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The Protector : un nouveau super-héros à la chemise ottomane magique

Le combat des Loyaux contre les Immortels promet d’être explosif mais aussi parsemé de stéréotypes si chers aux œuvres du genre. Attention, légers spoilers.

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Netflix ne connaît plus de frontières pour produire ses séries. L’Amérique latine avec Narcos et 3%, l’Allemagne avec Dark et Dogs of Berlin, le Danemark avec The Rain, l’Inde avec Le Seigneur de Bombay… La plateforme de streaming multiplie les productions à l’international pour séduire toujours plus d’abonné·e·s dans le monde entier. En ce froid mois de décembre, elle nous embarque dans les rues moites et animées d’Istanbul avec The Protector, sa première série turque, sorte de mix improbable entre Iron Fist et Gomorra.

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Hakan est un jeune homme de la classe moyenne dont le rêve est d’ouvrir une boutique dans le célèbre grand bazar de Turquie. Malheureusement, il n’a pas de diplôme et son père adoptif est un modeste vendeur de tapisserie. Pour couronner le tout, son meilleur ami et partenaire Mémo dilapide toutes leurs économies dans des jeux d’argent.

La vie d’Hakan bascule le jour où son paternel est assassiné pour l’acquisition d’une chemise ottomane, dotée de pouvoirs magiques selon une ancienne légende. Le justicier en herbe devra alors accepter son destin et devenir le Protecteur d’Istanbul en tuant les Immortels, des entités maléfiques qui veulent détruire le monde.

Superhero landing

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Les deux premiers épisodes de The Protector proposent une exposition trop classique. Binnur Karaevli, la créatrice de la série, respecte à la lettre tous les tropes du genre du super-héros : Hakan est orphelin, décrit comme un jeune homme courageux et séduisant, dont la vie normale est perturbée quand il fait la découverte de son monomythe. Les étapes du voyage initiatique du Protecteur ne sont guère plus surprenantes : la découverte des pouvoirs à l’aide d’un artefact magique, le déni de sa destinée, puis l’acceptation, l’entraînement et enfin le début de la quête, manichéenne évidemment.

Ce conformisme est renforcé par la mise en scène formatée du show. The Protector n’a pas vraiment choisi son camp entre les productions brandées Arrowverse et celle de (feu) Marvel made in Netflix. Le ton léger, ponctué de quelques vannes, vire fréquemment dans le dark lors des scènes de baston sanglantes, alourdies par des ralentis omniprésents, comme si Iron Fist rencontrait Arrow. On ne peut d’ailleurs s’empêcher de voir quelques rapprochements entre Hakan et Daniel Rand (dont leur candeur affligeante), tant l’équilibre entre approche réaliste et intrigue fantastique est bancal dans les deux premiers épisodes.

Cela dit, on se prend rapidement d’affection pour Çagatay Ulusoy, l’interprète du Protecteur. Si le personnage épouse parfois l’archétype du macho d’un autre âge, l’acteur est attachant et se montre convaincant lors des scènes où se fait ressentir l’urgence. Si l’intrigue de la série est par moments prévisible et amoncelle les clichés, elle reste addictive à la manière d’un Riverdale. Sa règle des trois fondamentaux (action, sexe et jump the shark à tire-larigot) a fait ses preuves pour créer un sentiment de rendez-vous quotidien et le show reste finalement assez haletant pour qu’on ait envie d’enchaîner les épisodes (plutôt courts et rythmés, probablement une leçon tirée des shows Marvel et leur insupportable ventre mou du mid-season).

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L’autre aspect intrigant de The Protector repose bien évidemment sur son univers, sa mythologie. Si elle reste très éloignée des rosters ultrapopulaires des deux grandes maisons américaines d’édition de comics, la série s’inspire quand même des personnages mythiques de DC et Marvel, mais a le mérite de faire appel à sa propre culture. La légende de la chemise ottomane nous replonge dans les contes des Mille et Une Nuits, tandis que le show propose en filigrane un discours intéressant sur la jeunesse oubliée d’Istanbul, étouffée par le poids de l’héritage familial et enfermée dans un système qui entretient l’échelle de la pauvreté. Reste à voir si la série exploitera davantage son sous-texte dans la suite de la saison.

Enfin, impossible de parler d’une série de super-héros sans évoquer ses méchants. La plupart du temps, elle gagne en saveur grâce aux principaux antagonistes, notamment à travers leur psychologie et leurs motivations. Ces dernières années, le grand et le petit écran ont d’ailleurs su tirer le meilleur des grands vilains (Thanos, Wilson Fisk, Kilgrave…). Pas de chance pour The Protector, qui chute directement dans la deuxième catégorie, entre des mafieux patibulaires et des Immortels nihilistes, sans discours cohérent, qui font vite retomber les enjeux du show. Là encore, l’affrontement d’une chemise magique contre des objets mystiques n’a rien de très inédits, aussi stylés soient les accessoires créés pour l’œuvre.

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Vous l’aurez compris, The Protector n’offre rien de très original dans le genre mais son scénario addictif, quoique bas du front, pourrait bien en séduire quelques-un·e·s, fatigué·e·s de se taper des prestige dramas tous les mois de l’année. Restent les décors envoûtants d’Istanbul et ce combat du bien contre le mal qui, a défaut d’avoir le budget pour des plans-séquences de dix minutes dans un couloir, s’annonce explosif et comblera les fans de fantasy orientale.

La première saison de The Protector est disponible en intégralité sur Netflix.

Par Adrien Delage, publié le 17/12/2018

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