À la découverte de Josh Schwartz, le génie précoce derrière Newport Beach et Gossip Girl

Passionné par les méandres de l’adolescence, fasciné par l’opulence des 1 %, Josh Schwartz s’est imposé en moins d’une quinzaine d’années comme l’un des showrunners phares de la petite lucarne.

D’un côté, le grand gringalet à la tignasse brune, adorateur d’histoires graphiques et porte-parole involontaire des geeks des années 2000. De l’autre, la pimbêche pourrie gâtée, abonnée aux serre-têtes colorés et ennemie n° 1 de la classe moyenne. Pendant que le premier s’efforce de mener un train de vie paisible sur la côte californienne, l’autre instaure son règne de terreur et de condescendance sur les quartiers huppés de la Grosse Pomme. En soi, Seth Cohen et Blair Waldorf n’ont rien en commun, si ce n’est que les deux personnages iconiques sont venus au monde grâce à la seule et même personne.

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Cette personne, c’est Josh Schwartz. 1976, son année de naissance. Bien avant de mettre ses neurones en ébullition pour créer Newport Beach ou Gossip Girl, il passe une jeunesse tout ce qu’il y a de plus classique dans la ville de Providence, localisée au nord-est des USA. À peine entré dans l’âge ingrat, un Josh sévèrement précoce se destine à percer en tant qu’écrivain. Il s’oriente ensuite vers le milieu de l’entertainment qu’il affectionne dès son plus jeune âge, comme l’atteste son abonnement pour Variety alors qu’il avait tout juste soufflé sa douzième bougie. "J’adore lire les critiques ciné", confie-t-il dans une interview express pour le New York Times.

© Fox

À 19 ans, Josh franchit le cap supérieur, surpassant les reviews de films pour s’essayer lui-même à l’écriture de scripts. Il intègre pour ça l’USC (University of Southern California), école privée où il acquiert tout le savoir nécessaire pour devenir scénariste. Ses années fac sont également pour lui l’opportunité de se faire des contacts précieux, notamment via sa fraternité, qui l’aideront à propulser sa carrière. C’est ainsi qu’en 2000, à l’aube d’un nouveau millénaire riche en promesses, un Josh Schwartz encore étudiant décroche sa première commande de pilote de série.

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Brookfield, c’est le nom de ce projet qu’on pourrait taxer aujourd’hui de peu inspiré, avait pour ambition de suivre les vies mélodramatiques d’ados pétés de thunes étudiant dans un pensionnat de la Nouvelle-Angleterre. Pas de chance, les caprices de gosses richissimes ne passionnent pas encore les foules. Inévitablement, Brookfield tombe à l’eau. Il en est de même pour Wall to Wall Records, série dramatique focalisée sur un disquaire qu’il tente de vendre en 2001 aux grands networks, en vain. C’est alors que le dicton "jamais deux sans trois" prend tout son sens.

Newport Beach, la révélation

La plage, le soleil et des ados en perdition, voilà le tiercé gagnant de The O.C., plus connue dans notre Hexagone sous le nom de Newport Beach. Après les échecs navrants de ses premiers pilotes, Josh Schwartz montre qu’il n’est pas prêt à se laisser abattre. La persévérance, ça le connaît. Pour célébrer les 10 ans de sa première production, il revient pour Uproxx sur les origines de ce qui est encore aujourd’hui l’un des piliers de la scène sérielle :

"J’avais fait deux pilotes qui avaient été tournés mais n’ont pas terminé à l’antenne. Tout le monde me disait alors 'tu dois travailler avec un gros producteur qui peut t’aider à percer'. On m’a donc dit de prendre contact avec la boîte de McG [producteur à l’époque des premiers volets filmiques de Charlie’s Angels, ndlr]. J’y suis allé pour un simple rendez-vous avec la compagnie, et c’est là que j’ai rencontré Stephanie Savage.

Puis le monde du comté d’Orange a été évoqué, McG venant de là-bas. Je pense que dans sa tête, il voulait faire quelque chose de plus branché action. Mais plus Stephanie et moi parlions, plus ce projet était lié aux expériences que j’ai vécues en arrivant à l’université en tant que gamin juif originaire de Providence."

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Il n’y a alors pas de place au doute : Seth Cohen, c’est Josh Schwartz. Les semaines qui suivent ces débuts de collaboration avec la boîte de McG, il s’attelle à esquisser des personnages et à dresser un pitch pour vendre son projet à la Fox. Tout s’enchaîne alors à une vitesse folle : le scénario, le tournage du pilote, et, forcément, la commande d’une salve d’épisodes inaugurale. À 26 ans, Josh fait son entrée au panthéon des séries, devenant le showrunner le plus jeune de l’histoire des networks états-uniens. Respect.

De toute évidence, sa success-story ne s’arrête pas là. Au terme de sa diffusion, la saison 1 de Newport Beach est un carton d’audiences, avec des scores culminant à plus de 10 millions de téléspectateurs, suivant avec ferveur les tribulations du clan Cohen. Malgré tout, les réjouissances ne sont que de (relative) courte durée : dès le top départ de la seconde saison, les audiences entament leur déclin. Puis, à l’issue du troisième tour de piste, la série pour ados commet l’irréparable en sacrifiant Marissa Cooper lors d’une scène d’accident de voiture devenue cultissime. Le personnage ne s’en relève pas, la série non plus.

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"Il y avait beaucoup de facteurs à prendre en compte, précise Josh Schwartz à MTV dans une interview de 2016. C’était quelque chose qui nous a vraiment pris la tête. Il y avait plusieurs raisons, à la fois créatives et plus cyniques". Il fait évidemment référence à Marissa, héroïne controversée, méprisée par beaucoup lors de la diffusion de la saison 3. "Les gens qui avaient la plus grosse voix en ligne ne parlaient pas pour tout le monde, et on a réalisé que le public était très attaché au personnage", reconnaît-il. La vie post-Marissa n’a pas été facile pour Newport Beach, avec une saison 4 en chute libre.

Le 22 février 2007, Seth, Ryan et Summer font leurs adieux définitifs. Newport Beach s’éteint, mais veille à laisser un sacré héritage derrière elle. Une année après la diffusion de sa première saison, la série a eu droit à une version téléréalité de son univers grâce à MTV et Laguna Beach, brandé dans sa campagne promotionnelle comme "le vrai comté d’Orange". Encore aujourd’hui, le monde se remémore ponctuellement le premier bébé de Josh Schwartz, à l’image de Girlboss qui y fait explicitement référence. Quant au showrunner lui-même, il s’envole vers de nouveaux horizons, sur la côte Est plus exactement.

Gossip Girl, la consécration

À peine Newport Beach est-elle enterrée que son créateur planche sur d’autres projets. La même année, Josh donne naissance à deux nouvelles productions qui ne pourraient pas être plus diamétralement opposées. D’un côté, pour NBC, Chuck, un hybride entre dramédie décalée et série d’action qui s’amuse avec les codes de la fiction d’espionnage. De l’autre, chez la CW cette fois, Gossip Girl, l’adaptation des romans de chick-lit signés Cecily von Ziegesar. Qu’on le reconnaisse ou non, cette seconde, encore ancrée dans les mémoires aujourd’hui, est la grande gagnante.

© The CW

Blair, la brune. Serena, la blonde. Ennemies occasionnellement, meilleures amies pour la vie la plupart du temps. Entre galas de bienfaisance, règlements de comptes et rumeurs à foison, le quotidien de ces deux lycéennes n’a jamais été de tout repos. Les plages de Californie dans son rétroviseur, Josh Schwartz relocalise sa créativité dans l’Upper East Side pour faire les présentations avec cette jeunesse dorée new-yorkaise qu’on adore et qu’on déteste en même temps.

A priori, Gossip Girl se présentait comme un Newport Beach dans la Big Apple avec l’omniprésence des nouvelles technologies. "Les téléphones sont mis au goût du jour, mais la vie privée des ados, et les choses qu’ils ont du mal à gérer, sont assez intemporelles, qu’importe l’outil qu’ils utilisent", avance Schwartz dans une rétrospective de l’édition US de Vanity Fair consacrée au show. Il est vrai que des similitudes peuvent exister entre les deux teen dramas du créateur, mais Gossip Girl s’impose comme une version survitaminée de Newport Beach avec davantage d’influences venant du soap opera.

Pendant les six saisons que durent les mésaventures de Queen Waldorf et sa bande, Josh Schwartz sait qu’il peut compter sur son alliée indéfectible, Stephanie Savage, ici cocréatrice de Gossip Girl. Ensemble, les deux showrunners s’improvisent presque sociologues, comme le suggère Schwartz dans une courte interview pour Vanity Fair :

"New York et l’Upper East Side vus à travers les yeux de jeunes gens, c’est un monde à la fois excitant et séduisant. L’usage des technologies et la façon dont les personnages se sont piégés d’eux-mêmes dans un aquarium, où leurs moindres faits et gestes sont rapportés sur un blog, diagnostiqués, devenant des sujets de discussion ou des rumeurs, en disent long sur notre rapport culturel aux célébrités de nos jours, mais également sur la façon dont on communique entre nous."

Qu’on lui concède cette profondeur ou non, Gossip Girl est devenue avec les années bien plus qu’une simple série adorée des adolescents. Josh Schwartz et toute l’équipe derrière le show a mis au point un pur phénomène de pop culture qui résonne chez toute une génération. Pourtant très occupé à jongler entre les gosses de riches de Manhattan et les mésaventures de Chuck, notre principal intéressé ne rechigne pas devant d’autres projets en cours de route.

Un producteur de confiance

Alors que Gossip Girl en est à sa cinquième saison, Josh Schwartz songe déjà à l’après et prend la tête en 2011 de deux projets de séries : Ghost Angeles, une sorte de rom-com avec des esprits surnaturels, et Georgetown, dramédie centrée sur des vingtenaires voulant percer dans le domaine politique. Deux pilotes sont commandés, mais les projets sont très vite avortés. Puis, fort de sa notoriété croissante, Josh troque sa casquette de showrunner pour aider ses petits protégés dans un rôle de producteur.

Il épaule ainsi Leila Gerstein, auparavant scénariste pour Newport Beach, dans le lancement de sa propre série Hart of Dixie qui, par la plus grande des coïncidences (pas du tout), se paie Rachel Bilson en tête d’affiche. Puis, en 2013, il soutient Amy B. Harris, productrice consultante sur Gossip Girl, laquelle prend les rênes du spin-off de Sex and the City centré sur les années puberté de Carrie Bradshaw, The Carrie Diaries. Le point commun de ces séries ? Toutes sont diffusées sur la CW, illustrant la confiance que porte le network états-unien à Josh Schwartz depuis les débuts de leur collaboration.

Une fois Gossip Girl disparue dans les limbes des séries, Josh Schwartz se fait un brin plus discret. En plus de The Carrie Diaries, il officie également en tant que producteur pour la méconnue Cult (toujours sur la CW, à notre incroyable étonnement) avant de migrer chez ABC en 2015 pour produire The Astronaut Wives Club, fiction dramatique focalisée sur, comme son nom l’indique, les épouses d’astronautes faisant partie de la mission Mercury Seven. C’est l’occasion pour lui de s’entourer de comédiens qu’il connaît bien, tels qu’Yvonne Strahovski (Chuck) ou encore JoAnna Garcia Swisher et Desmond Harrington (Gossip Girl).

Reboot, super-pouvoirs et richesse

2017. Après environ une année entière de break loin de la petite lucarne, Josh Schwartz revient plus dynamique et plus ambitieux que jamais, encore et toujours flanqué de son inséparable acolyte, Stephanie Savage. Le duo s’attaque à non pas un, mais deux nouveaux projets alléchants. En l’espace de deux mois, ils vont inaugurer le reboot de Dynasty, soap opera kitsch des 80’s, et leur toute première série de super-héros brandée Marvel, à savoir Runaways. Deux productions bien distinctes, aux pitchs "plus-différents-tu-meurs", qui ont néanmoins quelques points communs.

Avec Dynasty, Josh Schwartz va pouvoir se payer un retour aux sources ou, d’une certaine manière, retrouver l’essence de Gossip Girl. On remplace les Waldorf et les Bass par le clan des Carrington et leur goût prononcé pour le champagne, les jets privés et, grosso modo, tout ce qui scintille. Après visionnage du pilote de ce Dynasty 2.0, on ressent la patte de Schwartz à travers des querelles incessantes, des dialogues cinglants et des intrigues périphériques complètement capillotractées. Après tout, c’est ce à quoi il nous a habitués pendant six années à vadrouiller dans l’Upper East Side.

© The CW

En parallèle, sur le papier, Runaways se présente comme un challenge à relever. Jusqu’ici, Josh Schwartz ne s’est jamais frotté à une histoire mêlant des super-pouvoirs, encore moins associée à un aussi grand nom que l’écurie Marvel. Jeph Loeb, le big boss des fictions Marvel du petit écran, prend un malin plaisir à vendre Runaways comme "le Newport Beach de l’univers Marvel". Un concept que Schwartz himself tente d’expliquer dans une interview pour IGN :

"Je pense que ça veut dire qu’on traite les problèmes des adolescents comme s’ils étaient adultes. On voulait que l’expérience des ados paraisse vraie et authentique, y compris dans un contexte aussi intense. Ça a du sens puisque Newport Beach avait en quelque sorte ce même concept exagéré, mais cela n’empêchait pas les téléspectateurs de s’y retrouver. On prend également la même approche que Newport Beach, où on a surpris les gens par l’importance des storylines des parents."

Alors oui, c’est une évidence, Josh Schwartz possède ses thèmes de prédilection : l’adolescence, l’équilibre entre sérieux et légèreté, les liens familiaux… En presque quinze ans de métier, il est parvenu à se forger une crédibilité et à réunir autour de lui toute une armada d’associés, comédiens comme créatifs, qui lui font confiance. L’impact de ses œuvres n’est pas négligeable, Newport Beach et Gossip Girl étant encore aujourd’hui toujours aussi regardées et appréciées.

La meilleure anecdote ? Blair Waldorf et Seth Cohen ont terminé ensemble. Ou, plutôt, leurs interprètes respectifs, Leighton Meester et Adam Brody. Comme quoi, en plus d’être un excellent showrunner, Josh Schwartz est un tout aussi bon entremetteur, qu’il en ait conscience ou non.

Par Florian Ques, publié le 17/10/2017

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