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13 Reasons Why, saison 3 : c'est la cata

Après une saison 2 sujette à débat, cette troisième cuvée prouve que la série ado de Netflix aurait dû s'arrêter bien plus tôt.

Malgré un certain temps de réflexion (bon, je n’ai pas passé des heures à me triturer l’esprit non plus, je l’avoue), difficile de mettre la main sur un titre d’article plus adéquat. Après une bande-annonce qui ne présageait pas forcément de bonnes choses, la saison 3 a confirmé ce dont on se doutait déjà : 13 Reasons Why, c’était (beaucoup) mieux avant.

Le chapitre Hannah Baker étant officiellement clos, le hit de Netflix veut désormais qu’on s’intéresse à Ani, de son vrai nom Amorowat Anysia Achola. Hannah, Ani… L’effort n’était pas à l’ordre du jour dans la writer’s room de 13 Reasons Why, c’est le moins qu’on puisse dire. Ani fait ses premiers pas à Liberty High et se retrouve vite impliquée dans les embrouilles de Clay, Jessica et les autres. Un peu comme Hannah jusqu’ici, Ani se charge de la narration, détaillant en voix off les tenants et aboutissants du fil rouge de cette saison 3 dispensable : le meurtre de Bryce Walker.

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Dans un premier temps, on peut applaudir le risque pris par 13 Reasons Why. Miser sur une narratrice qu’on ne connaît ni d’Ève ni d’Adam en plein milieu de parcours, c’est osé. Osé mais raté. L’inclusion d’Ani paraît beaucoup trop forcée pour qu’on ait réellement le temps de se faire à elle, et encore moins pour qu’on l’apprécie. Le plus embêtant dans l’histoire, c’est le temps d’écran qui est accordé à Ani, personnage inconnu au bataillon qui doit faire ses preuves, et celui accordé aux autres protagonistes qu’on meurt d’envie d’explorer davantage comme Justin ou Alex.

L’histoire de Hannah enfin bouclée aurait pu être l’occasion pour 13 Reasons Why de rebondir en se recentrant sur les autres personnages et en creusant des intrigues différentes que celles développées jusqu’alors. En soi, se focaliser sur Tyler et sur les conséquences de son agression sexuelle aurait pu être un arc narratif suffisant sans que la série ne l’entremêle avec le meurtre de Bryce. Car non, je persiste et signe, la mort de ce dernier n’est pas utile à 13 Reasons Why. Elle n’apporte aucune satisfaction et, au contraire, dessert le propos global de la série.

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Si la deuxième saison n’avait pas fait l’unanimité auprès des fans du show, celle-ci avait le mérite d’être ancrée dans un certain réalisme et de montrer les failles du système juridique américain. En saison 3, on envoie valser toute once de plausibilité. Au lieu d’une histoire qui se faisait le miroir d’une jeunesse tourmentée, on est désormais face à un croisement hybride étrange entre How to Get Away with Murder et Riverdale : la première pour le schéma narratif, la seconde pour le côté série ado alambiquée aux storylines improbables (à la différence près que Riverdale, elle, a le mérite de ne pas se prendre au sérieux).

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Concrètement, cette troisième salve d’épisodes n’est là que pour discréditer l’impact de la première et illustre parfaitement, à plus grande échelle, le fossé entre la création et le business sériels. La saison inaugurale de 13 Reasons Why se suffisait à elle-même car elle avait une histoire limitée, claire et contenue, appuyée sur un roman. La suite n’est que pression d’une industrie dont le but unique est de brasser de l’argent. Parce que la série fut un succès à ses débuts, une saison 2 devait voir le jour. Puis une saison 3. Et une saison 4, tant qu’on y est. Ce n’est pas nouveau : Netflix n’a pas vocation à produire des séries de qualité (si elle y arrive, on aurait tendance à dire que c’est tant mieux), mais à produire des séries qui rapportent de la thune – quitte à faire une croix sur toute cohérence narrative au passage.

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Tout n’est évidemment pas à jeter dans cette troisième saison. En guise d’exemple, le traitement accordé aux (rares) personnages féminins adolescents mérite d’être souligné. On pense à Jessica, qui montre depuis maintenant deux saisons comment se reconstruire après un viol. Son expérience traumatique est malheureusement commune, mais sa voie vers la guérison, elle, est singulière. Le fait qu’elle trouve refuge dans un activisme féministe est intéressant. En parallèle, Chloe, sous-exploitée la saison précédente, nous offre une scène d’avortement percutante et mémorable. Mais ces quelques aspects reluisants ne suffisent pas à sauver les meubles.

Je vais être honnête : malgré ma détermination initiale, je n’ai pas pu aller au-delà du quatrième épisode de cette saison 3. Il n’y a pas eu de déclic particulier, simplement un éclair de conscience : cette troisième saison assène le coup de grâce qu’on redoutait tant. 13 Reasons Why aurait pu avoir sa place au panthéon des séries cultes si elle avait su se contenter d’une seule et unique saison. La loi du business en aura voulu autrement, transformant une série ado coup de poing en un vulgaire teen drama racoleur. 13 Reasons Why, cette occasion ratée.

La série est disponible en intégralité sur Netflix à l’international.

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Par Florian Ques, publié le 26/08/2019

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