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Jett, une antihéroïne de série B sulfureuse dans un univers à la Pulp Fiction

Après la violente Warrior, Cinemax frappe une nouvelle fois juste avec ce savant mélange entre film de casse et thriller pulp.

Si HBO aligne les succès en cette saison 2019 (True Detective, Game of Thrones, Chernobyl, Big Little Lies, Euphoria…), sa petite sœur pulp Cinemax n’est pas en reste. Après les péripéties sanglantes et décomplexées de Warrior, la chaîne propose aux premières chaleurs de l’été le thriller stylisé Jett, porté par Carla Gugino. Les fans de The Haunting of Hill House et du film Watchmen n’auront pas manqué de remarquer son talent d’actrice, pleinement exploité dans cette série créée par Sebastian Gutierrez (Judas Kiss, Gothika).

Carla Gugino incarne Daisy Kowalski, dite Jett, une cambrioleuse d’exception finalement arrêtée par la police dans des circonstances douteuses. À sa sortie de prison, elle décide de se retirer de la vie criminelle pour se consacrer à sa fille et à un quotidien plus normal. C’était sans compter sur le parrain Charles Baudelaire (Giancarlo Esposito, aka Gus Fring de Breaking Bad), qui fait appel à ses services pour dérober une bague de grande valeur à un puissant mafieux russe, retranché à La Havane. Mais la petite virée à Cuba va rapidement tourner au cauchemar pour notre Arsène Lupin féminine.

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Sydney Bristow 2.0

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(Ⓒ Cinemax)

Dès son premier épisode, il émane de Jett un sentiment de nostalgie. La série puise autant ses références dans le film de gangster, le thriller pulp et la comédie noire que dans une œuvre à la narration complexe, souvent estampillée J. J. Abrams ces dernières années. Au premier abord, Daisy est une antihéroïne assez insaisissable, sexy et glamour, froide mais passionnée. Elle aborde ses missions de cambriolage comme une certaine Sydney Bristow le faisait quinze ans auparavant, dans la série d’espionnage Alias.

On trouve en effet de nombreux points communs entre Daisy et l’agente du SD-6 : ce sont deux femmes indépendantes qui mènent une double vie, l’une du côté de la loi et l’autre en la transgressant. Toutes deux passent la moitié de leur temps dans la peau d’une autre personne. Ces deux caméléons du petit écran développent d’ailleurs la même technique pour tromper leurs pigeons, à savoir perruques multicolores, robes moulantes et bottines en cuir pour embrasser leur nouvelle identité et récolter des informations.

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Charismatique et imperturbable, Carla Gugino se fond merveilleusement bien dans chacun de ses rôles. Elle apparaît d’abord comme une antihéroïne assez taiseuse, pour mieux se montrer particulièrement émouvante dans les scènes dramatiques. L’actrice écope en plus de dialogues cash, souvent drôles et cassants, qu’elle déclame avec une certaine impertinence qui n’est pas sans rappeler les femmes de Big Little Lies.

Carla Gugino vole clairement la vedette à tous ses camarades (masculins pour la plupart) et n’est jamais filmée de façon vulgaire, malgré des pouvoirs de séductrice dont elle sait user en gardant le contrôle du début à la fin. Une écriture assez remarquable et moderne pour une production d’une chaîne comme Cinemax, qui diffusait du porno dans les années 1990 et s’est toujours considérée comme masculino-centrée.

Le pulp à la sauce braquage

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Toutefois, la petite sœur de HBO respecte bien sa ligne éditoriale dans Jett : le genre du pulp reste le maître-mot, comme dans Banshee, Warrior et consorts avant elle. On retrouve les poncifs, assez jouissifs il faut l’avouer, de la série B, dont des accès de violence très tarantinesques, des méchants excentriques et caricaturaux campés par des acteurs qui cabotinent, et un attrait esthétique pour les couleurs flashy dans la mise en scène. Ce dernier point fonctionne en parfaite harmonie avec le personnage de Daisy, qui renouvelle sans cesse sa garde-robe arc-en-ciel.

Mais qu’en est-il de la partie la plus divertissante, le heist movie ? C’est peut-être le vrai point noir de la série qui, au lieu d’un montage rythmé et inventif à la Boyle ou Soderbergh, a opté pour quelque chose de beaucoup plus sobre et étiré. Plusieurs scènes du premier épisode tirent en longueur pour finalement passer à la vitesse de la lumière lors de la séquence du casse. Heureusement, Jett peut compter sur un cast et des personnages secondaires excellents et attachants, dont Mustafa Shakir, déjà très magnétique dans la saison 2 de Luke Cage.

Malgré le twist de fin du premier épisode, Jett semble prendre le chemin du procédural dans le reste de la saison 1. En d’autres termes, Daisy devra régler un casse par épisode, tout en gérant sa vie de famille et sa double vie de voleuse, tout à la fois à la solde de Charles Baudelaire et Milan Bestic (Greg Bryk, Channel Zero). Une idée rétro paradoxalement rafraîchissante, qui permettra d’éviter le piège du slow burner tout en renouvelant les enjeux de Daisy à chaque épisode.

En France, la première saison de Jett est diffusée en US+24 sur OCS et OCS Go.

Par Adrien Delage, publié le 19/06/2019

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