© DC Universe / Netflix

The Umbrella Academy vs Doom Patrol : on a choisi notre camp dans ce match des titans

Deux teams de super-freaks. Deux séries avec plein de points communs. Une critique remontée à bloc. The fight is on !

© DC Universe / Netflix

Il y a des matches qui semblent joués d’avance. À ma droite, The Umbrella Academy, qui avait tous les atours de la favorite : une famille reconstituée et dont les membres ont des super-pouvoirs, grosse production Netflix dont chaque dollar investi se voit à l’écran, et qui s’achète une crédibilité d’office avec son cast, composé entre autres d’Ellen Page (chouchoute du ciné indé) et Robert Sheehan (chouchou des séries depuis Misfits). À ma gauche, l’outsider, Doom Patrol, sortie en scred sur la plateforme DC Universe et introduite dans la toute aussi confidentielle série Titans. Il y est aussi question d’une famille artificiellement composée de parias aux capacités surnaturelles.

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On vous a déjà parlé de la première, il est temps pour vous de faire connaissance avec la seconde. Doom Patrol, c’est d’abord une histoire riche de 56 ans de comics, publiés chez DC Comics et Vertigo, et créés en 1963 par Arnold Drake, Bob Haney, et l’illustrateur Bruno Premiani. Cette adaptation en série, on la doit à Jeremy Carver, qui a notamment officié sur Supernatural et a coshowrunné la version américaine de Being Human. L’histoire, c’est celle d’une bande de parias aux pouvoirs surhumains vivant dans le manoir du Dr Niles Caulder (Timothy Dalton), un brillant scientifique qui les a recueillis et pris sous son aile. Lorsque leur père de substitution disparaît, ils doivent unir leurs forces pour le sauver.

Ces étranges colocataires sont au nombre de cinq : Cliff, aka Robotman, est un ancien pilote de Nascar qui, suite à un grave accident n’ayant épargné que son cerveau, a été transféré dans un corps de robot par le Dr Caulder. Petite particularité de la série, ce dernier est personnifié par Riley Shanahan, mais c’est l’acteur Brendan Fraser qui lui prête sa voix. Idem pour Larry Trainor, aka Negative Man, qui sous ses bandages est incarné physiquement par Matthew Zuk, mais a la voix de Matt Bomer. Larry a été exposé à un champ d’énergie négative lors d’un test d’avion supersonique, avant de se crasher. Il est depuis habité par une entité constituée d’énergie pure et sur laquelle il n’a pas de contrôle.

Rita Farr, alias Elasti-Woman, est incarnée par April Bowlby. Cette ancienne actrice a été exposée à un mystérieux fluide lors d’un tournage en Afrique. Depuis cet incident, son corps se met à se déformer, à dégouliner jusqu’à devenir élastique, dès qu’elle vit des émotions trop fortes. Crazy Jane, interprétée par Diane Guerrero, est l’heureuse détentrice de 64 personnalités différentes, avec chacune un super-pouvoir distinct. Et enfin, le dernier à joindre l’équipe, Vic Stone, alias Cyborg, membre honoraire de la Justice League, qui, comme son surnom l’indique, est mi-homme mi-robot.

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Doom Patrol et The Umbrella Academy partent donc sur des bases communes – une bande de freaks chargés de sauver le monde – et exploite la figure classique du "reluctant hero", le "héros malgré lui". Elles participent aussi toutes deux à un certain renouveau du genre impulsé il y a quelques années par les séries de la CW sorties de l’écurie DC. Vous l’avez peut-être remarqué, récemment, une certaine folie s’est emparée de nos super-héros et héroïnes.

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C’est comme si la série de super-héros avait d’abord dû en passer par des justiciers et justicières qui ont la fibre profondément altruiste, comme Arrow, The Flash, Supergirl, ou Agents of S.H.I.E.L.D. pour Marvel, avant de libérer leur noirceur (et les gros mots) et déchaîner toute leur violence en arrivant sur le câble et les plateformes (Daredevil, Jessica Jones, pour ne citer qu’eux). La dernière étape, c’était donc de briser les chaînes de la solennité qui leur collait un peu trop à la peau.

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Elles s’autorisent désormais à dépasser les bornes, se permettent d’être joyeusement débiles et fofolles. Le meilleur exemple de cette mutation est Legends of Tomorrow, qui devient chaque saison un peu plus fun, embrassant chaque fois un peu plus sa douce folie, jusqu’à atteindre son paroxysme, jouissif, avec "The Good, the Bad and the Cuddly", l’épisode 18 de la saison 3. Legion, dans un tout autre genre, a dépassé les limites, aussi bien visuelles que narratives, pour pénétrer dans la psyché confuse de son tout-puissant mutant, quitte à perdre un peu du sens au passage.

The Umbrella Academy et Doom Patrol, toutes deux sorties le 15 février dernier, respectivement sur Netflix et la plateforme DC Universe, ont donc pour point commun de tenter de subvertir les codes du genre. À l’instar de Legends of Tomorrow, elles mettent en scène des teams de super-héros et héroïnes qui repoussent les limites du bon goût, de l’humour parfois, et placent leurs protagonistes, faillibles, dans des situations un peu dingues.

Mais là où The Umbrella Academy s’efforce de rester "cool" en toutes circonstances, en cédant aux sirènes du bon goût sur fond de BO tout à fait recommandable, Doom Patrol prend le parti opposé. Dès la fin du premier épisode, un âne péteur déclenche un cataclysme pendant que "People Are Strange", des Doors, résonne dans nos oreilles. Vous avez bien lu. Il s’avère que l’animal est un portail vers une autre dimension dont le seul accès se trouve… dans ses boyaux. Alors, dit comme ça, ça a l’air vraiment très très con. Et ça l’est, on est bien d’accord. Mais on n’avait surtout jamais vu ça avant. Et le fait est que sur le terrain de la série de super-héros, Doom Patrol bat à plates coutures The Umbrella Academy, sympa, divertissante, mais trop constipée pour être honnête.

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© Netflix

La première est certes plus cheap que la seconde, qui est visuellement léchée, mais la série DC est intrinsèquement bien meilleure. La prévisibilité des aventures des membres de la Umbrella Academy pèse vraiment sur sa narration, déjà ultra-classique. Doom Patrol, elle, préfère surprendre, sans pour autant se départir du passage obligé par l’origin story. La caractérisation des personnages est rapidement posée dans le premier épisode, quitte à revenir sur certains d’entre eux par la suite et à petites doses.

Si l’on a encore un peu de mal à aimer Rita, encore bien rigide et égocentrée, ou à sympathiser avec ce fils à papa de Vic qui s’est autoproclamé leader, on craque en revanche pour Jane et ses 64 imprévisibles personnalités, Larry, le Dr Jekyll et Mr Negative Man de l’équipe, et même pour Cliff, d’abord dépeint comme un connard imbu de lui-même mais qui a opéré la rédemption la plus rapide du petit écran. Malgré tous ses efforts, The Umbrella Academy ne réussit pas ce tour de force avec pourtant une saison complète sous le capot.

Plus méta, aussi, Doom Patrol prend le parti de commencer les présentations par le méchant, Mr Nobody, doublé par le truculent Alan Tudyk (Firefly, Dollhouse) qui nous dit, en toute arrogance : "Les critiques, qu’est-ce qu’ils/elles y connaissent ? Ils/elles vont détester cette série." Perdu, on adore ! Elle semble se décharger de toute responsabilité en déclarant ça et, du même coup, se donne la permission de faire tout ce qui lui passe par la tête ensuite. Ça aurait pu être très très casse-gueule… C’est en fait complètement fun et assumé.

Doom Patrol est actuellement diffusée sur DC Universe, mais pas encore disponible en France. La saison 1 de The Umbrella Academy est sur Netflix.

Par Delphine Rivet, publié le 15/03/2019

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