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La saison 3 de Scream est un massacre (et pas dans le bon sens du terme)

Il est temps d'arrêter le massacre.

Attention, cette analyse contient des spoilers. Il est fortement conseillé d'avoir visionné toute la saison avant de poursuivre la lecture.  

Alors qu’on n’avait plus aucune news de la série Scream, librement inspirée du film culte de 1996 réalisé par Wes Craven et écrit par Kevin Williamson, l’annonce en catimini de la diffusion imminente d’une saison 3 (tournée entre septembre et novembre 2017) ne présageait rien de bon. Tout comme son transfert de MTV vers une de ses chaînes filiales, VH1. Mais comme toute fan du film original qui se respecte, je n’ai pas pu m’empêcher d’aller jeter un œil à cette nouvelle livraison de six épisodes. 

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Exit Sidney Prescott, exit Emma Duval, bonjour Deion Elliot. Star de l’équipe de football de son lycée, le jeune homme en quête d’une bourse pour faire des études supérieures est rattrapé par une tragédie personnelle, survenue à Halloween quand il était âgé d’une dizaine d’années. Alors qu’il traînait avec son frère jumeau, Marcus, déguisé en Ghostface, dans un parking désaffecté, ce dernier a été tué sous ses yeux par un homme à la main en forme de crochet (oui on est sur une ambiance Scream meets Souviens-toi l’été dernier). Des années plus tard, l’adolescent reçoit des messages menaçants, et ses proches commencent à tomber comme des mouches. Ghostface – et sa voix originale signée Roger L. Jackson – est de retour. Pour le meilleur mais surtout pour le pire. 

On ne prend pas les mêmes et on recommence

Si le concept est forcément alléchant, la franchise sérielle Scream n’a jamais vraiment fonctionné. Et je ne dirais pas que c’est la faute de son format, puisque bon nombre de films d’horreur cultes ont connu de multiples suites (certes, aux fortunes diverses) sur grand écran. Si on peut faire 11 films sur Michael Myers (la franchise Halloween), on peut imaginer une série de plusieurs saisons autour du serial killer méta Ghostface. La tueuse de ce Scream: Resurrection le dit elle-même : dans ce genre de film, les victimes ne sont pas les plus intéressantes, ni même les survivant·e·s. C’est celui ou celle qui porte le masque dont on ne peut pas se passer. 

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Non, le vrai problème de la série Scream, c’est qu’elle n’a jamais bénéficié d’un soin extrême, que ce soit dans sa réalisation, son écriture ou son casting. Comme dans les deux premières saisons, certains des ados jouent comme des pieds, ou sont dirigés comme des pieds, au choix. Quand vous êtes sur le point de vous faire tuer ou au contraire que vous découvrez le cadavre de votre love interest dépecé, il faut CRIER ! Si les héroïnes de slasher comme Jamie Lee Curtis ont été surnommées les "scream queens", ce n’est pas pour rien. Votre vie ou celle de vos potes, voir de votre mère ou père, est en danger. Ici, les protagonistes ne semblent pas vraiment au courant des enjeux. Leurs réactions sont parfois dignes d’un soap opera. On a envie de leur secouer les puces et de leur rappeler qu’on n’est pas dans Pretty Little Liars en fait. Comme les deux précédentes saisons, cette saison 3 a misé sur des héros au charisme d’huîtres, tandis que certains protagonistes secondaires s’en tirent beaucoup mieux. Problème : on est censés avoir envie de voir les victimes s’en sortir. Or là, c’est tout le contraire. J’avais envie que les deux tueurs dessoudent Deion (RJ Cyler) et Liv (Jessica Sula), et plus vite que ça s’il vous plaît. 

Du méta, en veux-tu en voilà 

Ce reboot est d’autant plus frustrant que tout n’est pas à jeter. On sent dans l’écriture une volonté d’être plus méta que dans les premières saisons. Les références au film de 1996 sont nombreuses. Le personnage de la gothique Beth – incarnée par la prometteuse Giorgia Whigham – est une variation, avec un twist, de celui de Randy dans les deux premiers Scream. C’est une mordue de film d’horreur, qui rappelle à tout le monde les codes du slasher, avec lesquels cette troisième saison fait un peu tout et n’importe quoi. Parfois, c’est bien vu : par exemple, après la scène de sexe, ce n’est pas la fille qui meurt comme d’habitude, mais le mec. Le surnom de la bande – le "Deadfast Club" en référence au film Breakfast Club car ils se sont connus en colle – est bien vu. Il y a de l’idée, des clins d’œil à des films récents comme Get Out. Mais l’écriture reste terriblement paresseuse. Quand elle tient quelque chose, elle reste en surface, à l’image de ces dialogues sur le fait que les ados savent qu’ils sont dans un reboot. Pourquoi, comment, donnez-nous du contexte ! Les événements des deux premières saisons sont-ils préexistants, que signifie le masque pour ces ados avant les événements si on n’est pas dans un "screamverse" ? 

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J’ai aimé le personnage over the top de Kym (Keke Palmer), la "social justice warrior" au BFF gay (qui meurt malheureusement trop vite). Comme l’idée de faire l’inverse des slasher habituels, où les personnages blancs sont surreprésentés. Cette fois, le casting est à majorité afro-américain, et cela apporte un ton et des dialogues différents.

Reste que les scènes de tuerie manquent terriblement de rythme, du côté du bourreau comme de la victime. Et les scènes d’explications ou de suspicions, classiques incontournables du genre slasher, sont amenées avec la subtilité d’un éléphant dans un magasin de porcelaine. Du côté des tentatives méta ratées, il y a cette scène d’intro avec Paris Jackson, clin d’œil à celle de Drew Barrymore dans Scream. Pour prendre le contre-pied de la scène originale, les scénaristes ont décidé qu’il ne se passerait… rien. Voilà qui est symptomatique de la fainéantise de l’écriture, là où un Scream 4 se creusait la tête pour nous sortir une scène d’inception géniale. On s’y perd aussi du côté de l’origin story de Deion, qui connaît un twist dans le dernier épisode pour le moins risible, à base d’échange de frères jumeaux. Tout à coup, nous voilà plongés dans un mauvais soap. Il faut dire que le showrunner, Brett Matthews, est passé par la case Supernatural et Vampire Diaries, deux séries à succès, certes, mais bien plus soft et à tendance soap que la franchise Scream

La révélation des serial killers est aussi quelque chose d’assez méta, clin d’œil aux deux meurtriers du premier Scream : on a d’un côté le demi-frère qui a un motif et estime que Deion est responsable de tout ce qui ne va pas dans sa vie (team Billy Loomis) et de l’autre une accro aux films d’horreur née sociopathe (team Stuart) qui a bien révisé ses classiques. Mais quitte à subvertir toutes les règles du slasher (cette saison en brise un paquet, à commencer par le fait que le tueur n’utilise pas que son bon vieux couteau), on aurait aimé une fin un peu dingue, où c’est la tueuse qui s’en sort par exemple. Mais non : on assiste à un massacre assez prévisible de cinq ados, sur fond de secrets en mousse. 

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Au-delà des énormes défauts de cette "résurrection" de Ghostface, Scream n’est-elle pas par essence trop méta et autoparodique pour être elle-même rebootée avec succès ? À moins de voir débarquer un nouveau Kevin Williamson, ou qu’un Jordan Peele s’attaque lui-même à la franchise, Ghostface a peut-être passé son dernier coup de téléphone.  

Par Marion Olité, publié le 18/07/2019

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