de réparer le mal qui a été fait. Elle n’est jamais meilleure que quand elle tourne la politique en dérision pour en dénoncer toute son artificialité et un système de campagne électorale finalement basé sur la performance d’acteur des politiques.

On rit alors beaucoup en écoutant le discours "disruptif" de Georgina Hobart, qui avoue elle-même en coulisse ne jouer que sur son charisme et son capital sympathie. Son ascension fulgurante, à coups d’annonces tonitruantes dans les médias (la proposition d’une Californie séparatiste) n’est pas sans rappeler la façon dont Donald Trump a été élu, version bobo californienne.

© Netflix

Le comble de l’absurde atteint son paroxysme à la fin de ses sept épisodes, quand l’élection du siège de sénateur·rice est à deux doigts de se jouer au ChiFouMi ! La série maîtrise à merveille ses moments les plus WTF et on rit de bon cœur devant cette satire aux rebondissements improbables (mis à part le fait que par deux fois, les opposantes de Payton se retirent en sa faveur pour des raisons plutôt obscures). Le revers de la médaille, c’est qu’on a du mal à croire aux moments plus sérieux ou censés être émouvants, qui requièrent une sincérité de la part des personnages. Les larmes de crocodile d’un Payton aux éclairs de lucidité soudains ne trompent personne.

Les vagues tentatives d’emmener la série vers un dilemme philosophique – la fin justifie-t-elle les moyens ? – sont nulles et non avenues, puisque dès la première saison, Payton et son équipe ont prouvé qu’ils suivaient effectivement une morale conséquentialiste (les conséquences d’une action donnée constituent la base de tout jugement moral de ladite action, ainsi Payton accepte de mentir ou d’être mêlé à des actions douteuses, comme la potentialité de truquer une élection, sous prétexte qu’il veut vraiment changer le monde et sauver la planète d’un désastre écologique).

The Politician capte définitivement l’air du temps. Que ce soit en termes de préoccupations – l’écologie pour une jeune génération qui préfère s’impliquer en solo ou via des associations comme Infinity, reconvertie en militante écolo, que participer au cirque politique – ou de mœurs (la plupart des personnages ont une sexualité fluide). Toutefois, ses personnages sont si satiriques et tant en constante représentation d’eux-mêmes qu’on a du mal à s’y attacher.

On regrette que certains d’entre eux, comme James (Theo Germaine) ou Skye (Rahne Jones) soient sous-exploités quand la team des mean girls blondes et blanches (Alice et Astrid) a, elle, droit à des intrigues poussées et au demeurant, assez cool (l’avortement et une forme de sororité, alors qu’il eut été facile de jouer sur la jalousie entre ces deux-là). Le problème, c’est que derrière l’inclusivité du cast, on a trop souvent l’impression que The Politician ne sait que faire de ses minorités, si ce n’est les cantonner à des stéréotypes (on vous a parlé d’Andrew, stalker jaloux et méchant, le personnage le plus problématique de la série, également handicapé ?).

Comme dans nombre de productions de Ryan Murphy, c’est quand elle assume son cynisme et plonge dans des abîmes d’absurdité que The Politician est la plus divertissante et la plus réussie. La façon dont se termine la deuxième saison présage d’une troisième campagne à venir, pour cette fois, atteindre la Maison-Blanche au pas de course (rien que ça !). On lèvera sans doute les yeux au ciel encore quelques fois, mais on sera là pour voir Payton et sa troupe tenter d’investir le bureau Ovale.

Les deux premières saisons de The Politician sont disponibles sur Netflix.

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