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Féminismes et pop culture, le livre qui décortique ces liaisons dangereuses

Publié le

par Marion Olité

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La journaliste Jennifer Padjemi vient de sortir un livre qui analyse nos objets pop, dont les séries, sous un prisme féministe.

Le féminisme est-il soluble dans la pop culture ? Vaste question à laquelle s’attaque la journaliste Jennifer Padjemi (notamment pour Biiinge, où elle analyse en particulier la série Grey’s Anatomy), de laquelle vous avez peut-être déjà entendu la voix déconstruire les représentations de la beauté et du corps avec des spécialistes dans l’excellent podcast Miroir miroir sur Binge Audio. Dans cet essai d’un peu plus de 300 pages, elle poursuit cette réflexion en analysant différents domaines où féminisme et pop culture marchent main dans la main, trébuchant parfois sur leurs paradoxes. 

Dans Féminismes et pop culture, l’autrice se penche par exemple sur le cas de Beyoncé, pas assez féministe pour certain·e·s, et les retombées de sa collaboration avec Chimamanda Ngozi Adichie, mais aussi celui de Rihanna en retraçant son épopée dans l’industrie cosmétique avec sa marque Fenty. Si la mode, la musique, le cinéma ou encore les magazines féminins tiennent une place importante dans sa réflexion, si je vous parle de son livre ici, c’est aussi car Jennifer Padjemi dissèque en particulier l’industrie des séries, en adoptant un angle féministe et intersectionnel.

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Elle se penche notamment sur le cas d’une de ses showrunneuses préférées, Shonda Rhimes, qui a révolutionné la représentation des personnages racisées, en particulier des femmes noires, avec des séries comme Grey’s Anatomy, Scandal ("depuis 1974, aucune actrice noire n’avait été le personnage principal d’une série dramatique", nous apprend-elle) ou How to Get Away with Murder.

L’occasion de découvrir ou d’approfondir des notions comme le black love, les personnages token ou encore les avantages et les limites des castings dits colorblind. Les parcours d’autres showrunneuses noires parmi les plus importantes de leur génération, comme Issa Rae et Michaela Coel, sont également analysés, ainsi que la politique de diversité de Netflix, qui nous a offert des personnages racisés et/ou LGBTQ+ magnifiques dans des séries comme Orange Is the New Black ou Sense8, avant de légèrement rétropédaler ces dernières années.

Et Jennifer Padjemi d’offrir un regard sur une autre thématique fort passionnante de son foisonnant essai : le "feminism washing", ou la récupération d’idées féministes mainstream (du genre le "girl power" ou la figure de la girl boss dans les années 2000, toutes blanches et d’une classe sociale plutôt aisée) pour se faire de l’argent. Ce concept vise aussi à dénoncer les marques qui gagnent de l’argent sur des concepts féministes mais dont les pratiques en coulisses sont à l’inverse de leur communication.

Avant Netflix, d’autres chaînes ont ouvert la porte de la diversité quand elles étaient en manque d’idées pour se renouveler ou quand elles se lançaient, pour se donner une identité et faire parler d’elles. Une fois la notoriété acquise, les politiques éditoriales en matière de séries ont tendance à changer comme par magie quand le diffuseur veut, tout à coup, ratisser large.  

Pour clore ce livre accessible, personnel (l’autrice partage aussi son expérience de consommatrice de pop culture) et engagé, Jennifer Padjemi s’attaque à l’épineuse question de la "cancel culture", démontrant avec force et exemples (notamment celui d’Aziz Ansari, ciblé par des accusations de comportement inapproprié pendant #MeToo, qui revient avec une saison 3 de Master of None sur Netflix, en mai) que ce fameux terme est surtout utilisé par ceux et celles qui ont peur de la révolution féministe intersectionnelle, les conservateurs de tous poils qui "ne peuvent plus rien dire" mais le disent partout, sur tous les médias mainstream de France et de Navarre.

Et plutôt que de répondre de façon tranchée (c’est un peu mission impossible) à sa question initiale, la journaliste lance des pistes de réflexion passionnantes sur les apports et les limites de ces liaisons parfois dangereuses, parfois fructueuses, entre pop culture et féminismes. 

© Stock

Féminismes et pop culture, sorti le 17 mars 2021 aux éditions Stock.

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