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Reprisal ou le retour de la série pulp et jouissive façon Banshee

La revanche (sanglante) d'une blonde.

Pendant que Netflix et Amazon rivalisent de programmes calibrés pour Noël à l’approche de la fin de l’année, Hulu a pris un virage radicalement différent. La petite plateforme américaine, dont Disney détient désormais majoritairement les droits, n’a que faire des douceurs et de la tendresse qu’impliquent les fêtes hivernales. C’est en tout cas le message qu’elle transmet avec la sortie de Reprisal, une série pulp violente, sexy et sans concession.

Reprisal, c’est l’histoire de Katherine Harlow (Abigail Spencer, vue dans Mad Men et Rectify), une femme laissée pour morte par son frère et un gang sudiste qui fait dans le trafic de drogues et crimes du même genre. Des années plus tard, Katherine est devenue Doris Quinn, la femme d’un honnête restaurateur sur le point de mourir. En vérité, elle s’est servie de cette nouvelle identité pour se faire oublier de ses bourreaux et préparer en secret sa vengeance, qui débutera en infiltrant leurs rangs à l’aide d’un mystérieux allié appelé Ethan (Mena Massoud, l’Aladdin du dernier film en live action de Disney).

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Le pulp au féminin

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La recette du pulp n’est pas toujours très évidente à mettre en place à l’heure actuelle. Dans une société progressiste et une ère de Peak TV qui invite à l’inclusivité et à la diversité, un genre qui appartient au cinéma d’exploitation, qui plus est très masculin, peut faire tache voire carrément devenir obsolète. Le twist imaginé par le scénariste et showrunner Josh Corbin (StartUp) est d’en faire un revenge thriller, très en vogue dans le cinéma de genre depuis quelques années (Revenge de Coralie Fargeat, Lady Vengeance de Park Chan-Wook et le diptyque culte Kill Bill de Tarantino), avec une héroïne sophistiquée à la clé.

Ainsi, Josh Corbin plonge Katherine Harlow dans l’univers impitoyable et sanglant du pulp, où l’on retrouve tous les poncifs du genre : une femme fatale, l’Amérique profonde, des dialogues pleins de second degré, une BO orientée rockabilly et country, des antagonistes rednecks, patibulaires et à peu près tous psychopathes… Pour les seconds rôles, le showrunner s’est assuré de trouver des mecs qui ont la gueule de l’emploi et sont habitués aux rôles de grands méchants : Rodrigo Santoro (Hector dans Westworld), Rhys Wakefield (le premier tueur d’American Nightmare), David Dastmalchian (le sociopathe de Prisoners)…

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De fait, Reprisal a un côté cartoon assez plaisant dans sa manière de traiter ses personnages. On pense également aux noms des différents gangs de la série, des Goules aux Castagneurs, qui pourraient clairement sortir d’un comics Marvel. Mais le showrunner s’efforce d’apporter un aspect prestige à son œuvre pulp, en essayant de complexifier voire d’humaniser ses antihéros. Le premier épisode s’attarde notamment davantage sur les brutes que sur Katherine, afin de créer un semblant d’affect sur ces durs à cuire qui ont une épée de Damoclès appelée vengeance au-dessus de leur tête.

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Cette notion de prestige se retrouve d’ailleurs dans la narration et la mise en scène de la série. L’aspect le plus jouissif du pulp, la violence si démesurée qu’elle en devient absurde et cathartique, est ici mis en retrait dans les premiers épisodes. Josh Corbin parie sur la patience des spectateurs qui se laisseront ainsi envahir par l’aspect slow burner de son œuvre, à savoir un pétard à la mèche longue qui se fera explosé avec des gerbes de sang et d’os brisés.

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Pour garder l’intérêt des sériephiles, le showrunner a deux atouts dans sa manche. D’abord, on pense à sa mise en scène feutrée et élégante, qui n’est pas sans rappeler le travail de Nicolas Winding Refn, l’ésotérisme des couleurs fluo en moins. Ensuite, il s’agit évidemment d’Abigail Spencer, qui brille en antihéroïne taiseuse, autoritaire et froide. Son personnage, plus proche d’une Cersei Lannister que d’une Jessica Jones, écope en plus d’une belle part de mystère puisque les véritables raisons de sa vengeance ne sont pas exposées dès le début de l’histoire.

Reprisal est l’héritière d’un genre qui a souvent brillé à travers la virilité et la masculinité de ses leaders. On pense évidemment à Banshee en tête, série culte de la décennie qui a démocratisé le genre sur le petit écran. Puis, le pulp s’est ouvert à plus de diversité via la plus confidentielle Hap and Leonard de Sundance TV, qui proposait déjà un héros noir et homosexuel dans son duo principal.

En 2019, le genre a encore passé un cap avec la très sulfureuse Jett, qui comme Reprisal, propulsait une femme dans la peau d’une cambrioleuse avide de vengeance. Souvent miroir de la société, les fans de pulp, et les spectatrices femmes en particulier, ont désormais des modèles de référence pour faire la révolte dans et en-dehors du petit écran.

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En France, la première saison de Reprisal reste inédite.

Par Adrien Delage, publié le 11/12/2019

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