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Raising Dion est une fable mignonne mais pas totalement aboutie

Ou comment élever un jeune super-héros quand on est une maman noire et célibataire.

Après l’annulation des séries Marvel, Netflix retente sa chance dans le game des super-héros avec Raising Dion (ou "Comment élever un super-héros" en VF), qui s’attache à raconter l’origin story d’un jeune héros. Nicole (Alisha Wainwright) est une ex-danseuse afro-américaine qui court après les petits jobs. Seule depuis la disparition mystérieuse de son mari Mark (Michael B. Jordan), elle doit protéger son petit garçon Dion (Ja’siah Young) qui semble soudainement développer de curieux pouvoirs surnaturels. Elle peut heureusement compter sur le soutien moral de ses copines et de l’aide complice de Pat (Jason Ritter), l’ex-BFF de Mark.

Le postulat de départ de Raising Dion est donc plutôt intrigant. Hélas, le mélange des genres, entre la chronique familiale qui se penche sur la question raciale dans l’Amérique contemporaine, et la fable fantastique, ne s’opère pas aussi bien qu’on aurait pu l’espérer. Comme le laisse entendre la différence entre le titre français et celui d’origine (qui signifie juste "élever Dion"), la série a le cul entre deux chaises et le message qu’elle renvoie est confus. Mais peut-être que chacun y trouvera son compte…

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Il y a pourtant une belle énergie derrière l’histoire de cette mère qui galère et doit élever seule son fils noir alors qu’il est confronté pour la première fois de sa vie au racisme de ses contemporains. Comment prépare-t-on un enfant à cela ? Voilà une question que les familles blanches n’ont jamais à se poser et qui est pourtant tellement centrale dans l’éducation des personnes racisées.

Aux États-Unis, on appelle ça "The Talk". Ce moment, parfaitement restitué dans l’épisode 12 de la saison 4 de Black-ish, où les parents tentent d’expliquer à leur enfant les discriminations, les violences et les micro-agressions quotidiennes auxquelles il devra faire face. Raising Dion s’attaque aussi, avec beaucoup de sensibilité et de justesse, à cette discussion aussi difficile que nécessaire lorsque le garçon demande à sa mère pourquoi le principal de son école a immédiatement pensé qu’il avait déclenché une bagarre avec un camarade (blanc).

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La série file la métaphore — sans doute trop discrètement pour son bien — avec cet enfant devant apprendre à contrôler ses super-pouvoirs pour ne pas s’attirer de problèmes, la société présumant qu’il a la violence dans ses gènes parce qu’il est noir. Tout le fardeau reposant sur les épaules de Nicole est donc de faire de Dion un enfant exemplaire.

Sauf que son fils, drapé de l’insouciance de son jeune âge, trouve avec ses pouvoirs extraordinaires une nouvelle façon de s’exprimer, de donner vie à ses émotions. Tout l’enjeu de son éducation sera donc de rechercher l’équilibre entre l’encourager à faire ce qui lui plaît, ou le forcer à se conformer à ce que la société attend de lui. En cela, Raising Dion réussit son pari haut la main. La chronique familiale est bien menée, et les scènes entre sa mère et lui sont pleines de tendresse.

Attention, spoiler sur la saison 1 !

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La fable super-héroïque, elle, a bien du mal à se faire une place dans ce récit. La série peine ainsi à trouver un équilibre et reste, dans sa structure, bien trop sage. À commencer par un grand méchant qui manque cruellement de présence. Bien des œuvres du genre s’y sont cassé les dents. Un héros ou une héroïne ne peut briller si le vilain n’est pas à la hauteur.

De nombreux scénaristes oublient qu’il devrait être traité non comme un simple antagoniste se plaçant en travers de la quête du héros ou de l’héroïne, mais bien comme un personnage à part entière. C’est ce qui a fait la force de la saison 1 de Jessica Jones avec Kilgrave, ou de Black Panther avec Killmonger, pour ne citer qu’eux.

Ici, le "Crooked Man", tel qu’il a été baptisé par Dion, ne révèle son identité et ses motivations qu’à la toute fin. La révélation fait moins l’effet d’un twist que d’une trahison. Ce retournement de situation est un peu paresseux et réclame de nous que l’on se mette à détester Pat, après avoir passé huit épisodes à l’aimer — bien qu’il soit atteint du syndrome du "nice guy", un forceur qui se met à péter un câble quand la femme qu’il convoite se refuse à lui malgré sa "gentillesse" clairement intéressée.

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Raising Dion n’arrive finalement jamais à réconcilier les deux facettes qui la composent et son final ne fait, hélas, pas vraiment d’étincelles. Peut-être trouvera-t-elle cet équilibre si nécessaire en saison 2 (si Netflix la renouvelle, ce dont on ne doute pas vraiment).

La première saison de Raising Dion est disponible en intégralité sur Netflix.

Par Delphine Rivet, publié le 11/10/2019

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