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Swamp Thing : le plaisir des frissons de l'été dans la terreur du marais putride

Injustement annulée après un épisode, la nouvelle créature de DC Universe baignait pourtant dans des eaux rafraîchissantes.

Aux États-Unis, DC Universe a fait une entrée remarquée dans le game des plateformes de streaming. Avec ses productions super-héroïques, le géant américain a trouvé un créneau parfait entre l’annulation des séries Marvel de Netflix et l’univers aseptisé de l’Arrowverse sur la CW. Après la noirceur prenante de Titans et le surréalisme émouvant de Doom Patrol, DC Universe occupera l’été de ses abonnés avec l’horrifique Swamp Thing, du nom du personnage créé par Len Wein et Berni Wrightson en 1971.

Dès les premiers épisodes, les lecteurs de comics remarqueront que les showrunners Gary Dauberman (Ça) et Mark Verheiden (Daredevil) ont pris de grosses libertés avec l’origin story du héros : Alec n’est pas l’auteur de la catastrophe qui souille le marais, l’oncle pernicieux d’Abby a été remplacé par un père adoptif malfaisant, la ville de Marais est bien plus présente dans le récit et le personnage pourtant essentiel de Linda Holland a carrément disparu. Mais dans les grandes lignes, on retrouve à la clé une ambiance horrifique, un cadre d’action plus contemporain et un sous-texte qui explore les conséquences de la pollution.

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L’héroïne de la série est la jeune scientifique du CDC Abby Arcane, dépêchée dans sa Louisiane natale après le déclenchement d’une violente épidémie. Le virus, né dans le marais de la ville, semble à première vue incurable et très mortel. Pour trouver une solution et réguler la contamination, Abby se lie d’amitié avec le biologiste Alec Holland qui étudie le phénomène depuis quelque temps. Mais au cours d’une enquête dans les eaux putrides, ce dernier tombe dedans et en ressort sous une forme mi-humaine mi-végétale, développant une étrange connexion avec la nature environnante.

Un hommage à Carpenter et Del Toro

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Pour favoriser l’immersion dans cet univers macabre et poisseux, Swamp Thing a été partiellement tournée dans les marais de la Caroline du Nord. Ainsi, l’atmosphère de la série dégage quelque chose de très organique, voire oppressant, qui rappelle les productions horrifiques des années 1980-1990. Dans la même idée, l’équipe des effets spéciaux a créé un costume en latex qu’enfilait l’acteur Derek Mears (Vendredi 13) pour incarner la créature, plutôt que de tout miser sur la CGI et l’utilisation d’effets numériques.

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Malgré la présence de James Wan, l’architecte de l’univers The Conjuring au cinéma, à la production, on ne ressent pas tellement la patte du réalisateur dans la série. Au contraire, il a mis de côté ses gimmicks axés sur le jump scare et les productions low budget, au profit d’un retour au travail à l’ancienne. Impossible de ne pas penser à la Créature polaire de John Carpenter voire aux différents monstres féeriques de Guillermo del Toro quand on voit celle de Marais prendre vie.

À travers ce souci du détail et une envie de revenir aux bases, Swamp Thing parvient à rendre son univers réaliste et aussi nauséabond que dans les cases d’Alan Moore. Abby est une sorte de Blanche-Neige prise au piège du bayou vivant et maléfique de la Sorcière, avec pour seul soutien les dernières émotions humaines d’Alec. Là aussi, on retrouve des thématiques aperçues régulièrement dans le cinéma du réalisateur de l’oscarisé La Forme de l’eau, dont l’amour impossible entre une humaine et un être xénomorphe.

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En parlant des personnages, leur écriture oscille entre vraies bonnes idées et gros archétypes américains du genre. Même si Abby est une femme indépendante et débrouillarde, elle passe régulièrement pour la princesse innocente que le vilain Quasimodo du marais devra sauver. Dans son écriture, on sent également une inspiration du côté de l’excellente Sharp Objects et son héroïne Camille, Abby incarnant une femme blessée qui revient dans sa ville natale avec beaucoup d’appréhension. Elle mène d’ailleurs une forme d’enquête qui sera perturbée par les relents d’un traumatisme entre elle et sa mère (adoptive ici).

Cela dit, l’actrice Crystal Reed, plutôt habituée aux séries de network formatées (Teen Wolf, Gotham, Les Experts), s’en sort extrêmement bien et livre une palette d’émotions exhaustive. En revanche, on ne passe pas à côté de certains stéréotypes super-héroïques, dont le génie diabolique et philanthrope très méchant ou encore le scientifique fou à lier. La série s’en sort beaucoup mieux quand ses antagonistes n’ont ni corps ni tête, mais prennent la forme de cadavres végétaux dont les branches grinçantes et les griffures de fougères infligeraient une peur bleue à Batman.

Écologie et économie des moyens

Pour les amateurs d’horreur, la qualité de Swamp Thing réside dans sa capacité à jouer sur plusieurs registres du genre : l’épidémie et les parasites façon zombie, la revanche de Dame Nature comme dans un film catastrophe et bien évidemment les monstres cauchemardesques. On disait d’ailleurs que James Wan n’avait que peu d’impact sur la production, mais ce n’est qu’à moitié vrai : le réalisateur du premier Saw et l’insoutenable Death Sentence souffle un vent de séquences sanglantes et explicites à l’écran, qui vous secouent régulièrement les tripes et assurent un visionnage rythmé.

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Si l’univers sinistre et l’atmosphère glauque du show sont une réussite, Swamp Thing passe à côté de son propos voire message engagé sur l’écologie. Certains dialogues sur le sujet sont balourds et ne prennent aucune pincette pour nous faire comprendre que le marais se défend de la pollution jetée par l’homme, plutôt que de l’attaquer par pure perfidie. Au final, ce sous-texte environnemental n’apporte pas grand-chose à l’intrigue, si ce n’est de montrer qu’au-delà de son aspect putride, les marais sont un véritable écosystème qui souffre également du passage de l’être humain.

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Mais en dépit de ses atouts horrifiques, sa production solide et inspirée et d’acteurs qui font le job, Swamp Thing a été annulée le lendemain de la diffusion du premier épisode. Une décision invraisemblable et extrêmement rapide, qui ne serait pas à imputer à DC Universe mais bien aux patrons au sommet de la hiérarchie, AT&T. Les exécutants de la société n’auraient pas apprécié l’aspect gore de la série et encore moins les coûts de production importants, qui seraient déjà à l’origine d’une saison raccourcie de trois épisodes.

En réalité, les arguments de AT&T ne seraient que du vent puisque le lancement de DC Universe contrecarre les plans de WarnerMedia, une autre compagnie appartenant au géant américain, qui souhaite lancer sa propre plateforme de streaming (et récupérerait donc les productions DC Entertainment comme Titans et compagnie). Les fans ont peu de chance de connaître un jour la triste vérité, déception encore plus grande quand on apprend dans les colonnes de Business Insider que Swamp Thing aurait dû s’étaler sur trois saisons avant de lancer un spin-off sur la Justice League Dark…

En France, la première saison de Swamp Thing reste inédite.

Par Adrien Delage, publié le 24/06/2019

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