Séries et homosexualité : on y est presque, mais pas tout à fait

L’homosexualité et le monde des séries, c’est une véritable histoire d’amour, avec des hauts et des bas.

OK, on ne va pas faire de langue de bois : depuis plusieurs années, on assiste à une meilleure représentation des personnages homosexuels, gays et lesbiennes confondus, dans la "sériesphère". Plus le temps passe, plus les tabous s’estompent (encore heureux). À la clé, les téléspectateurs en quête de protagonistes LGBTQ+ forts et nuancés sont de mieux en mieux servis. Si les homosexuels blancs restent en supériorité numérique, on remarque une augmentation de personnages intersectionnels (c’est-à-dire appartenant à plusieurs minorités sociales). De plus, la manière d’aborder l’homosexualité évolue.

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En 2017, il est nécessaire de saluer des séries comme This Is Us pour avoir mis en lumière des personnages gays âgés, brisant le mythe de l’homo jeune et pimpant, forcément bien gaulé. Dernièrement, en dépit de son genre over the top et sanglant au possible, la méconnue Blood Drive prolonge cette avancée avec un couple d’hommes qui ne correspond pas aux critères de beauté hollywoodiens, ni aux attentes communes concernant les relations amoureuses. De l’autre côté du spectre, The Fosters continue de faire un job plus que satisfaisant en montrant l’éveil sexuel de Jude, personnage mineur en pleine puberté. On salue aussi Modern Family, une des premières séries à avoir dépeint un couple homosexuel normcore et à avoir introduit l'homoparentalité dans un show ultrapopulaire, et ce dès les premiers épisodes.

Jude et son petit ami d’un temps, Connor, dans The Fosters. (© Freeform)

Il faut de toute évidence mentionner des séries comme How to Get Away with Murder et la miraculée Sense8 pour avoir eu le cran de repousser les limites de leur format et osé représenter la sexualité homosexuelle de façon plus explicite. Malgré tout, ce n’est pas encore ça. Alors oui, on peut reprocher à la communauté LGBTQ+ d’en exiger toujours trop et d’être une éternelle insatisfaite. On vous passe le trope déplorable du "bury your gays", qui a encore trop souvent lieu (poke The 100 et The Walking Dead avec le personnage de Denise) pour se concentrer sur de maigres efforts à accomplir, facilement atteignables aussi bien du côté des scénaristes de séries que du milieu médiatique.

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Des homos… hétéronormés

Alors que davantage de visibilité est accordée aux protagonistes homosexuels, on finit par remarquer un dénominateur commun. La majorité de ces derniers mène des vies très hétéronormées. Attention cela dit, ce n’est pas une mauvaise chose. Loin de là, puisqu’en présentant des personnages dont la première caractéristique n’est pas leur orientation sexuelle, cela contribue à les rendre moins superficiels et à les creuser au-delà d’une simple étiquette. Le revers de la médaille, c’est qu’on oublierait presque l’existence d’autres homosexuel(le)s, qui eux répondent aux stéréotypes.

Il y a plusieurs années, bien avant que la société ne soit aussi ouverte d’esprit qu’à l’heure actuelle, un gay était assimilé à une féminisation outrancière tandis qu’une lesbienne héritait du cliché de la butch (comprendre à l’allure très masculine avec un look proche de celui des hommes). En réalisant comme par magie que, non, tous les homosexuels ne rentrent pas dans ces cases très réductrices, les séries se sont mises à inclure des personnages ouvertement homos mais d’apparence hétéro. On pense alors à Kaldrick King, un rappeur hyperviril qui finit par assumer son orientation dans la série canadienne The L.A. Complex. Une perception hétéronormée, qui s’est également reflétée dans les rapports internes à la communauté LGBTQ+ hors de l’écran.

Kaldrick King, la masculinité à son apogée dans The L.A. Complex. (© The CW)

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En effet, il n’y a qu’à faire un rapide tour sur Grindr et autres applications de rencontres pour saisir que les "folles" sont mal vues dans une communauté pas si acceptante que ça. Plus un(e) homosexuel(le) rentre dans le moule hétéro, plus il(elle) est considéré(e) et loué(e). Ne nous méprenons pas, c’est une avancée notable, étant donné que bon nombre de lesbiennes ne portent pas nécessairement une coupe garçonne et une chemise en flanelle tout en conduisant un camion tous les week-ends. Seulement, à trop vouloir éviter les clichés, on finit par oublier de représenter une partie injustement écartée de la communauté LGBTQ+.

Récemment, dans Riverdale, le personnage de Kevin Keller a été sous le feu des critiques, car jugé trop unidimensionnel et répondant au stéréotype du "gay best friend". Pourtant, est-ce une si mauvaise chose ? Ce personnage existe IRL, il serait dommage de ne pas le représenter. Tout ce qu’on pourrait demander, en revanche, serait de l’approfondir davantage afin qu’il ne soit pas uniquement caractérisé par sa connaissance de la mode et son goût tout particulier pour les potins en tout genre.

En parallèle, des séries comme Unbreakable Kimmy Schmidt et The Real O’Neals ont des personnages gays pour le moins flamboyants. Cela veut-il dire qu’il serait impossible d’inclure un personnage homosexuel efféminé sans qu’il en devienne un ressort comique ? Là aussi, la marge de progression est mince. Heureusement, certaines œuvres telles qu’Orange Is the New Black (avec Boo) et Scream (avec Audrey) ont su porter à l’écran des personnages lesbiens résolument butch et pourtant loin d’être seulement un type.

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Un gay ou une lesbienne, il faut choisir

De nos jours, avoir un personnage homosexuel dans une série est à la limite du prérequis, sous peine d’être taxé, au mieux, de personne peu ouverte d’esprit, au pire d’homophobe. En avoir deux ? Quelle idée ! Trop souvent, les séries s’autorisent l’inclusion d’un seul et unique personnage LGBTQ+ (très souvent homosexuel). Remplir les quotas, vous dites ? Oui, très probablement. Il n’empêche qu’on ne croise que rarement un gay et une lesbienne ensemble, réunis dans une même œuvre, et encore moins une même scène.

Kurt et Santana, la preuve qu’un gay et une lesbienne peuvent cohabiter (littéralement) dans une série. (© Fox)

Dernièrement, certaines ont tenté d’inverser la tendance. Ce fut le cas avec l’injustement annulée Faking It, véritable modèle d’inclusion sur le petit écran, parti trop tôt. Avant elle, The L Word s’autorisait l’apparition d’un personnage homosexuel et d’un homme transgenre parmi sa tribu de lesbiennes lookées hollywoodiennes. Du côté de la CW, il faut plutôt se tourner vers The 100. On ne peut oublier Glee et autres séries estampillées Ryan Murphy qui, bien qu’elles possèdent leur lot d’imperfections, peuvent au moins se targuer d’inclure des gays et des lesbiennes, tout en se payant le luxe de les faire interagir.

Le rôle des médias

Qu’on soit d’accord, les showrunners et scénaristes ont leur rôle à jouer dans la diversité de leurs œuvres respectives, mais ce ne sont pas les seuls. Les médias aussi ont leur importance. Des organes de presse, spécialisés comme généralistes, ont la fâcheuse manie de vouloir spécifier l’orientation sexuelle d’un personnage dans le titre comme si cela était leur trait de caractère dominant. Plus tôt dans l’année, Towleroad pondait le titre suivant : "Casey Cott, l’acteur derrière le personnage gay de Riverdale Kevin Keller, obtient une promotion". Parallèlement, TVLine a fait pire en nous servant un beau "Le spin-off de The Good Wife : le personnage de Rose Leslie est une lesbienne".

Depuis quand la sexualité d’un personnage fictif mérite-t-elle d’être dans les gros titres ? Concrètement, cela ne fait que renforcer l’idée de quotas à remplir et de cases à cocher. Dans une récente conférence, la comédienne Lena Waithe (Master of None) s’est exprimée sur la présence de personnages LGBTQ+ dans le milieu sériel : "Nous ne sommes pas de la décoration, nous ne sommes pas là pour apporter une touche de paillettes, c’est à ce moment-là que c’est de l’exploitation". En utilisant ce genre de titraille excessive, les médias qui s’y rattachent ne font que tirer profit de la diversité des séries. Et, plutôt que de banaliser l’orientation sexuelle, en font quelque chose de sensationnel, ce qui n’aide en rien à contrer la stigmatisation des personnages homosexuels.

Rose Leslie, avocate talentueuse mais également lesbienne pour The Good Fight. (© CBS)

On peut dire que l’on cherche continuellement la petite bête plutôt que de se contenter d’une représentation déjà bien diversifiée. Et c’est vrai, les personnages LGBTQ+ sont de plus en plus nombreux et nuancés dans les séries, lorsqu’ils ne crèvent pas à cause d’une balle perdue (coucou Lexa). Davantage de rôles sont offerts aux acteurs de couleur, latinos comme afro-américains. Bien que des efforts soient en train d’être faits, demeure encore une certaine marge d’amélioration. Scénaristes, médias, prenez cet article non pas comme une critique, mais comme une liste de vœux. La balle est dans votre camp.

Par Florian Ques, publié le 14/08/2017

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